
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 23/01/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-506631)
Toutes tuées en fin d’expérience parce qu’un protocole d’infectiologie interdit de les réutiliser, 1 400 truites arc-en-ciel vont être exposées au virus de la nécrose hématopoïétique infectieuse. 1 040 relèvent de procédures impliquant un niveau de souffrance sévère et 360 d’un niveau léger, 1 035 étant infectées par un bain de deux heures. Ces alevins de 0,8 gramme sont mis à jeun 24 heures avant l’infection et soumis pendant huit semaines à un régime thermique oscillant entre 10 et 20 °C pour simuler le réchauffement des rivières. Le porteur indique qu’aucun élément concret d’appréciation de la souffrance éprouvée pendant l’évolution de la maladie n’est disponible dans la littérature, et qualifie malgré tout le niveau de douleur de sévère chez les poissons infectés.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le changement climatique constitue une menace d’importance pour la santé humaine, animale et environnementale impactant toutes les espèces vivantes, les écosystèmes et la biosphère. La production animale doit aujourd’hui faire face à cette menace pour permettre son développement et assurer sa pérénité. Les enjeux résident dans la nécessité d’assurer la santé et le bien-être animal via l’évolution des pratiques, de préserver la biodoversité et l’environnement et de garantir la sécurité alimentaire. La lutte contre les maladies infectieuses, émergentes et transmissibles à l’homme est un des leviers. Le secteur de l’aquaculture est confronté à l’emergence d’agents pathogènes viraux, bactériens, fongiques et parasitaires, affectant les diverses espèces marines et d’eau douce et conduisant à des pertes économiques considérables. L’intégration de la composante stress thermique les études en santé animale est une priorité en recherche comme pour les acteurs de la filière pour évaluer l’impact de la hausse des températures dans les milieux aquatiques sur les principales maladies infectieuses virales et leurs hôtes piscicoles. Notre projet s’intéresse plus particulièrement au virus de la nécrose hématopoïétique infectieuse (vNHI), une maladie à déclaration obligatoire. Ce virus est responsable de maladies aiguës chez les salmonidés (truites et saumons) dans les principales zones de production : Europe, Asie et Amérique du Nord. Largement étudié en infectiologie poisson, il représente un modèle de choix pour caractériser finement les effets de la hausse des températures sur ses capacités d’adaptation (émergence de nouvelles souches adaptées aux hautes températures ts), sa virulence in vivo, les réponses de l’hôte (sensibilité, résilience à l’infection) ainsi que les voies d’entrée et la dissémination du pathogène L’objectif de ce projet est d’étudier l’impact du réchauffement de l’eau sur les interactions hôte-pathogène dans un modèle d’infection par le virus de la nécrose hématopoïétique infectieuse en truite arc-en-ciel. Les résultats attendus ont pour objectif de répondre à des interrogations scientifiques et aux attentes de la filière face à l’émergence de nouvelles maladies infectieuses en lien avec le changement climatique pour à terme guider l’évolution des pratiques en pisciculture vers un élevage performant, durable et plus adapté aux stress environnementaux.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les bénéfices à court terme sont la production de modèles expérimentaux pour l’étude et la caractérisation de l’impact du réchauffement de l’eau en santé animale et des agents infectieux émergents affectant les poissons. Face à la menace d’épidémies dues à l’émergence et à la dissémination de pathogènes dans les élevages piscicoles, la mise au point de modèles expérimentaux est une priorité pour identifier des moyens de diagnostic et de lutte contre ces pathogènes et limiter les pertes économiques. Les modèles in vivo conduiront à l’acquisition de connaissances sur la virulence de ces nouveaux agents, leur mode d’adaptation au changement climatique et à la description des mécanismes responsables de la physiopathologie des maladies liées à ces agents via des modèles prédictifs. L’évaluation et la gestion des risques liés aux changements globaux représentent des priorités pour assurer la santé et le bien-être des poissons d’élevage et accompagner l’évolution des pratiques en aquaculture pour le développement durable, les gains de performance et l’adaptation aux stress environnementaux. Dans ce contexte, nos travaux fourniront des bénéfices à court terme pour décrire l’impact du stress thermique (réchauffement climatique) sur la santé de la truite arc en ciel, c’est à dire sur leur performance zootechnique ainsi que leur robustesse et résilience aux challenges infectieux, complémentant les études actuelles se limitant à l’étude de l’impact sur la croissance et la survie des poissons. A plus long terme, les données obtenues permettront de modéliser les capacités d’adaptation du vNHI et des poissons aux hausses de température, d’identifier des marqueurs de stress pour évaluer le bien – être et d’adapter l’alimentation et les pratiques d’élevage pour améliorer les réponses de l’hôte et la résilience aux maladies.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Sur les 1400 poissons déclarés dans cette DAP, 1035 poissons seront soumis à des infections pour le challenge infectieux par balnéation. L’infection par bain d’une durée de deux heures sera réalisée une seule fois sur un même poisson.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les manipulations (tri, pesée, transfert, infection) ainsi que la mise à jeun 24h avant l’infection engendrent un stress chez les animaux. Un régime thermique fluctuant (10-20-10 °C pendant 24h) sera appliqué pendant 8 semaines pour mimer les conditions de terrain. Les effets indésirables pourront être une perte d’appétit et une diminution de croissance. Aucun élément d’appréciation très concret de la souffrance éprouvée lors de l’évolution de la maladie n’est disponible dans la littérature. Cependant, le niveau de douleur sera considéré comme nul chez les contrôles non infectés en bonne santé, et sévère chez les animaux infectés chez qui l’infection peut conduire à la mort. L’infection peut également conduire certains individus à une perte d’appétit, un excès d’excrétion de fèces et une nage erratique.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux de ce projet entreront dans un protocole d’infectiologie et ne pourront être réutilisés pour d’autres finalités, ils seront donc mis à mort en fin d’expérience. 180 poissons seront euthanasiés en fin d’expériences pour prélèvement d’organes.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le projet ne pourrait pas être mis en œuvre uniquement dans des modèles in vitro, dans la mesure où les relations hôtes – pathogènes – environnement impliquent des processus biologiques complexes : interactions entre différents types cellulaires modulés par les environnements tissulaires (différences selon les organes) très partiellement modélisables en systèmes simplifiés. Il n’existe pas non plus d’alternative in vitro maitrisée pour caractériser les capacités d’adaptation de la truite en réponse à un stress de température. Quelques publications décrivent des tests de température in vitro, mais la corrélation entre les résultats obtenus et les tests in vivo ne permettent en aucun cas de prédire et de comprendre les effets de la température sur les processus complexes comme la modulation des compétences immunitaires et la réponse à un agent pathogène.
2. Réduction
Le nombre d’animaux inclus est justifié par le besoin de s’affranchir de la variabilité génétique entre les poissons (issus d’une population standard) au sein d’un même groupe et permet une analyse statistique rigoureuse des résultats obtenus. Sur la base des précédents projets, des effectifs de 30 poissons par aquariums sont nécessaires à l’établissement des cinétiques de mortalité et des effectifs de 15 poissons seront utilisés afin d’effectuer les prélèvements pour les analyses de la réponse du poisson (immunitaire, métabolique) . Ce nombre d’animaux est également dicté par la très petite taille des alevins (0.8g, stade auquel les animaux sont sensibles à l’infection et pour lequel les challenges infectieux sont maitrisés au sein du laboratoire) et la nécessité d’effectuer des prélèvements en quantité suffisante pour valoriser scientifiquement les résultats. Il est nécessaire de réaliser des réplicats sur les aquariums infectés afin de prendre en compte des effets liées à la zootechnie (effets bacs) et la variabilité génétique des poissons utilisés et à la différence de cinétiques de mortalité.
3. Raffinement
Nous effectuons les expériences dans un environnement optimal pour les animaux. La manipulation des animaux se fait sous anesthésie afin de limiter le stress dû à la préhension. Les animaux sont conservés en lots tout au long de la procédure afin d’éviter l’isolement, source de stress pour cet animal grégaire et de préserver le bien-être des poissons. La présence de congénères et l’ajout de bullage dans chaque aquarium constituent un des éléments importants d’enrichissement du milieu, car c’est la seule possibilité dont nous disposons dans ce type d’expérimentation, l’ajout d’objet dans les aquariums pouvant provoquer des blessures ou introduire des bactéries déposées sur ces objets, susceptibles de rendre les observations des animaux très difficiles et d’affecter le statut sanitaire des animaux. Le bien-être et l’état de santé des animaux est suivi 2 fois par jour pendant toute la durée des expérimentations. Des critères d’arrêt ont été définis rigoureusement : nage anormale et non réponse à des stimuli externes et les animaux les ayant atteints sont euthanasiés pour limiter toute souffrance.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La truite arc-en-ciel est le modèle classique de la pisciculture continentale européenne : c’est la principale espèce d’élevage en France et c’est l’hôte naturel du virus de la nécrose hématopoïétique infectieuse. Il est nécessaire de travailler sur des poissons vivants afin de pouvoir quantifier la résistance de l’hôte afin de permettre in fine une compréhension des mécanismes intervenant dans l’adaptation aux changements environnementaux, tels que l’augmentation des températures dans les piscicultures. Des études préalables faites en cellules et embryons de poissons zèbre ont été réalisées afin de réduire le nombre d’expérimentation sur l’espèce cible (truite) ce qui a permis de dimuner les effectifs utilisés. Les procédures seront réalisées au stade alevin où la susceptibilité au vNHI est maximale.