
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 18/03/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-399610)
Les souris dont la tumeur atteint un point limite sont mises à mort avant le terme du protocole, ce que le porteur nomme être « sorties de l’expérience ». 672 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère, toutes tuées à l’issue pour prélever leurs surrénales. Chacune subit l’amputation d’une phalange pour le génotypage, des injections dans le sinus rétro-orbitaire sous anesthésie, des injections dans l’abdomen et un gavage quotidiens pendant deux semaines, et quatre échographies. Certaines lignées portent un carcinome jusqu’à dix-huit mois, quand le bénéfice annoncé se limite à proposer de nouvelles pistes de traitement.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le carcinome corticosurrénalien est un cancer rare et agressif, caractérisé par un pronostic défavorable. À son diagnostic, près de 50 % des patients présentent des métastases, ce qui explique un faible taux de survie à 5 ans. Actuellement, l’unique option curative pour les patients non métastatiques repose sur une exérèse complète de la tumeur primaire. Cependant, le risque de récidive est élevé (30 à 70 %), constituant la principale cause de décès. Pour les patients métastatiques, la chirurgie est inenvisageable, et les traitements existants, bien que lourds, n’améliorent pas la survie globale médiane, qui demeure autour de 15 mois. Les essais d’immunothérapie dans le carcinome corticosurrénalien ont donné des résultats décevants. Il est donc essentiel de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques. Nous avons récemment montré dans un modèle murin de carcinome corticosurrénalien, que la testostérone produite au moment de la puberté induit un recrutement de macrophages chez les souris mâles, ce qui conduit à une régression de la tumeur. De façon similaire, le traitement des souris femelles portant des carcinomes corticosurrénaliens avec de la testostérone conduit aussi à un recrutement de macrophages et à une diminution de la taille de la tumeur. Ces résultats suggèrent que la testostérone possède un fort potentiel en tant qu’agent antitumoral dans le contexte du carcinome corticosurrénalien. Cependant, les effets secondaires de la testostérone rendent son utilisation difficile chez les patients. C’est pourquoi nous avons cherché à identifier des cibles spécifiques de la réponse aux androgènes qui pourraient être exploitées pour traiter le cancer. Nos recherches ont montré que la testostérone agit en inhibant un gène d’intérêt, ce qui arrête la croissance des cellules tumorales, endommage leurs chromosomes et déclenche leur mort. Dans ce projet, nous proposons deux axes d’étude : – Évaluer l’impact de la suppression du gène d’intérêt dans les surrénales de nos modèles murins de carcinome corticosurrénalien afin de confirmer son rôle en tant que cible thérapeutique. – Tester des molécules capables d’inhiber MYC et ses voies de signalisation en aval. L’objectif global de ces expériences est de développer une nouvelle approche thérapeutique visant à améliorer le traitement et la survie des patients atteints de carcinome corticosurrénalien.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La réalisation de ce projet nous permettra de démontrer le rôle de la protéine d’intérêt dans la progression tumoral du carcinome corticosurrénalien dans différents modèles murins, cliniquement pertinents. D’une part en délétant complétement la protéine d’intérêt dans la surrénale dans 2 modèles murins puis en utilisant des molécules capables d’inhiber la protéine d’intérêt et ses voies de signalisation en aval. Ceci devrait permettre de proposer de nouvelles pistes de traitement et d’améliorer le pronostic du carcinome corticosurrénalien qui reste aujourd’hui défavorable.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les souris seront soumises aux interventions suivantes : Phalangectomie : durée 2min, 1 fois, sur toutes les souris. Injection intra-veineuse dans le sinus rétro-orbitaire d’une molécule d’intérêt thérapeutique sous anesthésie gazeuse à l’isoflurane, durée 5 min, 2x – Injection intra-péritonéale d’une molécule d’intérêt thérapeutique, durée 2 min, tous les jours pendant 2 semaines – Administration par gavage d’une molécule d’intérêt thérapeutique, durée 2 min, tous les jours pendant 2 semaines. – Anesthésie gazeuse à l’isoflurane au moment de l’imagerie par échographie, durée 5 min, 4 fois.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
La phalangectomie nécessaire à l’identification et au génotypage des individus peut induire une douleur légère et de courte durée mais n’entraine aucune complication chez l’individu au cours de son développement et aucune altération du comportement entre les individus de la portée et leur mère. L’injection par voie retro-orbitaire, réalisée sous anesthésie à l’isoflurane, peut engendrer une douleur locale légère et de courte durée. Les injections intra-péritonéales et le gavage peut engendrer également une douleur locale, légère, de courte durée. L’échographie, réalisée sous anesthésie à l’isoflurane, n’engendre pas de douleur mais peut induire un stress léger. Les différents modèles murins de CCS utilisés présente un développement tumoral et éventuellement des métastases. Afin d’éviter les nuisances associées au développement tumoral, tous les animaux seront étroitement surveillés par du personnel qualifié et sortis de l’expérience lorsqu’un point limite sera atteint.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux ayant subi la procédure seront euthanasiés à la fin de l’expérience, puis des tissus seront prélevés pour la réalisation de différentes analyses permettant d’évaluer le rôle de MYC et de ses voies de signalisation en aval dans le développement du CCS et ainsi pouvoir potentiellement identifier une nouvelle cible de thérapie ciblée pour le traitement des corticosurrénalomes.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Afin d’éviter la douleur et l’inconfort à l’animal, nous souhaitons remplacer autant que possible les manipulations in vivo par des expériences de culture in vitro sur des lignées de cellules existantes ou provenant des animaux sacrifiés sans manipulation préalable. Cette technique est un bon modèle alternatif pour tester dans un premier temps les molécules inhibant MYC ou ses voies de signalisations en aval. Cependant, le développement et la progression du cancer vers des stades avancés ainsi que les réponses aux traitements sont fortement dépendants de l’environnement cellulaire (vascularisation, facteurs de croissance, système immunitaire périphérique…), et ne peuvent pas être reproduits in vitro. Ainsi, la nécessité d’avoir recours à des animaux se justifie in fine par le fait que le développement tumoral est un processus complexe impliquant de nombreux types cellulaires dont les interactions sont cruciales pour favoriser la progression de la tumeur. Pour ces raisons, des méthodes expérimentales n’impliquant pas l’utilisation d’animaux vivants n’apportent pas le même niveau d’information.
2. Réduction
Dans l’optique de réduire de nombre d’individus par expérience, nous planifions systématiquement plusieurs analyses simultanées, de sorte que les deux glandes surrénales de chaque individu soient utilisées. De même, le sang des animaux sacrifiés sera systématiquement recueilli afin de réaliser les analyses hormonales. Les croisements pour générer les souris d’intérêt seront optimisés afin d’utiliser 100% des individus. Le nombre d’animaux par groupe correspond au minimum nécessaire pour une démonstration convaincante des principes scientifiques étudiés, sur la base d’arguments statistiques valides. En prenant en compte les variabilités biologiques intrinsèques aux individus, nous constituerons des groupes expérimentaux de 12 souris. Pour les analyses statistiques nous utiliserons des tests non paramétriques.
3. Raffinement
Les animaux seront élevés dans un environnement contrôlé et enrichi. Durant la procédure, nous veillerons au bien-être des animaux par l’ajout de plaques de papier à ronger et de maisons en carton ou polycarbonate, de tunnels en plastique ou de billes en inox. Le choix de l’enrichissement sera réalisé en fonction de l’état général de l’animal, par exemple en cas de développement d’une tumeur importante l’ajout de plaques de papier à ronger ou de bâtons en bois sera choisi à la place de tunnels qui pourraient blesser l’animal. De plus, du coton sera ajouté dans les cages pour faciliter le maintien de la température corporelle. Les animaux seront hébergés par groupes de 4 individus (sauf indication contraire) pour permettre le maintien d’un bien-être social. Les injections intra-veineuses (rétro-orbitaires) seront pratiquées sous anesthésie gazeuse à l’isoflurane après application d’une pommade analgésique à la lidocaïne. Le suivi du volume tumoral par échographie sera réalisé sous anesthésie gazeuse à l’isoflurane. Les animaux seront surveillés quotidiennement par du personnel qualifié, des points limites précis seront établis et les expériences seront arrêtées en conséquence.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les rongeurs sont les animaux couramment utilisés comme modèles de pathologies humaines, y compris dans le domaine de l’oncologie. Il existe en effet de nombreux modèles murins tumoraux mimant les cancers humains, incluant les carcinomes corticosurrénaliens. La connaissance approfondie du génome et de l’expression des gènes chez la souris, ainsi que l’existence de nombreux animaux transgéniques en font un modèle de choix. Les lignées murines utilisées pour générer notre lignée déficiente pour la protéine d’intérêt ou bien pour utiliser les molécules inhibants celle-ci et ses voies de signalisation en aval sont des modèles précliniques murins de corticosurrénalome reposant sur l’invalidation de gènes suppresseurs de tumeurs mutés chez les patients. Nous réaliserons nos analyses aux 3 stades de développement tumoral identifiés dans le modèle de carcinome corticosurrénalien. Un stade d’hyperplasie à 6 semaines, un stade carcinome corticosurrénalien agressif à 16 mois et un stade de carcinome corticosurrénalien métastatique à 18 mois. Ensuite, nous réaliserons nos analyses aux 3 stades de développement tumoral identifiés dans le modèle de carcinome corticosurrénalien métastatique disponible dans l’équipe. Un stade d’hyperplasie à 2 mois, un stade carcinome corticosurrénalien agressif à 4 mois et un stade de carcinome corticosurrénalien métastatique à 6 mois. Puis nos analyses se focaliseront au stade hyperplasique des souris soit de 4 à 6 semaines et de la transition carcinome corticosurrénalien agressif vers métastatique soit de 16 à 18 mois. Pour les souris double mutantes, nos analyses se focaliseront au stade hyperplasique (4 mois).