
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 20/03/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-866608)
Le nerf sciatique de 136 souris est sectionné sous une anesthésie de trente minutes, puis un implant à électrodes en or est posé pour tester si un champ électrique accélère la repousse nerveuse. Toutes seront tuées, dans des procédures d’un niveau de souffrance sévère, 72 d’entre elles subissant en plus une étude électrophysiologique à dix semaines. Le porteur reconnaît que la lésion peut causer des douleurs intenses, une restriction de la mobilité, une déshydratation et des comportements d’automutilation, avant que toutes les souris soient fixées pour prélever moelle épinière, nerf et muscle. Il annonce des tests comportementaux hebdomadaires qu’il qualifie de non invasifs et non douloureux, sans préciser lesquels.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Notre approche est novatrice et consiste à mettre au point un dispositif électrique implantable pour réparer des nerfs périphériques sectionnés ou écrasés. Un protocole expérimental a été validé in vitro pour optimiser l’effet d’un champ électrique local exogène sur les processus de régénération nerveuse in vivo. Le dispositif expérimental est constitué d’un tube sur lequel des électrodes en or sont imprimés. Il offre des possibilités polyvalentes pour des études physiques, biochimiques et biologiques approfondies. L’application potentielle de ce neuro-implant sur une lésion du nerf sciatique (modèle biologique) semble prometteuse pour améliorer la régénération nerveuse, en particulier dans le cas des lésions à gap important (au-delà de 3 cm chez l’homme) du nerf sectionné pour lequel la réparation est problématique.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La priorité de ce projet est de mettre au point un dispositif non invasif qui permette la repousse d’un nerf après traumatisme. Ce projet repose sur le développement d’une interface entre les neurosciences, la biophysique, la science des biomatériaux et les techniques d’imagerie appliquées aux systèmes biologiques. Les développements seront à la fois fondamentaux et techniques, y compris l’étude de nos hypothèses sur la capacité du champ électrique à modifier l’activité cellulaire, ce qui constituerait de grandes avancées en neurosciences, et la compréhension de l’interaction champ électrique-protéine, qui peut apporter de nouvelles perspectives en biophysique et en biomatériaux. Notre objectif à terme, est de proposer un traitement dans le cadre de la prise en charge de ce type de traumatisme chez l’Homme et d’étendre cette méthode thérapeutique à d’autres types de pathologies nerveuses.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
136 souris seront utilisées dans ce projet. La transsection du nerf sciatique et l’implantation du neuro-implant seront réalisées sous anesthésie générale d’une durée totale de 30 min. Toutes les souris réaliseront des tests comportementaux, ces expériences sont non-invasives et non douloureuses et se feront sur animal vigile. Ces expériences commencent à J7 post-lésionnelle et elles seront effectuées de manière hebdomadaire. L’étude électrophysiologique ne concernera que les souris de la deuxième procédure (n=72), elle sera réalisée sous anesthésié générale à J(10 semaines). L’ensemble des animaux (136 souris) seront fixés. Pour la première procédure, la fixation sera réalisée à deux stades post-lésionnels (J(5 semaines) et J(10 semaines)) afin de récupérer la moelle épinière. Pour la deuxième procédure, la fixation se réalisera à J(10 semaines) afin de prélever le nerf sciatique et le muscle gastrocnémien.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
– Hypothermie de l’animal suite à l’anesthésie. – La lésion du nerf sciatique, peut causer des douleurs intenses avec restriction de la mobilité, diminution marquée de la prise de nourriture, déshydrations ou comportement d’automutilation. Les animaux seront surveillés et la prise en charge de la douleur sera adaptée en fonction des indices révélant la douleur ressentie par les animaux.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux sont mis à mort pour les prélèvements de tissus.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il est important de noter que nous avons étudié in-vitro l’effet de cette approche thérapeutique sur la repousse axonale sous forme d’étude préliminaire qui a abouti à la création d’un neuro-implant électroactif. Ce travail démontre la potentialité d’utiliser un champ électrique sans contact pour accélérer et orienter la pousse des axones. Cette étude nous permet aussi de comprendre l’impact du champ électrique sur les cellules et le substrat d’adhésion. Notre objectif est d’optimiser l’effet d’un champ électrique exogène et local sur les processus de neuritogenèse et de régénération, via la conception d’un dispositif expérimental original utilisant des électrodes en or. Des tests in-vivo utilisant des modèles de dénervation chez des souris adultes fourniront une preuve de concept de la capacité de réparation nerveuse de ces nouveaux implants électroactifs. Nous avons choisi de nous concentrer, pour cette étude, sur la réparation axonale après un trauma / axotomie. Nous avons donc besoin d’une approche intégrée allant du comportement au cellulaire pour à terme pouvoir juger de l’efficacité de cette approche chez l’Homme et développer des projets de recherche clinique.
2. Réduction
– Le groupe d’animaux contrôle sera utilisé dans le cadre des différents traitements. Pour chaque protocole, le nombre de souris par groupe est suffisant pour obtenir des données statistiquement valides, à savoir que les expériences histologiques nécessitent un minimum de 6 animaux selon des études antérieures. – 12 souris/groupe seront utilisées pour l’histologie de la moelle épinière (n=6 à J(5semaines) et n=6 à J(10semaines)). 12 souris/groupe seront utilisées à la fois pour l’histologie des nerfs sciatiques et des muscles gastrocnémiens. Il est à noter que 40 souris sont utilisées dans les tests préliminaires (pour rappel les tests préliminaires portent sur la taille du gap (1, 2 ou 3mm) et la sur durée de pré-stimulation (4, 8 ou 24h)). – Une veille bibliographique sera effectuée dans ce contexte scientifique afin d’éviter tout emploi injustifié des procédures expérimentales.
3. Raffinement
– Les interventions douloureuses ou angoissantes sont réalisées sous anesthésie et un monitoring de l’analgésie pré, per et postopératoire sera envisagé. Avant et pendant l’intervention chirurgicale, dès l’apparition d’un ou des premiers signes d’allègement de l’anesthésie (réflexes, accélération du pouls et de la respiration, mouvements des vibrisses, réaction à un stimulus douloureux), l’animal reçoit immédiatement une dose supplémentaire d’anesthésique équivalent au quart de la dose initiale. L’intervention ne reprend que lorsque l’animal est profondément anesthésié (immobilité, rythme cardio-respiratoire régulier, pas de réaction à un stimulus douloureux comme le pincement d’une patte). Une injection SC d’antalgique sera effectuée 20 minutes avant le début de la chirurgie et deux injections en post-chirurgie avec un intervalle de 4h durant les premiers 24h post-lésionnelles, de façon à réduire la gêne fonctionnelle et les douleurs. Un antalgique sera mis dans le biberon durant la première journée post-opératoire.- Des gouttes du gel oculaire seront appliquées sur les yeux des souris durant la procédure chirurgicale pour éviter toute lésion cornéenne. – Un score de douleur sera établi en observant le comportement des animaux toutes les semaines et selon le résultat une analgésie sera mise en place ou l’animal sera exclu ou sacrifié. Pour réduire le stress éventuel engendré par les procédures, un enrichissement de l’environnement est essentiel, les cages seront pourvues d’un rouleau en carton ainsi que du coton et des bâtonnets de bois et isolées des vibrations grâce à un tapis en mousse. Les souris seront placées dans une pièce au calme et manipulées de façon journalière.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’objectif de ce projet est d’étudier les effets d’un champ électrique sur le processus de régénération nerveuse après lésion. Nous travaillons sur la souris pour deux raisons : (i) facilités des observations : évaluation comportementale des sorties motrices et sensitives et accessibilité aux motoneurones. (ii) possibilité d’avoir des souris mutantes dans certaines pathologies inflammatoires et démyélinisantes. Ce travail sera réalisé sur des souris adultes de 8 semaines parce qu’elles présentent un degré de myélinisation optimal. De plus, l’objectif à terme est de réparer des nerfs chez des patients essentiellement adultes.