Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Deux chirurgies intracérébrales par animal, la première sur des nouveau-nés d’un jour anesthésiés par immersion dans la glace, la seconde de quarante-cinq minutes à l’âge adulte pour implanter une fibre optique. 800 souris vont être utilisées sur cinq ans, toutes tuées pour récupérer leur cerveau, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger pour 480 d’entre elles et modéré pour 320. Le porteur note que le refroidissement rapide de la peau est connu pour être douloureux chez l’homme, et enveloppe donc les souriceaux dans un gant de latex avant de les poser sur la glace. Le bénéfice annoncé se limite à mieux comprendre comment les odeurs facilitent la mémorisation de souvenirs plaisants.

NTS-FR-939119v1
Types de recherche
· Recherche fondamentale · Système nerveux ·
Mots-clés
Souvenir olfactif, Bases neurales, Neurogenèse
Souris : 800

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Marcel Proust, dans son livre « Du Côté de Chez Swann » (1919), décrit l’odeur d’une madeleine trempée dans du thé de tilleul comme déclenchant une joie immense, le ramenant au temps des après-midi passés auprès de sa tante. Nos souvenirs sont en effet associés à diverses informations sensorielles, notamment olfactives. Les souvenirs évoqués par les odeurs ont souvent été décrits dans la littérature comme ayant des caractéristiques très spécifiques qui les différencient des autres mémoires sensorielles. Ils ont notamment été rapportés comme étant plus anciens et ayant une charge émotionnelle, notamment positive, plus importante. Cependant, les bases neurales de cette mémoire olfactive formée à l’enfance restent aujourd’hui méconnues. Dans ce contexte, l’objectif est de réaliser une étude longitudinale visant à modéliser un souvenir olfactif précoce chez la souris. Ainsi l’étude consiste à mettre en mémoire une information olfactive durant la période infantile et à tester son rappel à l’âge adulte (ce qui n’est pas envisageable sur le modèle humain). Ce modèle permettra également d’étudier les bases neurales de la mémoire olfactive infantile à l’âge adulte avec un intérêt particulier pour le rôle des neurones nés en post-natal dans le bulbe olfactif, la première structure cérébrale en charge du traitement de l’information olfactive (ce qui est à nouveau inenvisageable sur le modèle humain). Ce projet permettra de mieux comprendre comment ces odeurs d’enfance ont cette faculté de donner ces caractéristiques mnésiques et émotionnelles si particulières à nos souvenirs. Ce projet de recherche fondamental sera mené sur 800 souris sur une période de 5 ans. La signature neurale du souvenir olfactif formé à l’enfance sera étudiée chez l’adulte, principalement post-mortem à l’échelle cellulaire et moléculaire. Nous modulerons également par optogénétique (outil permettant d’activer ou d’inhiber des neurones d’intérêts à l’aide d’une stimulation lumineuse) les neurones du bulbe olfactif nés en post-natal, pour étudier leur rôle dans le souvenir olfactif. Enfin, grâce à la photométrie de fibre optique (technique consistant à enregistrer un signal optique, émis ici par les neurones cibles), nous étudierons l’activité en temps réel, en réponse à l’odeur mise en mémoire, de structures impliquées dans le souvenir olfactif.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Nous étudions les bases neurales des souvenirs olfactifs de l’enfance. D’un point de vue fondamental, ces résultats permettront de mieux comprendre les mécanismes qui permettent aux odeurs de faciliter la mise en mémoire à long-terme de souvenirs émotionnellement intenses et plaisants.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Nous procèderons à des injections cérébrales de vecteurs viraux (la durée de la chirurgie est d’environ 10 minutes par souris, avec un temps d’injection virale de 3 à 6 secondes) et à la mise en place de fibres optiques (la durée de la chirurgie est d’environ 45 minutes par souris) dans la même structure. L’approche utilisée permettra d’étudier le lien causal entre activité de structures cérébrales et comportement, en fonction de la valeur hédonique des odeurs ou du genre de l’animal. L’ensemble de cette procédure chirurgicale comprend 2 chirurgies intracérébrales, avec une l’injection virale chez le nouveau-né et une implantation de fibre optique à l’âge adulte. La phase de récupération et la phase de comportement s’étend sur 3 mois maximum. Les tests comportementaux corresponderont à des mesures de temps d’investigation et de locomotion en présence d’odeurs, pour étudier leur mémorisation, sur de courtes durées (1 à 5 minutes). Les animaux seront également soumis à une injection intrapéritonéale de marqueurs de prolifération aux jours postnataux (P) P1 et P7, respectivement, pour marquer les nouveaux neurones.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Les animaux implantés (procédure chirurgicale) étant remis entre congénères (pour éviter l’isolement des animaux), ils peuvent être susceptibles de se blesser. Des dégradations du matériel d’implantation et donc de la zone neurale correspondante peuvent aussi être engendrées. Les chirurgies peuvent également induire des effets secondaires indésirables (perte de poids, douleurs, stress, apathie, stéréotypie etc). Enfin, la manipulation des animaux ainsi que les injections intrapéritonéales peuvent induire chez les animaux un stress léger. Une surveillance adaptée sera mise en place à l’aide d’une grille de score évaluant l’état physiologique et comportemental de l’animal, définissant des points limites connus et maitrisés.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Tous les animaux utilisés selon cette procédure seront mis à mort afin de récupérer le cerveau et contrôler les injections ou analyser l’activité neuronale.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

L’étude de processus physiologiques et plus particulièrement l’étude des bases neurales du comportement nécessite l’utilisation d’animaux vivants et ne peut s’envisager sur modèles strictement in vitro. Notre projet se focalise sur un modèle expérimental nécessitant l’utilisation d’un modèle animal. Il n’existe pas de modèle cellulaire reproduisant nos procédures expérimentales.

2. Réduction

3R / Réduction :

Pour nos expérimentations, nous avons prévu le nombre nécessaire et suffisant d’animaux (15 souris minimum par groupe), pour garder une puissance statistique dans le traitement des résultats (ANOVA, t-test, test de corrélation). Ces prévisions sont basées sur les précédentes études de l’équipe et les données de la littérature. De plus, pour assurer de la fiabilité statistique nous randomiserons les animaux et les groupes, et afin de réduire au maximum le nombre d’animaux utilisés, nous corrélerons (grâce à des statistiques adaptées) le comportement et les paramètres cellulaires sur les mêmes animaux.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Les animaux feront l’objet d’une surveillance rapprochée, à l’aide d’une grille d’évaluation, pour détecter les points limites de souffrance. Pour réduire le risque d’un impact physique et psychique, une semaine de repos sera effectuée à l’arrivée des animaux avant mise en reproduction. Une sciure avec copeaux longs sera utilisée (avec ajout de coton pour les mères et les petits). Les animaux seront maintenus en groupe (de 5 maximum). Les cages sont transparentes pour favoriser la communication. Procédure chirurgicale chez le nouveau-né (jour postnatal (P) P1) : les souris seront anesthésiées par hypothermie (la température centrale du corps des rongeurs restant ici bien inférieure à celle nécessaire pour éprouver de la douleur). Après chirurgie, les animaux seront placés sur une plaque chauffante jusqu’à leur réveil (~10 minutes) afin de limiter le risque de rejet des nouveau-nés par la mère. Cette méthode d’anesthésie est préférable à d’autres méthodes (inhalation de gaz), du fait de la capacité des nouveaux-nés à stopper leur respiration. Puisque le refroidissement rapide de la peau non protégée est connu pour être douloureux chez l’homme, nous envelopperons les souris dans une protection (gant de latex) avant de les placer dans la glace. Procédure chirurgicale à l’âge adulte : les souris seront placées sous anesthésie générale à l’aide d’un analgésique approprié. Une injection d’antalgique sera pratiquée avant et après chirurgie, réitérée ensuite en fonction de l’état de l’animal. En attendant un réveil partiel, les animaux seront placés sous une lampe chauffante. Le test de pli de peau sera pratiqué pour vérifier le niveau d’hydratation (une injection de NaCl sera faite si besoin). Les animaux seront transportés via des cages à couvercles filtrants jusqu’à une armoire ventilée en secteur conventionnel, pour y être placés dans une cage propre avec nourriture et eau à volonté. Leur poids sera contrôlé pendant les 3j suivants. L’état général sera évalué régulièrement pendant la phase de récupération (3 semaines).

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Nous avons choisi la souris car son comportement et l’importance écologique de la fonction olfactive de cette espèce sont particulièrement adaptés à la question de recherche qui nous intéresse. De plus le système olfactif humain et de la souris présentent de grandes similarités, faisant de cette espèce un très bon modèle pour étudier le système olfactif. Enfin, l’ensemble des données antérieures a été obtenu chez cette espèce, elle est classiquement utilisée dans ce type d’étude, et nos données pourront être comparées à celles de la littérature. La période de formation de la mémoire olfactive prend place du jour postnatal (P) P23 à P33, correspondant au stade juvénile chez la souris. C’est en effet cette période qui est la cible de la plus grande partie des souvenirs olfactifs chez l’Homme (c’est-à-dire avant 10 ans). Les tests comportementaux, visant à étudier la mémoire et la préférence de l’odeur d’enfance, seront réalisés aux stades jeune adulte (2 mois), adulte (6 mois), et adulte avancé (1 an), afin d’étudier l’acquisition ainsi que la rétention à long terme du souvenir olfactif. La maturité sexuelle, qui se situe 8 semaines chez les femelles et 10 chez les mâles, est atteinte.