
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 05/05/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-939970)
Crâne aminci et implant collé sous anesthésie de quatre heures, contention de la tête, restriction d’eau et jets d’air aversifs en cas de mauvaise réponse: 3480 souris subissent ce protocole d’apprentissage. Le RNT en classe 2895 en souffrance légère et 585 en modérée, toutes tuées à l’issue. L’étude porte sur le rôle des cellules immunitaires du cerveau dans les troubles de mémoire après une anesthésie prolongée. Le porteur qualifie le stress lié à la contention et aux jets d’air de « difficile à évaluer » faute de signes physiques, sans le mesurer autrement.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’anesthésie générale est utilisée tous les jours à l’hôpital, notamment lors d’opérations chirurgicales ou pour maintenir un patient endormi en soins intensifs. Dans certains cas, notamment lorsqu’elle dure longtemps, elle peut être suivie de troubles de la mémoire ou de la concentration. Ce phénomène a été observé chez plusieurs patients après leur séjours en réanimation, notamment pendant la pandémie de COVID-19, mais les causes exactes de ces effets restent encore mal connues. Le sommeil et l’anesthésie peuvent sembler similaires (on ne bouge plus, on ne sent plus les choses, l’activité du cerveau ralentit), mais ils ne reposent pas sur les mêmes mécanismes. De plus, le sommeil est réparateur pour le cerveau, alors que l’anesthésie prolongée pourrait avoir des effets plus néfastes sur son fonctionnement. Chez la souris, il a été montré que rester longtemps sous anesthésie modifie certaines connexions dans le cerveau. Jusqu’à présent, les chercheurs ont surtout étudié les neurones, les cellules qui permettent la communication dans le cerveau. Mais les cellules immunitaires du cerveau, les microglies, pourraient aussi jouer un rôle important. Ces cellules aident normalement à entretenir et à remodeler les connexions dans le cerveau, surtout pendant l’apprentissage ou lorsqu’on forme des souvenirs. Ce projet multi-établissement (3 établissements utilisateurs), vise à mieux comprendre comment l’anesthésie prolongée pourrait perturber les interactions entre neurones et microglies chez la souris, à différents moments de la mémoire : quand on apprend, quand on consolide l’information, et quand on se souvient. Ces recherches pourraient aider à mieux comprendre pourquoi certaines personnes ont des troubles de la mémoire après une anesthésie, et à trouver des solutions pour mieux les prévenir.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet permettra d’approfondir notre compréhension des effets à long terme de l’anesthésie générale prolongée sur le cerveau, notamment sur la mémoire et les capacités cognitives. En explorant pour la première fois le rôle potentiel des microglies dans ces effets, il pourrait: 1) Améliorer la compréhension des troubles cognitifs post-anesthésie, en identifiant les mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués, au-delà des seuls neurones. 2) Contribuer à la recherche médicale humaine, en proposant des pistes pour prévenir ou limiter les séquelles cognitives chez les patients ayant subi une anesthésie prolongée (par exemple après chirurgie lourde ou séjour en réanimation). 3) Orienter de futures stratégies thérapeutiques ciblant la plasticité cérébrale et les cellules gliales pour favoriser une meilleure récupération cognitive. 4) Fournir un nouveau modèle préclinique expérimental pour étudier les effets de l’anesthésie sur la mémoire, intégrant non seulement l’activité neuronale mais aussi les interactions cellules gliales-neurones. 5) Réduire les impacts socio-économiques des déficits cognitifs post-opératoires, en apportant des solutions de prévention ou d’accompagnement adaptées à ces patients.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Une chirurgie sous anesthésie pour placer implant et des électrodes d’enregistement sur le crane (4h00) au sein de l’EU1/3. Habituation à la contention longue de la tête au sein de l’EU2/3 (10 jours par session quotidienne allant progressivement de 5 minutes à 3h00). Comportement (tâche de discrimination tactile par les vibrisses) et imagerie, 2 sessions de 3h maximum/jour pendant 3 jours avec des pauses de 3 heures minimum au sein de l’EU2/3. Restriction hydrique pendant 12 heures répétées 6 fois maximum. Mise à mort sous anesthésie générale (animaux inconscients) au sein de l’EU3/3.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Nous réalisons une chirurgie afin de coller un implant sur le crâne de la souris, implantons des électrodes sur le crane et dans les muscles de la nuque pour évaluer leur activité et déterminer si la souris est endormie ou éveillée, et amincissons le crâne sans corrompre l’intégrité du système nerveux central sous anesthésie. Cette chirurgie peu invasive réalisée sous analgésie et anesthésie entraine des douleurs post opératoire pendant 48h00. Les complications au stade de la chirurgie sont extrêmement rares. Nous réalisons ensuite une habituation progressive des souris par renforcement positif pour qu’elles restent en condition tête restreinte pendant les sessions d’apprentissage et de rappel et pendant la phase de sommeil (séances allant de 5 minutes à 3 heures progressivement sur 7 jours). Il arrive rarement que certaines souris présentes des difficultés à s’habituer. Cette contention entraine certainement un stress léger, difficile à évaluer car nous n’observons pas de manifestations physiques (grattage, vocalisations, mictions/défécations, posture ou comportements compulsifs), le stress potentiel, est atténué par le renforcement positif (récompense avec des friandises). Afin de motiver les souris à s’engager dans la tâche d’apprentissage une restriction hydrique est réalisée pendant 12 h max sur 24h, cette restriction d’accès à l’eau peut être reproduite pendant 3 jours, elle entraine un inconfort transitoire de la souris (sensation de soif). Un stimulus aversif, puff d’air (durée 1s) en cas de mauvaises réponses est utilisé dans la phase initiale de l’apprentissage pour aider les souris à comprendre la tâche à réaliser, le puff d’air est utilisé uniquement si elle ne répondent pas aux pénalités de temps. Ces puffs d’air utilisé en dernier recours et potentiellement répétés peuvent engendrer un stress, difficile à quantifier en absence de signes cliniques. 2 séances de comportement et d’imagerie en tête restreinte de 3 heures maximum chacune ont lieu chaque jour et sont répétées au maximum pendant trois jours, ses séances peuvent occasionner un stress identique voir plus faible que lors de l’habituation.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux sont mis à mort à l’issue de chaque procédure. Les organes d’intérêt pour l’étude sont alors prélevés et d’autres organes sont collectés pour constituer un banque de tissus à disposition d’autres équipes et laboratoires (muscles ou rétine).
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il s’agit d’un projet de recherche fondamental visant à étudier le rôle d’une protéine jusqu’à présent inconnue. Les expériences réalisées dans ce projet ne peuvent donc pas être modélisées par informatique. Nous utilisons généralement des cultures cellulaires ou des explants de cerveaux mais modifier l’environnement des microglies entraine un changement morphologique et fonctionnel. Afin de comprendre le rôle des microglies dasn le cerveau sain, il faut donc les étudier in vivo. Les données obtenues seront partagées avec des mathématiciens afin de modéliser la morphodynamique microgliale.
2. Réduction
Les lots et procédures ont été élaborés de manière à optimiser les groupes contrôles et à éviter la redondance. Il s’agit de travaux originaux jamais réalisés sur la base de notre connaissance de la littérature. Les comparaisons seront faites en utilisant des statistiques non paramétriques ne nécessitant pas de distribution normale et compatible avec nos effectifs réduits pour la partie in vivo. D’autre part, dans certaines expériences ex vivo et in vivo, chaque souris est son propre contrôle ce qui permet de réduire drastiquement le nombre d’expériences et d’animaux requis.
3. Raffinement
Notre expérience du modèle nous permet d’affirmer que la morbidité due à l’implantation de la fenêtre est quasi nulle. Après plus de 10 ans d’expérimentation avec ce modèle, nous n’avons observé qu’une désimplantation et aucun signe de souffrance ou de stress. Nous veillerons à limiter le mal être des animaux en réalisant des habituations progressives de nos souris à la manipulation. La gestion de la douleur et de l’inflammation sera réalisée de la façon suivante : injection d’anesthésique local avant la chirurgie, injection d’anti inflammatoire non stéroidiens en s.c en début de chirurgie, puis 24 et 48h après. En complément le bien-être des animaux sera évalué de façon quotidienne. Ils seront observés dans leur cage pendant plusieurs minutes puis pesés. L’évaluation se fera selon un scorage établi tenant compte de différents paramètres classiquement utilisés (posture, poids, toilettage) de sorte à identifier les points limites. Les animaux sont maintenus dans un environnement enrichi (nid et roue d’activité), tout au cours de l’expérience. Une partie des expérimentations seront réalisées ex vivo. Les expérimentations ex vivo sur tissus post-mortem ont été pensé pour compléter l’approche in vivo sur animal vigile tout en réduisant la nécessité de prélèvements impliquant des gestes invasifs ou la durée d’inconfort des animaux. Le transport des souris d’une UE à l’autre (5 minutes de transport) se fait dans des cages opaques et en triple emballage pour limiter le stress lié au transport.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les souris permettent d’avoir recours à des animaux transgéniques. Il existe une abondante littérature sur le fonctionnement synaptique chez la souris ce qui évitera de reproduire certaines expériences pour valider notre modèle. Enfin l’architecture corticale est proche de celle de l’homme et il s’agit donc d’un des meilleurs modèles non primate pour étudier la plasticité synaptique. Les souris seront des souris jeunes adultes utilisées entre 6 et 10 semaines car la taille du crâne n’évolue plus dans le temps.