
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-11-20 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-663386)
Hémophiles sévères par déficit en facteur VIII, et modifiées pour produire une protéine humaine des plaquettes, 455 souris vont être utilisées, 410 dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré et 45 sous anesthésie sans réveil. Toutes sont tuées, le porteur indiquant qu’elles ne peuvent pas survivre à la procédure. La queue est sectionnée sous anesthésie et le saignement suivi pendant quinze minutes, et la circulation sanguine de l’intestin est interrompue chirurgicalement jusqu’à une heure, pour vérifier si des fragments d’anticorps arrêtent l’hémorragie. Les nuisances déclarées se limitent à la douleur des injections et aux bagarres entre mâles, sans un mot sur ces deux modèles hémorragiques.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Pour notre projet, nous avons obtenu une lignée de souris hémophiles. L’hémophilie est une maladie génétique caractérisée par des hémorragies dues à un déficit en facteur VIII. Le facteur VIII est en effet nécessaire à la coagulation du sang. Ces souris hémophiles produisent aussi une protéine humaine présente uniquement dans les plaquettes. Les plaquettes sont des cellules sanguines qui ont aussi un rôle essentiel dans la coagulation du sang. Nous voulons tester dans ces souris de nouvelles molécules thérapeutiques, des fragments d’anticorps, qui ciblent une protéine anticoagulante également présente dans les plaquettes. Nous utiliserons les souris afin de voir si ces nouvelles molécules thérapeutiques se fixent bien aux plaquettes et améliorent le traitement de l’hémophilie. Si ces essais sont positifs chez les souris, nous pourrons envisager des essais chez les patients hémophiles.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Les traitements actuels pour l’hémophilie ont une courte durée d’action, obligeant les patients à se traiter très fréquemment, ce qui est contraignant. Certains nouveaux traitements durent plus longtemps, mais nécessitent encore des injections régulières. Un autre traitement utilise un anticorps imitant le facteur VIII, mais présente des risques lors d’hémorragies ou de chirurgies. En ciblant notre protéine anticoagulante d’interêt (c’est-à-dire la protéine anticoagulante que nous étudions) dans les plaquettes, nous espérons utiliser la longue durée de vie des plaquettes pour réduire la fréquence des traitements et améliorer la qualité de vie des patients.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
L’injection des molécules thérapeutiques pour traiter les souris se fait par voie intraveineuse sur animaux anesthésiés. L’accès veineux est necéssaire pour obtenir un traitement efficace et consiste en une seule injection d’une durée inférieure à 30 secondes. Des prélèvements de sang veineux sur animaux anesthésiés seront effectués pour permettent de vérifier la présence des molécules thérapeutiques dans le sang : 1 à 3 prélèvements d’une durée inférieure à 30 secondes puis euthanasie des animaux. Une section de la queue sur animaux anesthésiés permettra de vérifier que les molécules thérapeutiques permettent l’arrêt du saignement de la queue : une seule section et suivi du saignement pendant 15 minutes puis euthanasie des animaux. Un modele chirurgical d’interruption de la circulation sanguine au niveau intestinal sur animaux anesthésiés pendant 1h maximum puis euthanasie des animaux permettra de vérifier l’impact des molécules thérapeutiques sur la circulation sanguine.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Les souris étant hémophiles, une bagarre entre mâle peut exceptionnellement conduire à une hémorragie. Les injections et les prélèvements peuvent induite une douleur légère de courte durée.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Toutes les souris utilisées dans les procédures seront euthanasiées sous anesthésie en fin d’expérience. L’euthanasie est nécessaire car les souris ne peuvent pas survivre après la procédure.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Le projet fera appel à un modèle expérimental chez la souris. En effet, seule une approche expérimentale in vivo permet de rendre compte de la complexité des systèmes biologiques (notamment les mécanismes de production des proteines circulant dans le sang). Aucun système in vitro actuel ne permet de déterminer la durée d’action de molécules dans le sang et leur effet sur la coagulation.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Le nombre de répétitions des expériences sera défini de manière rationnelle. Si une expérience donne des résultats statistiquement significatifs pertinents, elle ne sera pas répétée. Les organes principaux des souris euthanasiées en fin d’expérience seront conservés. Ainsi, aucune expérience supplémentaire ne devra être faite si des questions nouvelles surviennent. Un total maximum de 455 animaux est prévu pour ce projet.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les souris seront hébergées en accord avec les lois d’éthique françaises. Les conditions d’hébergement sont conformes à la réglementation et adaptées avec le personnel de l’animalerie. Les animaux disposent de nourriture et de l’eau ad libitum. L’environnement est enrichi par ajout de coton, de kraft et/ou de tunnels en carton pour améliorer les conditions de vie et éviter au maximum les bagarres entre animaux, qui pouraient conduire à une hémorragie. Les souris seront hébergées avec un maximum de 5 souris d’une même fratrie par cage, habituée à vivre ensemble, pour limiter le risque de bagarre. Les animaux seront contrôlés quotidiennement pour évaluer et réduire au maximum tout risque de douleur. Tout geste (injection/ prélèvement) susceptible d’entraîner une douleur/ souffrance sera réalisé sous anesthésie gazeuse et analgésie. Des points limites ont été définis et les animaux malades seront soignés ou euthanasiés.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
L’utilisation de souris pour nos expériences est essentielle car elles permettent des études précises avec un grand nombre d’individus du même âge et du même génotype. Les souris déficientes en facteur VIII sont un bon modèle pour l’hémophilie sévère. Nous avons l’intention de fusionner des petites molécules qui vont se lier à une protéine anticoagulante avec d’autres molécules qui vont se lier aux plaquettes qui sont des cellules sanguines indispensables à la formation d’un caillot sanguin . Comme cette protéine n’est pas naturellement présente chez les souris, nous utilisons des souris génétiquement modifiées pour l’exprimer. Ce modèle de souris est crucial pour prouver l’efficacité de notre approche avant de passer à des essais chez l’homme et de demander des financements. Nous utiliserons des souris adultes de 8 à 14 semaines, stade ou les systèmes physiologiques sont matures.