
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 20/07/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-265476)
Les souris utilisées sont déficientes pour des protéines de l’audition et deviennent sourdes et déséquilibrées dès la deuxième semaine de vie, un état qui dure jusqu’à leur mise à mort. 8 985 souris sont engagées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Elles reçoivent une injection unique dans l’oreille interne sous anesthésie, à un jour de vie ou entre 14 et 30 jours, puis des tests auditifs sous anesthésie répétés à 1, 2 et 3 mois, et des tests comportementaux d’équilibre et d’orientation, dont un test d’équilibre de 31 minutes et un test de flottaison de dix secondes. 4 635 souris sont tuées pour prélever les tissus de leur oreille interne, et 4 350 sont réutilisées pour de l’exploration fonctionnelle.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La surdité et les troubles de l’équilibre sont parmi les déficits sensoriels héréditaires les plus fréquents chez l’homme. Environ 1 nouveau-né sur 700 est atteint de surdité congénitale, et 80 % de ces cas ont une origine génétique, dont 30 % sont associés à des troubles de l’équilibre. Parmi les syndromes responsables, le syndrome d’Usher est l’une des principales causes de surdicécité et de troubles d’équilibre héréditaires chez l’homme. À ce jour, aucun traitement ne permet de prévenir ou de corriger ces atteintes sensorielles. Depuis peu, la thérapie génique est l’une des pistes explorées pour soigner ces déficits. Notre objectif est d’évaluer l’efficacité d’une telle approche dans différents modèles murins de surdités sensorielles parmi lesquelles le syndrome d’Usher. Nous testerons deux stratégies de thérapie génique dans des souris génétiquement modifiées.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet nous permettra de développer des stratégies thérapeutiques capables de prévenir et/ou retarder les déficits sensoriels de l’oreille interne d’origine génétique. A court terme : Nous identifierons les méthodes les plus efficaces pour exprimer la protéine non mutée ou réparer la protéine mutée et déterminerons l’efficacité de ces stratégies pour corriger les troubles sensoriels chez nos souris déficientes. A long terme : Nous espérons avec ce travail développer des outils utilisables dans des essais pré-cliniques et cliniques afin de prévenir ou retarder les signes cliniques chez les patients atteints du syndrome d’Usher. Ceci inclut : – la mise en évidence d’approches nouvelles pour le transfert de gène, – la mise en évidence de l’efficacité in vivo de l’édition de gène pour la correction de mutations spécifiques.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Chirurgie : Les animaux seront soumis à des injections dans l’oreille interne sous anesthésie gazeuse et analgésie, elles seront uniques et ne dureront pas plus de 10 minutes au stade néonatal et 20 minutes au stade post-natal. Tests auditifs : Les souris injectées au niveau de l’oreille interne seront soumises à des tests auditifs dès l’âge de 3 semaines. Ces tests pourront être répétés à 1, 2 et 3 mois. Les souris seront anesthésiées puis exposées à de brefs stimuli sonores d’intensité et de fréquence croissantes. Des mesures seront enregistrées à l’aide d’électrodes ou de sondes placées sous la peau ou à l’entrée du conduit auditif. L’ensemble de ces enregistrements ne durera pas plus de 30 minutes par session. Tests d’équilibre : Les souris injectées au niveau de l’oreille interne seront également soumises à des tests comportementaux. Leurs déplacements seront analysés à l’aide d’un système vidéo (2 minutes). Leur capacité d’équilibre sera évaluée par deux tests : un premier de 31 minutes (composé de 3 sessions de 2 minutes et 3 sessions de 5 minutes, séparées par des pauses de 2 minutes) et un second de 2 minutes. Leur capacité d’orientation dans l’espace sera évaluée grâce à deux autre tests (10 à 60 secondes chacun). Un test de flottaison sera finalement réalisé (10 secondes) avant le retour en cage d’hébergement.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les souris déficientes en protéine fonctionnelle de l’audition présentent des déficits qui se manifestent par des troubles de l’équilibre. Les injections dans l’oreille interne seront réalisées sous anesthésie et analgésie, en conditions optimales d’asepsie et avec un contrôle rigoureux des animaux en pré- et post-opératoire. Aucune dégradation de l’état des animaux n’est attendue. Bien au contraire, nous espérons que le remplacement ou la correction du gène muté contribuera à rétablir les fonctions sensorielles des souris injectées. En découle la liste ci-dessous des interventions après raffinement, et de leurs éventuels effets indésirables supérieurs ou égal à une piqûre d’aiguille : 1) Les lignées de souris transgéniques déficientes non traitées, élevées dans un milieu fortement enrichi, montrent une surdité et des troubles de l’équilibre, qui apparaissent à partir de la 2ème semaine de vie post-natale et perdurent jusqu’à la mise à mort. 2) Les injections dans l’oreille d’une durée maximum de 20 minutes, sont réalisées sous anesthésie avec analgésie et sous contrôle strict pré- et post-opératoire. Les souris sont placées sur un tapis chauffant (37°C) et surveillées tout au long de la procédure. 3) Un test entraîne de faibles nuisances, dont une chirurgie de courte durée (15min) et l’étude vidéo, qui nécessite de maintenir les animaux immobilisés pour une durée n’excédant jamais 30 minutes.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
4350 souris seront réutilisés pour exploration fonctionnelle. Les autres animaux (soit 4635 souris) seront mis à mort pour récupérer des tissus de l’oreille interne afin de réaliser des analyses biologiques et histologiques.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il n’existe pas à ce jour de méthode alternative in vitro ou in silico pour appréhender les mécanismes complexes impliqués dans le fonctionnement de l‘oreille interne que sont : 1) la perception du stimulus mécanique par les cellules sensorielles ; 2) la transmission de ce stimulus en un signal électrique ; 3) la transmission de ce signal électrique à certains neurones de la cochlée ; 4) le transfert via ces neurones et leurs relais de l’information jusqu’au cerveau. De fait, nous aurons recours à la souris dans notre projet pour étudier les cascades physiopathologiques impliquées dans la surdité et les troubles de l’équilibre, et pour tester l’efficacité thérapeutique de traitements préventifs ou curatifs.
2. Réduction
Afin de limiter le nombre d’individus par groupe expérimental, nous avons effectué une analyse de puissance statistique à partir des données issues de publications. Un effectif de 5 individus par groupe permettra d’obtenir des résultats significatifs, au regarde des effets attendus. Nous limitons également le nombre d’individus de nos groupes contrôles en réexploitant, quand cela est pertinent, les données contrôles de nos expériences antérieures. Afin de contrôler d’éventuels effets techniques, les souris d’une même cage seront subdivisées pour recevoir au moins 2 traitements différents, et plusieurs répétitions seront réalisées. Ces facteurs seront pris en compte dans les analyses.
3. Raffinement
Enrichissement de l’environnement Chez la souris, les troubles sensoriels peuvent s’accompagner d’hyperactivité, de désorientation, de stress et de bagarres (chez les mâles). D’expérience, nous avons remarqué que pour limiter ces effets, il suffisait d’ajouter deux igloos par cage, des copeaux en carton (et non pas en coton propice aux garrots), des bâtonnets en bois à grignoter (1 par souris), et d’équilibrer le nombre d’animaux normaux et d’animaux déficients dans une même cage. Les cages doivent de plus être manipulées avec une très grande délicatesse et le moins souvent possible (une fois par jour maximum). Les personnes amenées à intervenir sur nos cages de souris déficientes sont alertées sur les consignes à appliquer. Surveillance des souris en amont et en aval d’une anesthésie avec ou sans chirurgie L’emploi d’analgésiques sera systématique tout comme l’application d’un gel ophtalmique lors des anesthésies de souris adultes. Nous utiliserons un matériel miniaturisé pour l’anesthésie des souriceaux. Les animaux anesthésiés seront gardés sur un tapis chauffant jusqu’à leur réveil complet puis remis dans leur cage. Les animaux opérés seront régulièrement inspectés pour détecter et traiter les éventuels signes d’inconfort tels que décrits dans la grille d’évaluation fournie par notre SBEA.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les cellules et les molécules impliquées dans le fonctionnement de l’oreille interne sont comparables chez l’homme et la souris. Les pathologies qui nous intéressent ont déjà des modèles murins. Ces modèles vont nous permettre d’explorer les preuves de concept thérapeutique que nous pourrons transposer, du moins conceptuellement, chez l’homme. Les injections se feront sur des souriceaux (P1, age 1 jour) ou des souris âgées de P14-P30 (age entre 14 et 30 jours). Le stade P1 est un stade immature où les cellules sensorielles ne sont pas encore trop affectées. Les stades P14/P30 correspondent à des stades où les tissus sensitifs de l’oreille interne sont matures. La mise à mort se fera entre 30 jours et 3 mois post-injection pour évaluer les effets à court, moyen et long terme d’une correction génique.