
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 12/07/2022
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-380039)
15 macaques à longue queue vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Ils reçoivent par voie intraveineuse un virus génétiquement modifié à visée antitumorale et subissent des prélèvements sanguins pouvant atteindre 20 % de leur volume sanguin, avant d’être tués pour prélever leurs organes. Le porteur indique que chaque animal est hébergé seul à partir de la première injection, alors qu’il s’agit d’une espèce vivant normalement en groupe. Il affirme que les études de toxicité in vivo sont « indispensables » au développement de nouveaux médicaments et justifie le primate par sa proximité avec l’espèce humaine.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le présent projet vise à étudier la biodistribution ainsi qu’à déterminer le seuil de toxicité d’un virus atténué réassorti (Organisme Génétiquement Modifié) provenant de la combinaison de deux souches de LCMV sauvages (Virus de la chorioméningite lymphocytaire), nommé ABX-001 dans le cadre du traitement de cancers métastasiques. Le projet sera conduit en zone de niveau de sécurité biologique 2 (NSB2) (obtention de l’agrément d’utilisation OGM pour une installation A2). Cette souche réassortie présente un phénotype fortement atténué et utilisé en tant qu’agent viral antitumoral potentiel. En effet, l’infection par une des souches sauvages sur lesquelles est construite la souche ABX-001 entraine des signes d’hépatoxicité et des symptômes de type fièvre hémorragique chez le singe. Un des effets de la création de la souche ABX-001 est une nette diminution de cette morbidité (diminution de la réplication virale, diminution de la réponse cytokinique, moins de pathogénicité au niveau hépatique) et un tropisme spécifiquement tumoral qui la maintient éloignée des tissus sains. Le mécanisme d’action de l’administration de ce type de souche réassortie entraine une activation du système immunitaire concertée et centrée sur la tumeur, impliquant à la fois la réponse innée et adaptative, par une seule injection intraveineuse. Le mode d’action de cette virothérapie immunomodulatrice par le virus atténué réassorti ABX-001 diffère de celui des traitements oncolytiques classiques puisqu’il vise principalement à induire et à remodeler les réponses immunitaires pour cibler spécifiquement les cellules tumorales. Dans ce projet, plusieurs doses croissantes de ABX-001 seront testées, comparé à une formulation contrôle, par administration intraveineuse unique ou répétée.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet permet d’évaluer la tolérance du virus atténué réassorti ABX-001 en tant que traitement antitumoral après une exposition répétée ou non, de doses croissantes et d’estimer les marges de sécurité pour lesquelles aucun effet indésirable n’est observé. Ces marges de sécurité permettront par la suite de déterminer une dose initiale « sûre » pour des études précliniques réglementaires, puis pour des essais cliniques chez l’Homme. Cette étude dite de « Dose-Range Finding » permet donc de diminuer le nombre d’animaux utilisés lors de l’étude préclinique réglementaire en calibrant les doses optimales.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Le projet consiste en l’administration intraveineuse du virus atténué (répétées ou non) ; ces administrations sont peu invasives (
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Afin d’éviter les contaminations entre les animaux, à partir de la première administration du virus atténué réassorti ABX-001, les animaux seront hébergés seuls en volière séparée avec un lien auditif, visuel et olfactif avec le congénère d’à côté (en cours de protocole). Ces animaux étant habituellement hébergés par groupe sociaux, une attention particulière devra en plus être portée sur le milieu d’hébergement de l’animal en lui apportant de l’enrichissement renouvelé quotidiennement (friandises, jouets, etc.). Les animaux auront été hébergés ensemble lors de la phase d’acclimatation, et ne seront donc pas mis au contact d’autres animaux lors de la phrase infectieuse. Ainsi, uniquement le premier animal sera hébergé seul à partir de l’administration (en NSB2) et pendant 10 jours, le temps de l’arrivée de l’animal suivant dans la volière à côté. Une attention particulière sera d’autant plus portée sur l’environnement cet animal (programme d’enrichissement ultra renforcé : friandises diverses, jouets divers). Les deux derniers animaux (1 animal d’un groupe traité et 1 animal du groupe contrôle) seront mis à mort même temps. Même s’il n’était pas strictement nécessaire au protocole, nous avons insisté pour qu’un animal « contrôle » non-infecté soit ajouté au protocole, afin que le dernier animal infecté ne soit jamais hébergé seul dans la salle d’hébergement en zone NSB2 (ils entreront ensemble et seront mis à mort ensemble). Même si la souche ABX-001 est atténuée, il est connu que les souches de virus sauvage peuvent entrainer des symptômes de type fièvre hémorragique et d’hépatoxicité. Par prudence, des points de vigilance seront donc axés sur le suivi de la température rectale et des paramètres hématologiques et biochimiques (globules rouges, paramètres hépatiques) afin de prédire une potentielle toxicité à la dose administrée. De plus, les points limites généraux seront appliqués.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux du projet seront mis à mort pour récolte d’organes.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les études de toxicité in vivo chez l’animal sont indispensables au développement de nouvelles molécules pharmaceutiques. En effet, celles-ci permettent de déterminer la toxicité de la molécule en fonction de la dose administrée et affine la connaissance des caractéristiques de l’effet principal et des effets indésirables éventuels. Les modèles animaux permettent dans ce cas d’objectiver l’apparition des signes cliniques et donc de mettre en évidence une éventuelle toxicité de la molécule en cours de test.
2. Réduction
Dans ce projet, les approches de dosage échelonnées (« en escalier »: doses croissantes) permettent d’atteindre les objectifs scientifiques tout en minimisant le nombre d’animaux utilisés. Une fois la première dose administrée à un seul animal, les observations sont ensuite notées et utilisées pour informer la dose de l’animal suivant, qui peut être supérieure ou inférieure selon la nature des observations relevées. Le nombre d’animaux dosés à chaque niveau doit être petit dans les études initiales (par exemple un voire deux) avec des tailles de groupe augmentées par la suite (poursuite du projet) une fois qu’une dose-réponse est établie (source : « Guidance on dose level selection for reguatory general toxicology studies for pharmaceuticals », NC3Rs). De même, le but même d’une étude de Dose-Range Finding est de réduire la taille de l’étude préclinique réglementaire en éliminant les doses à laquelle la réponse des animaux serait d’office nulle ou toxique.
3. Raffinement
Les animaux seront suivis individuellement et quotidiennement tout au long de l’étude afin de détecter tout signe clinique de douleur ou de détresse (grille d’observation du bien-être). Comme les animaux seront injectés par groupes de dose, les données obtenues pour les premières doses serviront à affiner la dose suivante et le suivi clinique en fonction des signes cliniques observés. Des périodes de récupération suffisantes seront accordées aux animaux entre les prélèvements ainsi qu’entre les administrations. Des mesures préventives et correctives de diminution de la douleur et du stress seront déterminées au préalable de la procédure. Les animaux bénéficieront du programme d’enrichissement défini par la structure du bien-être animal de l’installation, notamment la mise disposition de jouets dans les hébergements et la distribution de friandises systématique en fin de journée. Les animaux seront hébergés par groupes sociaux dans des volières conformes aux recommandations pendant la phase d’acclimatation et seront ensuite hébergés seuls à partir de la première administration, avec un lien auditif, visuel et olfactif avec le congénère d’à côté (en cours de protocole). Ces animaux étant habituellement hébergés par groupe sociaux, une attention particulière devra en plus être portée sur le milieu d’hébergement de l’animal en lui apportant de l’enrichissement supplémentaire renouvelé quotidiennement (friandises, jouets, etc.). Aussi, une rotation du matériel d’enrichissement, incluant une désinfection, sera organisée une fois par semaine pour éviter la lassitude et renouveler l’intérêt des animaux. De même, le personnel veillera à garder une interaction quotidienne avec chaque animal afin de diminuer le stress qui pourrait être engendré par les manipulations.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le primate non humain (macaque cynomolgus) est choisi pour sa proximité phylogénétique avec l’Homme et du fait des similitudes des réponses immunitaires et de sa sensibilité aux infections par LCMV. Spécifiquement, le macaque cynomolgus montre une sensibilité différentielle aux deux souches de LCMV composants ABX-001, ce qui permettra de tester si la stratégie d’atténuation de la souche virale réassortie est efficace. De même, la proximité de la réponse immunitaire du macaque à celle de l’homme permettra de mettre en valeur de potentiels biomarqueurs inflammatoires d’efficacité et de toxicité qui pourront être transposés aux patients de l’étude clinique. Autant que possible, des animaux matures (36-48 mois) seront utilisés pour ce projet.