
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 16/03/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-219778)
895 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Elles reçoivent une greffe de cellules de lymphome, par voie intraveineuse ou par chirurgie de la rate, puis une injection de bactéries provoquant un sepsis, avec un suivi tumoral hebdomadaire par imagerie, pour étudier comment une infection grave modifie la croissance d’un cancer du sang. Le porteur indique que le lymphome et l’infection abdominale peuvent affaiblir les animaux, avec perte de poids, léthargie et dos voûté. Il affirme que ce modèle n’est pas reproductible in vitro et que le recours aux souris est « indispensable », puis euthanasie tous les animaux pour prélever la rate, le foie, les reins, les poumons, les ganglions et la moelle osseuse.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les patients hospitalisés en réanimation pour choc septique sont caractérisés par une immunosuppression se traduisant par l’acquisition d’infections ainsi que la persistance d’une dysfonction d’organes à l’origine d’une augmentation de la durée de séjour et de la mortalité. Les modifications immunologiques acquises au cours du choc septique vont exposer les patients à ces complications via des modifications profondes de l’immunité. Parmi les patients hospitalisés pour choc septique, de nombreux patients sont déjà porteurs d’une dysfonction immunitaire qui les expose ainsi aux infections graves. En effet, les patients hospitalisés pour un lymphome B sont particulièrement à risque. Le traitement actuel du lymphome B repose sur une chimiothérapie très immunosuppressive, exposant les patients à des complications infectieuses, dont la sévérité nécessite une prise en charge en soins intensifs. L’arrêt du traitement anti-tumoral pendant le séjour en réanimation doit probablement impacter le pronostic de ces patients. Aussi, la fragilité associée à une dénutrition induite par la réanimation est probablement à l’origine de la non reprise du traitement dans les semaines suivantes. De plus, les effets de l’infection sur le système immunitaire pourraient avoir une influence sur la masse tumorale car celle-ci dépend en partie de son microenvironnement cellulaire. C’est pourquoi ce projet de recherche représente l’étape indispensable avant de pouvoir rapidement développer une étude clinique. En effet, ce projet a pour objectif d’étudier l’impact d’un évènement fréquent (infection) au cours de la prise en charge d’une pathologie fréquente (lymphome B). L’aspect innovant de ce projet est l’étude de la combinaison de deux phénomènes (tumoral et infectieux) ayant des bases immunologiques communes. Cette étude pourrait ainsi permettre le développement de thérapeutiques adjuvantes.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Nos travaux devraient déboucher sur une meilleure compréhension des liens entre infection et cancer dans le cadre des lymphomes B.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux vigiles seront soumis à une injection de cellules tumorales en intraveineuse via la veine caudale durant environ 1 minute pour induire le développement tumoral. L’injection en intrasplénique des cellules tumorales nécessitera une intervention chirurgicale sous anesthésie gazeuse d’environ 10min. Les animaux recevront au préalable une injection d’analgésique en sous cutané, cette injection durera moins d’une minute. Une fois par semaine, les animaux vigiles seront soumis à une injection en intrapéritonéale d’une solution de luciférine suivie d’une anesthésie gazeuse d’environ 5 minutes afin de suivre le développement tumoral. Un prélèvement sanguin sur animaux vigiles aura lieu une fois toutes les deux semaines afin d’évaluer leur état de santé général, ce geste durera moins d’une minute. Les animaux vigiles recevront une injection unique d’une suspension bactérienne en intrapéritonéale qui induira un sepsis, geste réalisé en moins d’une minute. L’immunonutrition sera réalisée sur animal vigile à l’aide d’une canule pour gavage, ce geste est réalisé en moins d’une minute. Afin de traiter le lymphome les animaux vigiles recevront une injection en intrapéritonéale d’un anticorps anti-mCD20, ce geste sera réalisé en moins d’une minute.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Le développement tumoral ainsi que l’infection abdominale peuvent engendrer un affaiblissement de l’animal, c’est pourquoi les souris expérimentées seront observées très régulièrement pour détecter l’apparition de signes de lymphome (perte de poids, léthargie, dos courbé…).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Le développement d’un lymphome suivi d’une infection intra-abdominale ne permet pas la réutilisation, le replacement ou l’adoption des animaux. De plus la nécessité d’accéder aux organes d’intérêts (rate, foie, reins, poumons, ganglions lymphatiques et moelle osseuse) ne nous permet pas de garder les animaux en vie, ils seront donc euthanasiés à l’issue de chaque procédure.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’évaluation de l’impact du sepsis sur la croissance tumorale du lymphome nécessite l’accès aux organes d’intérêt pour évaluer les conséquences de cette infection sur l’organisme dans sa globalité. Ceci n’est absolument pas reproductible in vitro car le développement d’un lymphome et/ou l’induction d’un sepsis engendre des modifications cellulaires dans différents organes tels que le foie, la rate, les poumons, mais également le sang périphérique. C’est pourquoi le recours à des animaux est indispensable pour le développement de ce type de modèle.
2. Réduction
Les procédures expérimentales sont rigoureusement planifiées afin de n’utiliser que le nombre d’animaux strictement nécessaire afin d’obtenir des résultats statistiquement significatifs. De plus, le laboratoire possède déjà une expertise à la fois sur le développement d’infections abdominales et sur le développement de modèle murin de lymphome, ce qui nous permettra d’utiliser moins d’animaux pour la mise en place de cette étude.
3. Raffinement
Les animaux sont élevés dans des conditions adaptées : locaux confinés, portoirs ventilés, eau et nourriture ad libitum, maximum 5 animaux/cage et aucun animal ne sera maintenu seul dans sa cage. L’utilisation d’analgésiques permettra d’éviter toute souffrance aux animaux. De plus, l’évaluation régulière du score de grimace des animaux et le suivi de leur poids et de leur comportement permettra d’avoir un contrôle continu sur leur état de santé. Enfin, la technique de suivi non-invasif par imagerie bioluminescente nous permettra de réaliser une caractérisation en cinétique de notre modèle de façon non douloureuse tout en réduisant le nombre d’animaux nécessaire à cette caractérisation.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Ce modèle murin permettra de développer un lymphome suivi d’une dysfonction immunitaire induite par un sepsis. Ce modèle nous permettra ainsi de caractériser et de traiter cette dysfonction immunitaire. Le développement d’un lymphome suivi d’une immunodépression post-infectieuse n’est pas reproductible in vitro car il touche le système immunitaire dans son ensemble. L’étude de mesures thérapeutiques afin de diminuer cette immunodépression et ses conséquences infectieuses explique pourquoi le recours à des animaux est indispensable pour le développement de ce type de projet de recherche. De plus, le modèle murin de lymphome par injection de cellules tumorales murines A20 est un modèle animal connu et bien caractérisé et le développement d’infections abdominales est actuellement en cours de caractérisation au sein de notre laboratoire. La très grande majorité des travaux scientifiques réalisés utilise des souris de 7-9 semaines.