
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2026-09-14 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-115103)
Une souris blessée dont l’état ne s’améliore pas en 48 heures est mise à mort. 1 240 souris vont être utilisées dans ce projet sur la transmission sociale du stress, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré, toutes tuées pour des coupes d’électrophysiologie ou de l’immunohistochimie. La moitié subit une chirurgie crânienne de 45 minutes, une autre partie reçoit une injection huit jours de suite suivie d’une expérience aversive d’une seconde, et presque toutes passent un test de mémoire de neuf minutes par jour pendant trois jours, dont le porteur ne précise ni le dispositif ni le protocole au-delà du labyrinthe mentionné. Le laboratoire annonce des retombées pour la santé humaine qui « s’inscrivent plutôt dans le long terme et pourraient peut-être servir au traitement de pathologies telles que l’anxiété », pendant que la peur transmise se mesure par l’immobilité des souris.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Il existe une région spécifique du cerveau chargée de traiter les odeurs. De plus, cette région reçoit des informations provenant de différentes zones du cerveau qui peuvent modifier le traitement des informations reçues. Il existe une autre zone qui transmet des informations relatives au stress directement à la zone qui traite les odeurs, et ces informations peuvent modifier notre façon de réagir à certaines odeurs. Nous étudions au laboratoire un processus appelé «transmission sociale du stress» (de l’anglais, social transmission of stress, STS). Ce processus repose sur la communication du stress d’un individu à un autre par le biais d’une interaction sociale, et ce stress transmis est capable de provoquer des pertes de mémoire chez les animaux qui ne l’ont pas subi. Des études antérieures menées par le laboratoire ont montré que la STS est due à l’implication des récepteurs spécifiques de nos cellules cérébrales, mais le mécanisme exact reste encore inconnu.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Ce projet permettra de comprendre comment la réponse au stress se produit par le biais de l’odorat et contribuera à mieux appréhender le mécanisme d’action des astrocytes dans le bulbe olfactif par le système endocannabinoïde. En ce qui concerne les bienfaits pour la santé humaine, ce projet nous permettra de mieux comprendre comment le stress affecte notre organisme à différents niveaux, à commencer par la transmission du stress par l’odorat. Les résultats de ce projet en matière de santé humaine s’inscrivent plutôt dans le long terme et pourraient peut-être servir au traitement de pathologies telles que l’anxiété.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Presque tous les animaux de ce projet seront soumis à un test de mémoire d’une durée comprise de 9 minutes par jour sur 3 jours consécutifs pour étudier si le stress affecte la mémoire. Parmi l’ensemble des animaux du projet, la moitié subiront en plus au préalable (minimum 4 semaines avant le test comportemental) une intervention chirurgicale d’environ 45 minutes sous anesthésie et antalgie avec pré, péri- et post médication permettant de minimiser le stress et la douleur qui permettra l’étude de l’activité neuronale. Une autre petite partie recevront une injection, pendant 8 jours consécutifs, et une expérience aversive de 1 seconde.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Les traitements médicamenteux et les injections intra-péritonéales sont bien contrôlés en laboratoire. De plus, les produits utilisés (et leurs doses) sont bien tolérés par les animaux. Par conséquent, la nuisance liée à ces traitements (douleurs sur le site d’injection, stress de la contention) sera maitrisée et durera moins de 7 jours. La chirurgie provoque durant quelques jours des douleurs post opératoires. Les risques associés sont ceux liés à l’anesthésie (hypothermie, troubles cardio respiratoires) et une infection de la cicatrice (très rare). Le modèle comportemental de transmission sociale du stress implique des effets stressants chez les animaux et une réaction de peur que nous détecterons à l’aide de l’immobilité de l’animal. Enfin un léger stress est attendu lors de la première exploration du labyrinthe car c’est un milieu inconnu et cela ne durera que quelques minutes.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Les animaux seront mis à mort à l’issue du protocole comportemental, que ce soit pour réaliser des coupes destinées à l’électrophysiologie ou pour effectuer une immunohistochimie.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
À ce jour, l’étendue des connaissances concernant l’organisation des circuits neuronaux chez les mammifères, y compris l’homme, et surtout leur plasticité, ne permet pas de concevoir et de mettre en œuvre des simulations numériques fiables permettant d’étudier les changements qui se produisent. De plus, l’utilisation d’invertébrés dont le système nerveux est complètement différent serait inappropriée.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Le nombre de 1240 souris se justifie par l’utilisation d’un nombre suffisant d’animaux dans chacun des groupes expérimentaux ce qui permet l’application des tests statistiques classiques dans le domaine et également décrits dans la littérature scientifique sur le sujet. Les chiffres attendus garantissent une bonne interprétation des résultats. Toutefois, si l’expérience montre que les échantillons peuvent être réduits, ils le seront en conséquence. Dans les expériences, il faut disposer d’au moins 10 cellules et d’au moins 6 sujets expérimentaux différents. C’est pourquoi nous avons calculé ce nombre d’animaux, afin de disposer d’un nombre de cellules suffisant pour chaque expérience et chaque condition. De plus, dans les tests comportementaux, compte tenu de la grande variabilité, il faut plus de 10 spécimens pour que les comparaisons soient fiables.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les animaux seront changés une fois par semaine tout en maintenant le plus possible le matériel de nidification lors du changement afin de conserver l’empreinte olfactive et ainsi diminuer le stress. Si un animal est blessé il sera d’abord soigné (si signes d’agression ou de blessure), isolé et/ou surveillé. Dans le cas où l’état de l’animal ne montre pas d’amélioration significative sous 48h, celui-ci sera euthanasié. En effet, pour l’ensemble des animaux, un suivi sera assuré en utilisant des grilles permettant de scorer de façon objective le bien-être de l’animal par la mesure du poids, l’évaluation de l’apparence physique (poil hérissé, apathie…) et du comportement (stéréotypies, vocalisations…). Si un animal montre des signes de détérioration rapide de son état de santé évalué sur ces critères avant la fin des procédures, celles-ci seront ajustées ou stoppées pour éviter toute souffrance prolongée ou excessive. Enfin, chaque animal sera également habitué à être manipulé par l’expérimentateur quotidiennement pendant la semaine précédant le protocole expérimental et aussi habitué au labyrinthe utilisé pour les tests comportementaux.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
L’utilisation d’animaux dans ce projet se justifie par l’absence de modèle in vitro permettant l’étude des processus de mémorisation et la nécessité de manipuler l’expression des proteines de ces processus. L’organisation du système nerveux des souris est suffisamment proche de l’espèce humaine pour pouvoir raisonnablement extrapoler les observations faites sur ces animaux. Dans ce contexte, l’expérimentation animale reste nécessaire. La souris est le modèle idéal pour ces deux raisons 1) Possibilité d’étudier des mutants pour une protéine, 2) Reproductibilité et comparabilité avec d’autres résultats obtenus dans le laboratoire et la communauté scientifique au sens large. Les souris utilisées seront toutes à l’âge adultes (8-16 semaines) le modèle de transmission sociale du stress ayant été validé à ces âges.