
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 15/01/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-924162)
Pour comprendre comment une population de chevreuils s’adapte au changement climatique et aux activités humaines, 540 individus vont être capturés, dont 30 dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Les adultes et subadultes sont rabattus au cours d’une battue pédestre vers un filet tombant, tranquillisés, placés en caisse de contention, puis manipulés une dizaine de minutes sur une table, avec boucles auriculaires, puce sous-cutanée, collier GPS, pesée et prélèvements de peau, de sang, de poils, de fèces et d’ectoparasites. Les faons sont saisis au printemps dans la végétation où ils restent tapis, pesés dans un sac, bagués et équipés d’un collier extensible en moins de cinq minutes. Tous sont relâchés aussitôt, le porteur signalant de rares cas de mortalité à la capture, des blessures légères possibles lors de la course ou de la chute dans le filet, et un stress pouvant altérer la mobilité des adultes pendant quelques jours.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Nous souhaitons comprendre comment l’hétérogénéité spatiale de l’environnement (en termes de ressources et de risques) façonne la performance individuelle et, par conséquent, la dynamique des populations et le potentiel évolutif des grands herbivores, par le biais de leur utilisation de l’espace, en relation avec leurs composantes individuelles (condition, personnalité, immunité…), la prédation, la pression parasitaire et l’intervention humaine (les perturbations non létales, les pratiques agricoles, la chasse…). Cette étude est particulièrement pertinente dans un contexte de changement global (climatique, paysager…), pour comprendre comment les populations animales font face aux perturbations d’origine anthropiques et pour évaluer les services et disservices rendues par ces populations animales. Nous souhaitons aborder les questions suivantes : L’hétérogénéité individuelle diffère-t-elle selon les traits liés à la performance, selon les années au sein d’une population ? Qu’est-ce qui façonne la variation observée dans les trajectoires individuelles d’histoire de vie (e.g. fécondité, survie, dispersion natale), entre les facteurs environnementaux (météo et habitats au stade critique de la vie), les attributs individuels (sexe, cohorte, caractéristiques du domaine vital des adultes) et les influences anthropiques (perturbations, chasse, pression de prédation et maladies) ? Quelle est la contribution relative du hasard, de la contrainte et de l’adaptation dans l’élaboration des trajectoires individuelles observées au sein des populations ? Quelles sont les tactiques comportementales individuelles adoptées par les chevreuils (e.g. spatiales) pour faire face aux perturbations d’origine anthropique ? Comment les individus s’ajustent ils à de nouvelles conditions environnementales ?
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les bénéfices du projet sont d’abord d’apporter de nouvelles connaissances sur l’écologie d’une espèce modèle de grand herbivore sauvage, largement répandue et impliquée dans de nombreuses interactions avec les activités humaines, afin de comprendre son potentiel d’adaptation aux changements d’origine anthropique et de prédire sa dynamique de population dans nos paysages ruraux ordinaires. Ces connaissances sont précieuses pour comprendre ses interactions avec l’homme (risques sanitaires chez les humains et les animaux d’élevage, dégâts aux production sylvicoles et agricoles, collisions), mais aussi les services rendus (e.g. sur la biodiversité, sur les cycles des nutriments). Parmi les bénéfices attendus, ces connaissances permettraient donc de réduire certains disservices et de favoriser d’autres services rendus par la faune sauvage, de réduire les effets négatifs de l’homme sur les populations animales et d’une manière générale sur les écosystèmes, en fournissant des mesures de gestion concrètes. Ainsi, ce projet permettrait d’assurer une meilleure prise en compte des enjeux écologiques dans la gestion des territoires et dans les politiques publiques.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les chevreuils adultes et subadultes sont capturés au filet tombant suite à une battue pédestre (sans chien). Ils sont tranquilisés et placés dans une caisse de contention pour se reposer avant d’être manipulés. Sur la table de manipulation, ils sont identifiés (boucles auriculaires et puce électronique sous cutanée) et équipés d’un collier GPS. Ils sont examinés pour leur état général, mesurés (poids, mensurations) et font l’objet de prélèvements biologiques (peau, sang, poils, fèces, muqueuses, ectoparasites) avent d’être relâché dans leur milieu. Certains animaux sont transportés vers une autre localité de lâcher au sein du même site d’étude dans le cadre d’une translocation. La manipulation sur la table dure environ 11 minutes. Les faons de chevreuils sont capturés au printemps par saisie alors que l’animal est gité dans la végétation (il se déplace très peu à cet âge). L’animal est pesé dans sac de contention, idéntifié avec des boucles auriculaires, et équipé d’un petit collier extensible. Nous réalisons un examen de l’état general et effectuons quelques prélèvements biologiques (peau, salive, goutte de sang, tiques). La procédure dure moins de 5 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
– La capture occasionne un stress qui peut altérer la mobilité des adultes pendant quelques jours. – De rares cas de mortalité peut survenir lors de la capture chez les adultes et subadultes. – Des blessures légères peuvent survenir pendant la capture des adultes et subadultes lors de la course dans la battue, lors de la chute dans le filet ou lors de la contention dans le sabot. – Une douleur est occasionnée par les prélèvements (prise de sang) ou l’identification (bague auriculaire, puce sous-cutanée). – Un inconfort musculaire peut être lié à la contention et au port du collier. – Certains individus sont confrontés à de nouvelles conditions environnementales dans le cadre des translocations.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux sont relâchés dans le milieu naturel immédiatement après leur manipulation
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il n’y a pas d’alternative satisfaisante aujourd’hui au suivi in-situ des grands ongulés sauvages. Les études écologiques impliquant le suivi de la faune sauvages sont essentielles pour comprendre le fonctionnement des écosystèmes et tenter de réduire l’impact de l’homme pour plus de résilience. Ces données sont necessaire pour appréhender la variabilité des trajectoires de vie des chevreuils et comprendre les mécanismes éco-évolutifs de l’adaptation aux changements globaux. Cependant les données apportées par ce suivi permettent d’ouvrir la voie à la modélisation informatique de l’utilisation de l’espace par le chevreuil, ce qui pourrait autoriser à l’avenir un remplacement des suivis en nature pour répondre à certaines questions (flux de matières et de vecteurs, étude de connectivité du paysage).
2. Réduction
Ce suivi d’une population de chevreuil en milieu rural bénéficie à de nombreux projets de l’unité mais aussi de plusieurs partenaires scientifiques en France et en Europe. En effet les données sur l’écologie spatiale du chevreuil sont mises à disposition dans le cadre d’un réseau scientifique européen sur les mouvements des mammifères. De plus les prélèvements biologiques sont stockés et mis dans une base de gestion d’échantillon qui facilite leur utilisation par d’autres chercheurs pour des questions différentes (par exemple récemment pour la recherche de pathogènes émergents comme la covid 19). L’effort particulier consenti par l’équipe de recherche à la réutilisation des données et des échantillons biologiques est de nature à réduire la nécessité de multiplier ce genre de suivi à long terme et donc de réduire in-fine le nombre d’animaux utilisés par la communauté scientifique dans sa globalité. L’utilisation des données issues des captures précédentes ainsi que des données issues du réseau Eurodeer nous permettent de limiter les besoins de nouvelles captures.
3. Raffinement
Dans un souci continu d’amélioration de nos pratiques, nous réalisons des bilans post-capture (2 par an) qui produisent des recommandations que nous incluons dans nos procédures (e.g. pommade anesthésiante sur l’oreille, refroidissement de l’animal lors de la manipulation en cas de chaleur). Les mesures de raffinement sont : Les animaux adultes et subadultes sont tranquilisés après la capture dans le filet, puis ils se reposent dans des caisses stockées au calme, à l’ombre et sous surveillance. La manipulation est rapide dans le calme en minimisant le bruit. Les prélèvements pouvant s’avérer douloureux (prise de sang) sont réalisés par 3 personnes très expérimentées. Les rôles des assistants sont précis et déterminés à l’avance. Un responsable surveille en permanence l’état de l’animal (température, respiration, agitation) et peut décider de racourcir la durée de la manipulation si des points limites sont atteints. A chaque étape, un vétérinaire est prêt à intervenir si nécessaire. Dès le lendemain et par la suite, l’animal est localisé, voire observé, afin de recueillir des informations sur l’effet de la capture. En général, la capture des faons est réalisée après une tétée pour limiter l’effet du dérangement sur les soins maternels. Les faons sont très peu réactifs jusqu’à l’âge de 15 jours (couché, immobile). Une seule personne très expérimentée manipule le faon, le plus rapidement possible et en silence, après s’être frotté les mains dans la végétation pour éviter de laisser trop d’odeur humaine sur le faon. Si le faon est trop jeune pour être manipulé, l’opération est reportée.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le chevreuil est le grand herbivore sauvage le plus abondant en Europe. A ce titre, il joue un rôle majeur dans le fonctionnement des écosystèmes et rends des services et disservices pour les activités humaines. Leur présence peut générer des dégâts (agricoles, sylvicoles), réduire ou augmenter les risques sanitaires (maladie et collisions), produire des services (proie de substituion aux animaux domestiques pour les grands prédateurs, chasse, tourisme) et générer des conflits (entre forestiers et chasseurs par exemple). Ainsi c’est un bon modèle pour l’étude du fonctionnement des populations d’ongulés sauvages. D’autre part, le chevreuil est une espèce chassée et dont les effectifs évoluent à la hausse depuis la mise en place des plans de chasse dans les années 1980 aussi il ne se pose, pour cette espèce et à l’heure actuelle, aucun problème de conservation. Tous les stades de développement sont étudiés depuis la naissance jusqu’à la sénescence. L’objectif scientifique est d’étudier la trajectoire d’histoire de vie des individus et d’identifier par exemple comment les conditions précoces, lors du développement de l’individu conditionnent le comportement et la performance des individus.