
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 28/05/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-661378)
Génétiquement modifiés pour développer un cancer du pancréas, des souriceaux reçoivent par le lait de leur mère le produit qui déclenche la maladie, dès les premiers jours d’allaitement. 581 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré, toutes tuées à l’issue. Elles subissent une biopsie de queue dans leur première semaine de vie, puis jusqu’à trois examens d’imagerie de deux heures sous anesthésie, pendant que les lésions précancéreuses évoluent vers le cancer avec perte de poids et baisse d’activité. Le pancréas est prélevé après la mise à mort, découpé en coupes fines et comparé aux images obtenues.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le cancer du pancréas le plus fréquent et le plus grave s’appelle l’adénocarcinome canalaire pancréatique. Ce cancer se développe en plusieurs étapes : d’abord, des petites anomalies apparaissent dans le pancréas, puis elles évoluent en lésions précancéreuses avant de devenir un cancer. Aujourd’hui, il n’existe pas de moyen d’imagerie efficace pour repérer ces anomalies et lésions précancéreuses avant que la maladie ne soit trop avancée. De plus, ce cancer est très complexe, car il varie beaucoup d’un patient à l’autre, et donc la réponse au traitement varie également grandement. Les techniques d’imagerie actuelles ne sont pas assez précises pour décrire toutes les caractéristiques de l’adénocarcinome du pancréas. Il est donc très important de développer de meilleures techniques d’imagerie capable d’identifier précisément le type de tumeur pancréatique, et de renseigner sur toutes les caractéristiques tumorales, au niveau cellulaire et moléculaire mais aussi au niveau biophysique, comme la dureté du tissu ou la pression exercée sur l’environnement tissulaire. Ce projet cherche à valider deux nouvelles approches d’imagerie dans ce contexte : l’imagerie de diffusion, qui permet d’étudier la microstructure du tissu, et l’élastographie, qui permet d’étudier les propriétés biomécaniques.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
L’adénocarcinome canalaire pancréatique est très difficile à diagnostiquer tôt, et les premières anomalies apparaissant dans le pancréas sont difficiles à observer chez le patient. Ce projet vise à utiliser des techniques d’imagerie pour mieux comprendre comment l’adénocarcinome se développe à partir des premières lésions précancéreuses, en utilisant un modèle animal. L’étude des premiers stades de ce cancer est impossible à réaliser chez l’homme, car les patients sont souvent diagnostiqués à un stade avancé.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
On donne aux souris femelles allaitantes un produit qui passe dans le lait afin que les souriceaux allaités reçoivent ce produit (1 fois par jour pendant 4 jours; injection dans l’abdomen ou gavage, sur souris éveillée, moins d’une minute par administration du produit). Ce produit permet d’induire l’activation de la modification génétique des souriceaux transgéniques, provoquant ainsi la maladie. Certains animaux seront soumis à un examen d’imagerie, au maximum trois fois pendant la durée du projet. L’examen est réalisé sous anesthésie et dure au maximum 2 heures.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Le traitement des souris allaitantes 1 fois par jour pendant 4 jours peut entrainer une légère perte de poids le jour suivant la première administration, mais le poids est ensuite récupéré. Un prélèvement d’un petit bout de queue (moins de 2 mm) est effectué sur les souriceaux dans leur première semaine de vie. La manipulation est très rapide et n’induit pas de modification du comportement du souriceau, et la queue cicatrise très rapidement à ce stade. Les modèles de souris utilisés développent des lésions précancéreuses puis un cancer du pancréas. Ceci peut entrainer une perte de poids et une diminution de l’activité de l’animal (alimentation, locomotion, toilettage). Le fait d’être maintenu immobile pour l’imagerie et le passage à l’intérieur d’un tunnel d’appareil d’imagerie avec un diamètre réduit peut être une source de stress pour l’animal. De plus, un stress peut être occasionné pour les animaux devant subir une succession de sessions d’imagerie durant l’expérience.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
En fin de procédure, les animaux seront euthanasiés et les pancréas seront collectés. Des analyses d’histologie seront réalisées pour obtenir des informations sur la composition tumorale. Ces analyses consistent en des coupes fines de la tumeur qui seront passées au microscope pour quantifier les éléments (cellules, fibres de collagène, cellules immunitaires) qui composent la tumeur. Une partie du pancréas sera également destinée à des analyses des molécules présentes dans le tissu. Ces données seront corrélées avec les mesures obtenues en imagerie.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Bien qu’il existe des modèles de cellules mimant le cancer du pancréas, ils ne permettent pas de reproduire l’environnement tumoral ni les symptômes très précoces observés chez les patients. De plus, afin de valider les méthodes d’imagerie comme solutions de diagnostic non-invasives en clinique, il est plus approprié de mener les expériences sur des modèles animaux afin de recréer la physiologie de la maladie mais également afin d’utiliser ces méthodes telles qu’elles le seront sur les patients.
2. Réduction
Le nombre d’animaux défini pour les groupes a été déterminé de sorte que l’on puisse obtenir des résultats statistiquement significatifs avec un nombre d’animaux minimum. Pour cela, un test statistique a été réalisé. Des animaux des mêmes portées sont utilisés en tant que contrôles, pour éviter leur non-utilisation. Enfin, les séries de mise au point prévues seront stoppées dès que les données d’imagerie sont satisfaisantes, évitant ainsi d’utiliser plus d’animaux que nécessaire. Un groupe d’animaux sera soumis à plusieurs examens d’imagerie, pour bien comprendre la progression du cancer et choisir les temps d’examen suivants de manière raisonnée.
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés dans des cages de 5 souris maximum. Ces cages seront enrichies en matériau favorisant la nidification. En plus du suivi quotidien standard, un suivi clinique aura lieu une fois par semaine : l’état de l’animal sera noté à l’aide d’une grille de score, avec surveillance du poids, de son apparence et de son comportement. Selon le résultat, de la nourriture humidifiée pourra être ajoutée dans la cage et un analgésique (médicament supprimant la douleur) pourra être administré. Des critères à l’imagerie seront également notés pour évaluer le bien-être. Les examens d’imagerie seront réalisés sous anesthésie, ce qui limitera le stress que l’examen peut engendrer. L’animal est surveillé et maintenu au chaud quand il est sous anesthésie, et la durée est limitée le plus possible, pour éviter d’éventuels effets indésirables de l’anesthésie tels que le refroidissement de l’animal et la diminution du rythme respiratoire.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris représente un modèle de cancer du pancréas qui reproduit fidèlement la pathologie observée chez l’homme. On peut donc s’attendre à ce que les propriétés biomécaniques et de diffusion mesurées chez la souris soient similaires à celles mesurées chez l’homme. De plus, la souris est une espèce dont le comportement est bien connu, ce qui facilite l’évaluation du bien-être et de la souffrance animale. Enfin, les dispositifs d’imagerie développés pour ce projet ont déjà été optimisés pour la souris. Nous utiliserons des souris à l’âge adulte pour les croisements. Pour les expériences, les souris entreront dans le protocole d’expérimentation dès leur naissance. Les analyses seront effectuées à différents stades du développement de la maladie connus dans les modèles de souris utilisés (5, 10, 16 semaines, ou 5 mois).