
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 08/02/2022
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-488218)
370 poissons sauvages, bars européens et lieus jaunes, vont être utilisés dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Chaque individu subit une chirurgie abdominale sous anesthésie pour l’implantation de marques électroniques, avec prélèvement d’écailles et d’un fragment de nageoire. 350 poissons sont relâchés en mer après marquage et 20 sont tués en milieu contrôlé pour caler le protocole sur le lieu jaune. Le porteur indique que le traumatisme de la pêche, de l’anesthésie et de la chirurgie peut entraîner des mortalités, et juge ces connaissances « indispensables » à la gestion des pêches.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Un manque de connaissance existe sur les habitats dont les poissons ont besoin pour se reproduire, se nourrir ou grandir, et sur leurs connectivités, empêchant une mise en œuvre à grande échelle de l’approche écosystémique des pêches. Pour atteindre le double objectif d’optimisation des équilibres entre les différents usages des richesses de l’océan tout en préservant la biodiversité et de minimisation des impacts des activités humaines sur les écosystèmes marins, l’approche écosystémique des pêches doit pouvoir s’appuyer sur des connaissances relatives à l’écologie du mouvement des espèces et à la fréquentation des habitats essentielles et leur connectivité. Le projet cherchera à combler ces lacunes par le déploiement d’un réseau de télémétrie acoustique et le suivi par marquage des déplacements d’une sélection d’espèces d’intérêt halieutique. Nous analyserons les mouvements et migrations du bar européen (Dicentrarchus labrax) et du lieu jaune (Pollachius pollachius) au stade adulte en Manche. Ces espèces cibles sont des composantes importantes des écosystèmes littoraux étudiés et des espèces commercialement importantes pour la région. Ces connaissances participeront à la compréhension de la structure spatio-temporelle de ces populations et de la manière dont elles exploitent les habitats marins, éléments indispensables pour la mise en place de la gestion écosystémique des pêches. Dans ce cadre, notre étude prévoit de marquer 370 poissons sauvages adultes (bar européen (Dicentrarchus labrax) et lieu jaune (Pollachius pollachius)). Ces opérations de marquage se basent sur un protocole qui a été développé et validé sur le bar adulte lors d’une étude pilote (2010-2012) et d’une étude à grande échelle (2014-2016) pour suivre ses mouvements et migrations. La présente demande d’autorisation de projet concerne 2 procédures de classe modérée : la première concerne l’adaptation du protocole de marquage au lieu jaune (n=20 individus), qui se déroulera en milieu contrôlé à l’issue d’une période d’acclimatation d’individus sauvages aux structures expérimentales ; la deuxième procédure concerne le marquage en milieu naturel de poissons sauvages adultes (n=350 individus ; 50%-70% bar et 30%-50% lieu jaune).
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
A terme, les résultats de ce projet permettront de comprendre plus précisément l’écologie du mouvement des espèces suivies et ainsi de répondre aux questions suivantes : Comment se comportent-elles sur la verticale ? Dans quel but ? Quels sont les habitats fréquentés et quelles fonctions (alimentation, reproduction, croissance, etc.) permettent-ils de réaliser ? Existe-t-il des migrations saisonnières entre ces habitats ? Comment ces mouvements structurent-ils la population ? Existe-t-il des sous-populations démographiquement indépendantes ? Il existe très peu de connaissances à ce sujet sur le lieu jaune. Bien moins que pour le bar européen, pour lequel un gros effort de marquage a eu lieu dernièrement. Cependant, pour ce dernier, les résultats attendus de ce projet permettront de démontrer l’intérêt à moindre risque (en terme de maitrise du protocole de marquage) d’un réseau pérenne de télémétrie acoustique (inexistant en Manche), de préciser la délimitation de 2 sous-populations à la fois côté français et côté anglais de la Manche à l’aide de reconstructions validées. Ces connaissances relatives à l’écologie du mouvement de ces 2 espèces d’intérêt halieutique, que le marquage en milieu naturel rend possible, serviront de cas concrets pour implémenter l’approche écosystémique des pêches sur les sites suivis afin d’atteindre le double objectif de conservation et d’exploitation durable des espèces marines en général.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
La présente demande d’autorisation de projet concerne 2 procédures de classe modérée : la première concerne l’adaptation du protocole de marquage au lieu jaune (n=20 individus), qui se déroulera en milieu contrôlé à l’issue d’une période d’acclimatation d’individus sauvages aux structures expérimentales ; la deuxième procédure concerne le marquage en milieu naturel de poissons sauvages adultes (n=350 individus ; 50%-70% bar et 30%-50% lieu jaune). Lors de ces 2 procédures, bars et lieus jaunes seront soumis à une intervention chirurgicale nécessaire à l’implantation de marques électronique et acoustique dans la cavité abdominale. Il y aura une chirurgie par individu, sauf pour 10 individus de la procédure 1. Elle se fera sous anesthésie et des antalgiques seront donnés par injection intra-musculaire pour minimiser les douleurs post-opératoires. Des prélèvements auront lieu de 4 écailles et d’un fragment de nageoire caudale afin de déterminer l’âge des individus et faire des analyses génétiques respectivement.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les effets indésirables attendus du marquage en milieu naturel sont des mortalités liées au traumatisme de l’expérimentation (pêche, anesthésie et chirurgie) et à la cicatrisation de la suture (infection). Des problèmes de croissance, de comportement et de mouvement liés à l’encombrement des marques dans la cavité abdominale peuvent être aussi attendues, cependant le poids total des marques ne représentant pas plus de 2% de la masse corporel des poissons marqués, ces effets devraient être minimes. Les effets indésirables attendus du marquage en milieu controlé sont les mêmes qu’en milieu naturel, à la différence que les individus pourront être surveillés. En milieu controlé, il se rajoute le stress de la captivité et des conditions d’élevage.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
L’objectif de l’étude est d’analyser les mouvements et les migrations du bar européen (Dicentrarchus labrax) et du lieu jaune (Pollachius pollachius) au stade adulte en Manche afin de mieux comprendre la structure spatio-temporelle de ces populations et la manière dont elles exploitent les habitats marins, éléments indispensables pour la mise en place de la gestion écosystémique des pêches. Il est donc indispensable de travailler sur des animaux issus du milieu naturel et que nous relacherons dans le milieu naturel après leur marquage. 20 individus seront prélevés dans le milieu naturel et sacrifiés (euthanasie en fin d’expérimentation) pour adapter en milieu controlé un protocole de marquage, qui sera ensuite utilisé sur le terrain.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Dans le cadre d’une étude destinée à caractériser les mouvements individuels en milieu naturel, il n’est pas possible de faire appel à des méthodes de remplacement. Il est nécessaire de faire des marquages électroniques de poissons qui seront ensuite relâchés dans le milieu naturel. Deux sources de données seront utilisées pour reconstruire les mouvements des individus marqués : 1) des données de température et de profondeur acquise à haute fréquence temporelle par les marques DST permettent d’inférer les mouvements grâce à de la modélisation ; 2) des données de télémétrie acoustique permettent de détecter la présence de poissons marqués (émetteur acoustique) sur un réseau de récepteurs déployé en milieu côtier. La combinaison des deux approches permettra de valider les mouvements obtenus par modélisation. Du fait que nous ne disposons pas de retours d’expérience de marquage sur le lieu jaune en milieu naturel et que ce poisson soit une espèce plus fragile que le bar, il est indispensable d’évaluer en milieu controlé la survie des individus marqués et l’adaptation du protocole de marquage à cette espèce notamment en termes de sédation et d’anesthésie.
2. Réduction
Le nombre de poissons a été réduit au minimum et défini au seuil de la pertinence scientifique et statistique. Procédure 1 (adaptation du marquage au lieu jaune en milieu contrôlé): L’expérience sera conduite sur 2 lots de 10 poissons chacun. L’analyse consistera à la comparaison des taux de survie et d’indice de condition par traitement statistique pour petits échantillons. Procédure 2 (marquage en milieu naturel): Il est prévu de marquer, dans le milieu naturel, 350 poissons adultes (50%-70% bar européen et 30%-50% lieu jaune) sur 3 sites répartis en Manche. Ce nombre est un compromis entre le coût de l’opération et le nombre de recaptures escomptées de 15% en moyenne soit 17 poissons par site et 51 poissons au total, ces recaptures devant être considérées comme représentatives des populations étudiées.
3. Raffinement
Pour la phase de captivité, les mesures de raffinement tiennent compte des contraintes zootechniques et notamment de la densité minimale d’animaux requise pour permettre aux animaux d’exprimer les meilleurs répertoires physiologiques et comportementaux possibles. Lors du marquage, les poissons seront anesthésiés et seront surveillés de manière régulière. Ils seront retirés de la procédure dès qu’un point limite sera atteint. Les points limites sont identifiables à travers le comportement des poissons (activité de nage anormale), la perte de poids ou des signes extérieurs de stress (e.g. couleur de peau, plaies). La méthode de mise à mort envisagée est une euthanasie par administration d’une dose létale d’anesthésiant après sédation. Les expérimentations en mer utiliseront des techniques de pêche qui n’altèrent que peu l’état de santé des poissons capturés (ligne ou palangre). Si leur condition corporelle est bonne, les individus seront maintenus en groupe dans de grands bassins afin qu’ils s’y sentent bien (comportement calme). Lors du marquage, les poissons seront anesthésiés et seront surveillés au moins deux heure avant d’être relâchés dans le milieu naturel. Ils seront retirés de la procédure dès qu’un point limite sera atteint. Les points limites auront été affinées via la première procédure en milieu contrôlé. La méthode de mise à mort envisagée est une euthanasie par administration d’une dose létale d’anesthésiant après sédation.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le projet se focalise sur le bar européen, poisson d’intérêt écologique, économique et sociale. La structure spatio-temporelle de cette ressource remet en cause la délimitation actuelle des stocks de bar. Il existe un besoin d’affiner nos connaissances sur l’espèce au niveau de la zone de mélange de stocks, i.e. en Manche. Le projet s’intéresse aussi au lieu jaune, poisson d’intérêt écologique, économique et sociale dont les stocks sont classés à données limitées, conjugué à un manque patent de connaissances sur l’écologie de cette espèce. Du fait, de son poids économique plus important et de ses enjeux de gestion omniprésents (reconstitution de la biomasse du stock Nord, et remise en cause des limites de stocks), le marquage de bars est jugé prioritaire. La proportion attendue des espèces marquées pourra être plus forte pour le bar, i.e. 50%-70% de bars et 30%-50% de lieus jaunes. Nous nous focaliserons sur le stade adulte, car il permettra d’améliorer nos connaissances sur les migrations de reproduction et les zones de frayère, habitats essentiels à protéger pour exploiter durablement ces espèces.