
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2025-08-25 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-500812)
Des souris génétiquement modifiées pour être déficientes en facteurs de coagulation, donc exposées à saigner, elles sont 1 210, dans des procédures allant de l’anesthésie sans réveil à un niveau de souffrance modéré. Chacune subit une partie du protocole, biopsie de l’oreille, jusqu’à quatre injections réparties sur cinq semaines, jusqu’à trois prélèvements sanguins. Le test central consiste à sectionner les trois derniers millimètres de leur queue sous anesthésie et à mesurer pendant trente minutes le sang qui s’écoule, avant de les tuer sans les réveiller. Le porteur écrit que toutes sont tuées en fin de procédure en raison du volume de sang prélevé ou perdu, pour une approche destinée aux patients dont la forme de la maladie est jugée trop modérée pour justifier les traitements existants.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
La coagulation sanguine représente l’ensemble des mécanismes mis en jeu lors d’une blessure, aboutissant à la formation d’un caillot sanguin qui va permettre l’arrêt du saignement en réparant le ou les vaisseau(x) sanguin(s) lésés. Ce processus fait intervenir de nombreuses protéines, appelées facteurs de coagulation. Il existe plusieurs maladies hémorragiques congénitales caractérisées par un défaut dans l’un ou l’autre de ces facteurs. Des traitements existent et ont démontré leur efficacité pour les patients atteints des formes graves de ces pathologies. Du fait de la lourdeur de ces traitements, ils ne sont pas administrés aux patients, plus nombreux, qui présentent des formes plus modérées. Ces patients ont en général un défaut partiel en facteur de la coagulation (et non un déficit total comme pour les formes graves). En absence de solution adaptée à leurs besoins bien spécifiques, les patients avec les formes modérées voient leur qualité de vie significativement altérée. L’idée du projet est donc de tester une nouvelle approche thérapeutique dédiée à ces populations de patients, basée sur l’idée d’utiliser leurs facteurs de coagulation résiduels et d’en augmenter la disponibilité.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Ce projet a vocation à améliorer la prise en charge des patients souffrant de formes modérées de différentes pathologies hémorragiques. Une approche similaire dans une pathologie autre que celles faisant l’objet du projet présenté ici devrait être testée prochainement chez des patients, ouvrant la voie à des essais cliniques à moyen terme pour les patients avec maladies hémorragiques congénitales.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Les souris seront soumises à plusieurs interventions pendant la durée des procédures mais chaque souris individuelle ne subira qu’une partie de ces gestes: 1) 1 biopsie à l’oreille. Ce geste dure 2 secondes. 2) 1 ou plusieurs injections. Le nombre maximal est de 4 injections réparties sur 5 semaines. Chaque injection va durer 1-2 secondes. 3) 1 ou plusieurs prélèvements sanguins sous anesthésie. En cas de plusieurs prélèvements, leur nombre maximum sera de 3 dont le dernier qui sera terminal suivi d’une euthanasie par les méthodes réglementaires. Ces prélèvements durent entre 5 et 45 secondes. 4) 1 test de saignement sur souris anesthésiées, test consistant à couper les 3 derniers millimètres de la queue de la souris et à mesurer la quantité de sang perdu en 30 minutes, suivi d’une euthanasie par les méthodes réglementaires sans retour préalable à la conscience
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Lors de la procédure d’élevage, un stress lors de la contention des animaux afin de réaliser le génotypage peut être généré. Les injections peuvent être associées à une légère douleur transitoire, de courte durée. Le prélèvement sanguin peut être associé à une douleur moyenne et une légère hémorragie, nécessitant d’exercer un point de compression. Le test de saignement est réalisé sous anesthésie pendant 30 minutes et les souris sont sous surveillance permanente.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
En fin de procédure et en raison du volume sanguin prélevé ou perdu, tous les animaux seront euthanasiés selon les méthodes réglementaires et le constat de mort sera établi par des signes évidents de mort.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Le système de la coagulation est complexe et nécessite absolument un organisme vivant entier pour pouvoir être étudié de manière pertinente. Actuellement, il n’existe pas de techniques qui pourraient éviter le recours à l’animal.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Seules 3 associations de molécules seront testés in vivo. Une dizaine de combinaisons sera produite et caractérisée in vitro et seules les combinaisons avec les profils biochimiques les plus prometteurs seront injectés aux animaux. Cela permet de réduire considérablement le nombre d’animaux utilisés. Par ailleurs, une analyse mathématique de puissance a permis d’établir le plus petit nombre d’animaux nécessaires au projet tout en s’assurant d’obtenir des résultats robustes et fiables.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les procédures utilisées se feront dans le cadre adapté d’un hébergement agréé, respectant au maximum le bien-être des animaux avec un enrichissement du milieu (morceaux de bois à ronger, filaments de papier kraft pour faire un nid), en limitant la souffrance par le respect des méthodes d’anesthésie et d’analgésie. L’ensemble des expériences seront effectuées par une personne habilitée à expérimenter sur animaux. Les souris seront surveillées pendant toute la durée de la procédure afin de s’assurer qu’elles ne montrent pas de signes de souffrance auquel cas un calcul de score permettra de définir les mesures à mettre en place.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Ce projet fait appel à des modèles murins déjà développés qui ont prouvé leur pertinence dans de nombreuses publications scientifiques. Il s’agit d’animaux génétiquement modifiés qui sont déficients pour différents facteurs de la coagulation, reproduisant ainsi les pathologies humaines. Pour ce projet, uniquement des animaux adultes des deux sexes seront utilisés, représentant au mieux la population humaine, susceptible de souffrir de ces pathologies.