
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 28/07/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-863674)
12 000 souris et 500 rats vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Chaque animal peut recevoir jusqu’à trente administrations d’un composé en dix jours et subir jusqu’à seize prélèvements de sang, dont le dernier est terminal. Il s’agit de mesurer ce que l’organisme tolère avant les études d’efficacité, le porteur annonçant une possible dégradation de l’état de santé, une perte de poids, une hypothermie ou une hyperthermie, une prostration et des vocalisations. L’effectif se déduit d’un maximum de 50 études de tolérabilité prévues sur la durée du projet, chiffre lui-même tiré d’une analyse rétrospective des trois dernières années.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Dans le cadre du développement de nouvelles stratégies thérapeutiques dans le domaine de l’oncologie, il est nécessaire de tester l’efficacité de nouveaux composés dans les conditions mimant au mieux la pathologie. Malgré les efforts réalisés pour mettre en place de robustes modèles in vitro et des études de modélisation sur ordinateur, le développement de modèles in vivo ayant recours à des animaux de laboratoire sont nécessaires au développement, à l’évaluation et à la sélection de nouvelles molécules candidates à de futures études cliniques(1,2). Lorsque la molécule est sélectionnée sur des critères de sélectivité et d’activité in vitro, ainsi que sur les paramètres pharmacocinétiques et pharmacodynamiques acceptables chez l’animal, il est crucial d’évaluer la tolérance de la molécule suite à une administration unique ou répétée afin d’identifier sur de petits groupes d’animaux l’innocuité de la molécule à des doses et régimes d’administration précis dans le but de supporter les futures études d’efficacité. Le nombre estimé d’études pour l’ensemble du projet est estimé sur la base d’une analyse rétrospective qui a évalué le nombre d’études de tolérance menées au cours des trois dernières années. Au total, nous prévoyons de réaliser au maximum 50 études de tolérabilité pendant toute la durée du projet.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
A l’origine de plus de 10 millions de décès par an, le cancer est l’une des principales causes de mortalité dans le monde. Les principaux traitements aujourd’hui consistent en la chirurgie et la chimiothérapie, souvent associées à une radiothérapie. Malgré ces options thérapeutiques, le nombre important de décès par an souligne l’inefficacité de ces traitements et la nécessité de développer de nouvelles thérapies. La procédure qui constitue ce projet s’inscrit dans le cadre du développement de nouvelles stratégies thérapeutiques innovantes. A court terme, elles permettront d’évaluer la tolérabilité des animaux pendant les futures études d’efficacité de nouveaux candidats médicament dans le domaine de l’oncologie.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les gestes techniques concernant les animaux sont : – Administrations des composés à potentiel thérapeutique : une à trois fois par jour selon voie d’administration et nature du composé, sur maximum 10 jours, soit maximum 30 traitements. – Prélèvements sanguins : Sur la totalité d’une étude, un animal reçoit au maximum soit 15 prélèvements de microsampling + 1 prélèvement terminal, soit 6 prélèvements standards + 1 prélèvement terminal. o Prélèvements de sang sur animal vigile par microsampling (durée 30 secondes) : jusqu’à 5 prélèvements sur 24 heures, et maximum 15 fois par animal sur toute la durée de l’étude. o Prélèvement de sang standard sur animal vigile ou anesthésié: durée 1 minutes, maximum 6 fois par animal . o Un prélèvement sanguin terminal sous anesthésie (1 min., une fois).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux peuvent être stressés par les manipulations liés aux traitements et aux prélèvements auxquels ils sont soumis et peuvent ressentir une légère douleur au site d’injection ou de prélèvement sanguin. De plus, les animaux reçoivent pour la première fois un traitement à moyen terme avec de nouvelles molécules qui peuvent parfois être mal tolérées. Ces effets apparaissent potentiellement au fur et à mesure des jours de traitement : dégradation de l’état de santé de l’animal pouvant se traduire par une perte de poids, une hypo- ou hyperthermie, un comportement anormal (animal prostré, ne répondant pas aux stimuli), des vocalisations, limité à une gravité modérée par l’application de points-limites anticipés.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort à l’issue des procédures pour effectuer des prélèvements de sang et de tissus qui feront l’objet d’analyses ultérieures (ex : dosage de biomarqueurs, dosage des concentrations des composés à potentiel thérapeutiques dans différents organes).
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Deux approches sont principalement utilisées pour mimer les événements biologiques associés à des pathologies : une approche in vitro, basée sur l’utilisation de lignées cellulaires et des approches in vivo, basées sur l’utilisation d’animaux de laboratoire, chez lesquels des cellules issues de pathologies d’intérêt sont inoculées. Les modèles in vitro sont utilisés autant que possible en amont pour limiter le recours à l’animal. Cependant, les modèles in vitro ne recréent ni la diversité de l’environnement de la pathologie dans son ensemble, ni la difficulté pour une molécule testée d’atteindre les cellules cibles. Ces limitations rendent incontournables le recours à l’expérimentation animale pour tester l’efficacité de nouvelles molécules thérapeutiques. De plus, à notre connaissance, il n’existe pas de modèles in silico ou in vitro qui permettent de modéliser/simuler la tolérabilité d’un animal à un composé. L’écosystème nécessaire pour la tolérabilité intègre de nombreux tissus et organes : système digestif, système circulatoire, système rénal, système immunitaire intégral, système nerveux périphérique et central. Seul un modèle animal peut permettre d’étudier les interactions entre des composés à potentiel thérapeutique et ces différents systèmes biologiques très complexes.
2. Réduction
Des tests in silico, in vitro et de pharmacocinétique in vivo permettent de sélectionner les molécules disposant d’une bonne sélectivité, activité in vitro et exposition avant d’évaluer leur innocuité et leur activité in vivo. De nombreux composés auront donc été éliminés du fait de leur faible performance sur ces tests. La probabilité d’observer une activité sur les modèles qui font l’objet des procédures de ce projet sera par conséquent élevée. Le nombre d’animaux prévu pour ce projet se base sur les données de la littérature. Des analyses de puissance statistique seront utilisées pour la détermination de la taille des groupes expérimentaux. Des analyses rétrospectives seront conduites pour s’assurer de la bonne adéquation du nombre d’animaux par groupe et de la puissance statistique recherchée et si possible voir pour réduire encore le nombre utilisé.
3. Raffinement
Le nombre de manipulations sur les animaux sera réduit au strict nécessaire. Les procédures les plus invasives, plus susceptibles d’engendrer un inconfort ou un stress seront réalisées sous anesthésie. Les animaux feront l’objet d’une surveillance clinique et sanitaire quotidienne. Leur état de santé sera évalué à l’aide d’une grille de score basée sur des critères cliniques et comportementaux, associée à un arbre décisionnel permettant l’application de points limites adaptés. En fonction de l’évolution de l’état de l’animal, des mesures seront mises en place, telles que l’intervention du vétérinaire, l’administration d’analgésiques supplémentaires, l’ajout d’enrichissements ou d’alimentation spécifique, voire la mise à mort de l’animal si nécessaire, afin de prévenir toute souffrance prolongée.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La grande majorité des modèles et techniques utilisés dans la recherche médicale et pharmaceutique ont été décrits chez le rongeur. De nombreuses données sur les modèles ectopiques de cancer chez la souris et le rat existent dans la littérature et peuvent être utilisées pour la mise en place des modèles et aider à l’avancement des projets (doses de cellules, effets de molécules de références, etc…) Les données de la littérature indiquent clairement que les rats et les souris adultes représentent des modèles fiables pour l’évaluation de l’efficacité de composés dans le domaine du cancer. Les études de tolérabilité en amont seront donc elles-aussi réalisées avec des rongeurs adultes.