Revue de presse de l’expérimentation animale, du 17 au 23 octobre 2026

La Pennsylvanie signe une loi sur chiens et chats, la France défend un élevage de primates

Revue de la semaine, du 17 au 23 octobre 2026.

En Pennsylvanie, une loi signée le 22 octobre ouvrira l’adoption aux chiens et aux chats après les expériences. En France, le ministère de la recherche défend l’agrandissement de l’élevage de primates du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Rousset. En Inde, un projet de réglementation de l’expérimentation animale est contesté.

Décisions politiques et réglementaires : la Pennsylvanie signe une loi sur l’adoption des chiens et des chats et sur les cosmétiques

En Pennsylvanie, les laboratoires devront proposer à l’adoption les chiens et les chats qu’une étude ne prévoit pas de tuer, si le vétérinaire du laboratoire les juge adoptables.

Le gouverneur Josh Shapiro a signé le jeudi 22 octobre cette loi surnommée « Beagle Bill », du sénateur républicain Doug Mastriano. La Chambre l’a amendée puis votée à l’unanimité le lundi 19 octobre, et le Sénat a approuvé ces changements le lendemain, à l’unanimité aussi (historique du texte). La loi entre en vigueur 180 jours après sa signature, et ses règles sur la recherche ne concernent que les chiens et les chats. Elle interdit aussi, sauf exceptions, de vendre dans l’État un cosmétique développé avec un test sur des animaux mené à partir du 1er janvier 2027 (texte adopté). La Chambre a retiré l’interdiction de financer avec l’argent de l’État les expériences de la catégorie E du ministère fédéral de l’agriculture (USDA), où la douleur n’est pas soulagée. Un projet sur des chiens ou des chats peut en recevoir s’il a une justification écrite, l’accord du comité de l’établissement et un vétérinaire. La chaîne locale WHP écrit pourtant que la loi prive d’argent public les tests douloureux.

Mise en perspective. L’adoption offre une issue aux chiens et aux chats qu’une étude ne prévoit pas de tuer. Mais aucune des conditions posées au financement public ne porte sur la douleur, et le Sénat voulait justement priver de ce financement les expériences où elle n’est pas soulagée.

Élevages : le ministère de la recherche défend le projet du CNRS d’agrandir son élevage de primates à Rousset

En France, le ministère chargé de la recherche défend le projet du CNRS d’agrandir son centre d’élevage de primates à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône, pour en produire 250 à 300 par an à partir de 2032.

Dans une question publiée le 25 juin, le sénateur écologiste Guy Benarroche citait l’avis du comité d’éthique du CNRS (COMETS) (question écrite n° 09278). Ce comité met des conditions au projet, dont un examen scientifique collectif et contradictoire, et une trajectoire précise de réduction des primates utilisés. Selon une tribune de 170 scientifiques parue le 18 avril dans « Le Monde », la France a utilisé en moyenne 703 primates par an de 2021 à 2024, contre 174 au Royaume-Uni et 105 en Allemagne. Le sénateur demandait si le projet serait redimensionné, et dans quel délai serait fixée une trajectoire de réduction. Dans sa réponse du jeudi 15 octobre, le ministère fait état d’une baisse de 38 % des primates utilisés de 2021 à 2024, sans donner les nombres. Il juge l’objectif de 250 primates par an « très en deçà des besoins nationaux », et cite environ 70 000 utilisations de primates par an aux États-Unis et 30 000 primates élevés chaque année en Chine.

Mise en perspective. Le ministère soutient le « dialogue contradictoire » que le CNRS veut organiser et défend la taille du projet, mais ne dit rien d’un délai pour une trajectoire de réduction, l’autre condition du COMETS. Il laisse aussi de côté le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui utilisent quatre à sept fois moins de primates que la France, d’après les chiffres de la tribune.

Mobilisations : en Inde, des associations et des actrices s’opposent au projet de réglementation, ouvert aux objections jusqu’au 5 novembre

En Inde, des associations et des actrices s’opposent à un projet qui ferait autoriser la plupart des expériences sur des animaux par les établissements qui les mènent.

Le comité national de contrôle et de supervision des expériences sur les animaux (CCSEA) a signé ce projet le 30 septembre, et le journal officiel l’a publié le mardi 6 octobre (site du CCSEA). Les objections sont reçues pendant trente jours, soit jusqu’au 5 novembre (Free Press Journal). Chaque établissement classerait lui-même ses expériences en légères, modérées, sévères ou sans réveil (l’animal est tué sous anesthésie). Son comité d’éthique autoriserait seul les expériences légères ou modérées, sur toutes les espèces. Le comité national garderait les expériences sévères ou sans réveil sur les espèces plus grandes que les rongeurs et les lapins, et préviendrait avant ses inspections.

L’association People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) India demande le retrait du projet (The New Indian Express). People for Animals, fondée par l’ancienne ministre Maneka Gandhi, demande qui protégera les animaux (The Indian Express). Trois actrices invitent leur public à écrire au comité (Hindustan Times).

Mise en perspective. Le projet garde au comité national les expériences sévères sur des chiens, des singes ou des cochons. Pour les rongeurs et les lapins, il ne lui réserve aucune expérience, même sévère, et c’est l’établissement qui classe lui-même la gravité de chacune.

Contrôles, manquements et sanctions : en Italie, la justice examine le projet d’expériences sur les macaques Alan et Larry, tués entre-temps selon la LAV

En Italie, Alan et Larry, deux macaques soumis depuis 2019 à des expériences sur le cerveau à l’université de Parme, ont été tués, selon la Lega Anti Vivisezione (LAV), association opposée à l’expérimentation animale.

La LAV conteste devant le tribunal administratif du Latium, à Rome, la prolongation de l’autorisation de ce projet. Accordée en 2019 par le ministère italien de la Santé pour cinq ans, l’autorisation a été prolongée de trois ans, jusqu’en 2027, malgré des avis contraires d’experts scientifiques, dit l’association. À l’audience du mardi 20 octobre, les avocats de l’État ont annoncé la mort des deux macaques (LAV). Ni la date ni le motif n’ont été rendus publics, et aucune réponse de l’université n’est rapportée (greenMe). Les macaques portaient des électrodes pour enregistrer les mouvements de leurs yeux, et restaient de longues heures immobilisés sur des sièges, la tête maintenue. L’association attend que le tribunal déclare la prolongation illégale.

Chiffres : en Australie, un premier compte national donne 1 193 619 souris et 46 961 rats utilisés en 2024

En Australie, un premier compte national donne 1 193 619 souris et 46 961 rats utilisés en 2024 pour la recherche, l’enseignement et les tests, selon The Guardian. Le vétérinaire Malcolm France a réuni ces chiffres, rendus publics le mercredi 21 octobre, pour le conseil australien et néo-zélandais pour le soin des animaux en recherche et en enseignement. Seuls trois États, la Nouvelle-Galles du Sud, le Victoria et la Tasmanie, publient régulièrement leurs données. Malcolm France voudrait compter aussi les poissons, les lapins, les oiseaux et les singes. Pour l’organisation pro-expérimentation animale Understanding Animal Research Oceania, ces données montreront l’ampleur de la recherche australienne. L’association de protection animale RSPCA Australia demande que soient aussi publiés les effets des expériences sur les animaux.

Mise en perspective. Ce compte porte sur les souris et les rats utilisés. Ceux qui ont été élevés pour les laboratoires sans être utilisés n’y figurent pas, et l’article ne dit ni combien ils sont, ni ce que les animaux comptés ont subi.

Éthique : l’enquêtrice Lindsay Oliver raconte quatre mois d’infiltration dans un centre de primates étatsunien

Aux États-Unis, l’enquêtrice Lindsay Oliver raconte dans un livre les quatre mois qu’elle a passés comme technicienne, sous couverture et avec des caméras cachées, dans un centre de recherche sur les primates.

Son livre, « Marshmallows Are Their Favorite », paru le 6 octobre selon sa page, se déroule dans l’un des sept centres nationaux de primates du pays, qu’elle ne nomme pas. Lindsay Oliver, fondatrice de l’association Justify, y raconte sa toute première enquête dans un laboratoire, sans la dater. Dans un entretien avec le biologiste Marc Bekoff, publié le 26 septembre par Psychology Today, elle décrit des milliers de singes en cage au milieu d’une ville. Les employés pointaient, bavardaient et préparaient leur week-end pendant que les singes criaient et frappaient les parois de leurs cages. Elle les croyait à l’aise avec leur travail, et en a trouvé beaucoup qui tenaient aux singes ou supportaient mal ce que ce travail exigeait d’eux.

Mise en perspective. Ce malaise des employés que décrit Lindsay Oliver, des spécialistes en psychologie et en sociologie l’appellent la blessure morale. Il touche des personnes qui causent des souffrances, ou en sont témoins, sans pouvoir les soulager.

En bref

  • Floride. Le vendredi 16 octobre, une quinzaine de personnes ont manifesté devant l’université de Floride contre des expériences de thérapie génique sur 119 chats. Selon le journal The Independent Florida Alligator, les instituts nationaux de santé étatsuniens (NIH) les financent à hauteur de près de 2,7 millions de dollars.
  • Massachusetts. PETA a demandé le 19 octobre au ministère fédéral de l’agriculture d’examiner la mort de deux jeunes cochons, en 2023 et en 2025, après des expériences sur le cœur à l’école de médecine UMass Chan. Le ministère dit qu’il examinera la plainte, et UMass Chan n’a pas répondu au journal (The Worcester Guardian).
  • Idaho. Selon un rapport de l’association Animal Partisan, 96 % des plus de 97 000 animaux d’élevage utilisés en une année par dix universités échappent à la loi fédérale de protection des animaux. Le rapport relate qu’à l’université de l’Idaho, des veaux ont été exposés six heures à une fumée de feu de forêt simulée, puis tués (The Argonaut).