L’expérimentation animale désigne l’utilisation d’animaux autres qu’humains dans des recherches, des tests et des enseignements qui peuvent leur causer douleur, souffrance ou angoisse. En France, les laboratoires ont déclaré un peu plus de deux millions d’utilisations d’animaux en 2024, mais ce chiffre officiel ne compte pas les animaux élevés puis morts ou tués sans avoir été utilisés dans des procédures. Cette page fait le point sur ce que l’on sait, des espèces utilisées jusqu’à l’histoire du débat, en passant par les souffrances, les règles et l’évaluation éthique. Chaque partie renvoie aux pages du site qui détaillent les chiffres, les textes et les décisions de justice.
De quoi parle-t-on ?
Les mots qui désignent cette pratique ont une histoire, et certains ont été choisis pour la rendre plus acceptable aux yeux du public.
L’Observatoire de l’Expérimentation Animale (OXA) emploie « expérimentation animale », une expression largement répandue, qui n’est ni complaisante ni limitée aux pratiques les plus douloureuses. D’autres termes circulent, comme « vivisection », hérité du XIXe siècle, que l’OXA réserve à l’histoire du débat, ou « recherche animale », que le Gircor, l’interprofession de l’expérimentation animale, emploie depuis les années 2010 pour donner au public une image moins négative de la pratique.
Cette page emploie aussi les termes de la réglementation, qu’il faut connaître pour lire les chiffres. Le droit français emploie l’expression « utilisation des animaux à des fins scientifiques », et la directive européenne de 2010 appelle « procédure » toute utilisation susceptible de causer à un animal une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables au moins équivalents à une piqûre d’aiguille. Les statistiques officielles comptent ces utilisations. Mais la même directive exclut de cette définition la mise à mort d’animaux « à la seule fin d’utiliser leurs organes ou tissus », si bien que ces animaux n’apparaissent pas dans les chiffres annuels. Les laboratoires parlent souvent d’« euthanasie » ou de « sacrifice » pour la mort des animaux. L’OXA écrit « mise à mort », comme la directive, qui n’emploie jamais le mot « euthanasie », réservé à une mort donnée dans l’intérêt de celui qui meurt.
La première question du livret de l’OXA, « De quoi parle-t-on ? », retrace l’origine de ces expressions, et le glossaire rassemble les définitions des termes employés sur cette page.
Quels animaux, et combien ?
En 2024, un peu plus de deux millions d’animaux ont été utilisés dans les laboratoires français, dont près des trois quarts de souris.
D’après l’enquête annuelle du ministère de la Recherche, les laboratoires ont déclaré 2 041 157 utilisations d’animaux en 2024. Comme un même animal peut être utilisé plusieurs fois, l’OXA préfère compter les individus : 2 025 594 animaux ont été utilisés pour la première fois cette année-là. Les souris en représentent près des trois quarts, loin devant les lapins, les poissons et les rats.
En 2024, les laboratoires ont déclaré 2 041 157 utilisations d'animaux, dont 15 563 réutilisations.
Combien d'animaux sont utilisés en laboratoire ? Le graphique sur la page des chiffres
| Espèces | Animaux utilisés pour la première fois en 2024 |
|---|---|
| Souris | 1 473 612 |
| Lapins | 159 289 |
| Poissons | 146 698 |
| Rats | 124 019 |
| Oiseaux | 64 126 |
| Cochons d’Inde | 22 534 |
| Porcs | 11 507 |
| Amphibiens | 5 882 |
| Hamsters | 4 943 |
| Moutons, chèvres, bovins, chevaux et ânes | 4 042 |
| Reptiles | 2 381 |
| Chiens | 1 934 |
| Primates | 1 738 |
| Céphalopodes | 820 |
| Chats | 170 |
| Autres mammifères | 1 899 |
| Total | 2 025 594 |
Calcul de l’OXA d’après l’enquête statistique 2024 du ministère de la Recherche, en retirant les réutilisations du nombre d’utilisations. Le détail par espèce et par année figure sur la page « Combien d’animaux sont utilisés en laboratoire ? ».
Le ministère présente les primates, les chiens et les chats en pourcentages, moins de 0,2 % des utilisations pour chacune de ces espèces. Comptés un par un, ce sont 1 738 primates, 1 934 chiens et 170 chats qui ont été utilisés pour la première fois cette année-là.
Plus de neuf animaux sur dix naissent dans un élevage de l’Union européenne agréé pour fournir des animaux aux laboratoires. Les poules, les porcs et une partie des poissons viennent aussi de fermes, de piscicultures ou du milieu naturel. Les primates viennent de plus loin, et huit sur dix sont des macaques à longue queue nés sur l’île Maurice. Près d’un quart des chiens sont nés hors de l’Union européenne. Les pages « D’où viennent les animaux utilisés ? » et « D’où viennent les primates ? » détaillent ces chiffres année par année.
L’enquête annuelle laisse de côté plusieurs catégories d’animaux. Les invertébrés n’y figurent pas, sauf les céphalopodes. Les animaux élevés puis morts ou tués sans avoir été utilisés dans une procédure n’y figurent pas non plus : anciens reproducteurs, animaux qui n’ont pas la modification génétique recherchée, animaux tombés malades ou tués pour prélever leurs organes. Les États les déclarent à la Commission européenne une fois tous les cinq ans, et le ministère en a compté 2 119 205 en 2017 puis 2 765 934 en 2022, chaque fois davantage que les utilisations déclarées la même année.
Depuis 2022, les statistiques annuelles comptent aussi les animaux soumis à un génotypage invasif, c’est-à-dire un prélèvement destiné à analyser leurs gènes, un bout d’oreille ou de queue par exemple. Les laboratoires en déclarent davantage chaque année, sans doute parce qu’ils apprennent à le faire, et l’évolution du total devient difficile à lire. En 2024, la moitié des utilisations concernent des animaux génétiquement modifiés, des souris pour la plupart.
La deuxième question du livret, « Qui est concerné ? », traite de ces animaux.
Dans quels buts ?
La recherche compte pour près de la moitié des utilisations d’animaux, alors que les tests imposés par la loi, qui reculent depuis 2015, en représentent moins d’une sur dix.
Pour chaque utilisation d’animal, le laboratoire déclare un objectif, choisi dans une liste européenne. En 2024, la recherche fondamentale, qui vise à accroître les connaissances sur le vivant sans application directe, arrive en tête, presque à égalité avec le maintien de lignées d’animaux génétiquement modifiés. Viennent ensuite la recherche appliquée, qui étudie des maladies humaines ou animales et leurs traitements, puis la production de routine, où des animaux sont utilisés pour produire des anticorps ou d’autres substances tirées de leur sang, et enfin les tests réglementaires.
En 2024, les laboratoires ont déclaré 2 041 157 utilisations d'animaux.
Pourquoi les laboratoires utilisent-ils des animaux ? Le graphique sur la page des chiffres
Les tests réglementaires sont imposés par des réglementations nationales ou internationales, avant la mise sur le marché d’un médicament, d’un produit chimique ou d’un pesticide, ou pour contrôler, lot par lot, certains vaccins et médicaments. Leur nombre baisse depuis 2015, de près de 420 000 utilisations à environ 170 000 en 2024, et la baisse vient surtout des contrôles de qualité des lots, divisés par quatre sur la période. Elle suit le développement de méthodes sans animaux, que le Centre européen de validation des méthodes alternatives étudie avant que la réglementation ne les adopte, un processus long et coûteux. Jusqu’au 1er juillet 2025, 57 textes de la Pharmacopée européenne, qui fixe les méthodes de contrôle des médicaments, prévoyaient ainsi un test sur des lapins pour vérifier qu’un médicament injectable ne provoque pas de fièvre. L’organisme qui la publie reconnaissait encore en 2024 que ce test restait « largement utilisé », malgré « de multiples efforts » pour inciter les fabricants à y renoncer.
Ce recul ne vaut pas pour l’ensemble des utilisations. Leur total semble stable, autour de deux millions par an depuis 2015, sauf en 2020, et les utilisations déclarées pour entretenir des lignées génétiquement modifiées augmentent chaque année depuis 2022, avec l’entrée des génotypages dans les statistiques. Le ministère annonce pourtant une baisse de 8 % entre 2023 et 2024, en ne comptant que les animaux utilisés dans des procédures, hors maintien des lignées. L’OXA y voit quelques bonnes nouvelles, mais le nouveau mode de comptage, encore mal appliqué par les laboratoires, empêche selon elle une vraie comparaison avec les années précédentes.
La troisième question du livret, « Dans quel but fait-on ça ? », détaille ces objectifs. Les projets autorisés en France se consultent aussi par objectif : recherche fondamentale, recherche appliquée, tests réglementaires, production de routine, maintien des lignées génétiquement modifiées, conservation des espèces et enseignement supérieur et formation professionnelle.
Quelles souffrances ?
Les animaux souffrent de leur captivité et des procédures, certains dès leur naissance, et la classe de gravité que déclarent les laboratoires laisse de côté la captivité ordinaire.
Certains animaux génétiquement modifiés souffrent dès leur naissance, du seul fait de leurs gènes, ce que la réglementation appelle un phénotype dommageable. La captivité fait aussi souffrir les animaux, par le bruit, la lumière, le nettoyage et le confinement, dans des installations organisées d’abord selon les contraintes pratiques et économiques des laboratoires. Viennent enfin les procédures elles-mêmes, de la prise de sang aux maladies provoquées.
Pour chaque procédure, le laboratoire prévoit une classe de gravité dans sa demande d’autorisation. Comme le prévoit la directive européenne, il la fixe d’après les effets les plus graves que l’animal risque de subir « après mise en œuvre de toutes les mesures de raffinement appropriées », notamment l’anesthésie et les antidouleurs. Il déclare ensuite dans les statistiques la souffrance la plus forte constatée, et la captivité ordinaire n’entre pas dans ce classement.
| Classe de gravité | Douleur, souffrance ou angoisse, selon la directive | Utilisations en 2024 |
|---|---|---|
| Légère | Légère et brève, par exemple une biopsie de l’oreille ou de la queue | 1 079 955 |
| Modérée | Modérée et brève, ou légère et durable, par exemple une opération suivie de douleurs | 744 372 |
| Sévère | Intense, ou modérée et durable, par exemple un essai de toxicité « dont le point limite est la mort » | 159 774 |
| Sans réveil | Procédure entièrement sous anesthésie générale, puis mise à mort sans réveil | 57 056 |
Directive 2010/63/UE, annexe VIII, et enquête statistique 2024 du ministère de la Recherche. L’évolution depuis 2015 figure sur la page « Quelles souffrances les animaux subissent-ils ? ».
Les utilisations classées sévères baissent depuis 2021, de près de 267 000 à près de 160 000 en 2024. Le ministère attribue cette baisse à plusieurs causes, parmi lesquelles une harmonisation des déclarations et le recul de la production d’anticorps dans l’abdomen des souris. Mais près de 750 000 utilisations étaient encore classées modérées en 2024, une classe qui comprend elle aussi des souffrances importantes, comme les douleurs qui suivent une opération.
À la fin d’une procédure, la directive impose de tuer l’animal s’il risque de continuer à souffrir à un niveau modéré ou sévère. Selon l’espèce et l’âge, les méthodes autorisées vont de la surdose d’anesthésique à la décapitation, en passant par le gazage et la percussion de la boîte crânienne.
La quatrième question du livret, « Les animaux souffrent-ils ? », décrit ces souffrances, de la naissance à la mise à mort. Les projets autorisés en France se consultent aussi par classe de gravité : légère, modérée, sévère et sans réveil.
Que vivent les personnes qui travaillent dans les laboratoires ?
Les personnes qui travaillent dans les laboratoires sont le plus souvent touchées par les souffrances qu’elles causent ou dont elles sont témoins, une détresse que l’OXA décrit comme une blessure morale.
Elles ne sont pas autorisées à soulager les animaux quand cela risque de compromettre les objectifs du projet, et les actes les plus pénibles, en particulier les mises à mort en série, reviennent souvent aux techniciens et aux doctorants. Depuis les années 2010, les associations professionnelles du secteur parlent de « fatigue compassionnelle », une notion née pour décrire l’usure des soignants exposés à la souffrance des autres. Mais dans un laboratoire, les personnels pratiquent eux-mêmes les injections, les chirurgies et les mises à mort. L’OXA retient donc deux notions centrées sur les actes des personnes, la blessure morale et le traumatisme lié à l’acte, qui situent la source de cette détresse dans le fonctionnement de l’institution.
La cinquième question du livret, « Le personnel des laboratoires souffre-t-il ? », et la page « Fatigue compassionnelle et blessure morale » détaillent ces notions et leurs sources.
Que permet la réglementation ?
La réglementation encadre l’expérimentation animale sans vraiment limiter les souffrances : elle n’interdit que celles qui sont inutiles aux objectifs poursuivis, et les douleurs intenses et durables, une interdiction que les États peuvent lever.
La France applique la directive européenne 2010/63 depuis un décret et plusieurs arrêtés du 1er février 2013. Chaque projet doit être autorisé par le ministère de la Recherche après l’avis d’un comité d’éthique, chaque établissement doit être agréé par le préfet, et les services vétérinaires de l’État inspectent chaque année au moins un tiers des établissements utilisateurs, et tous ceux qui détiennent des primates.
Les textes protègent les animaux dans la mesure où cela ne gêne pas la recherche. La directive vise le « remplacement total » des procédures sur des animaux vivants, mais « dès que ce sera possible sur un plan scientifique ». Elle interdit seulement les douleurs intenses « susceptibles de se prolonger sans rémission possible », et un État peut encore y déroger « pour des raisons exceptionnelles et scientifiquement valables ». Le code rural n’impose enfin de soulager la douleur après une anesthésie que « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (article R. 214-109).
Les inspections relèvent régulièrement des infractions. En 2019, près d’un établissement inspecté sur cinq présentait des non-conformités moyennes ou majeures, d’après une page du ministère de l’Agriculture d’où ces données ont disparu en janvier 2026, mais dont une archive reste consultable. Les sanctions restent pourtant extrêmement rares et ne dépassent pas quelques milliers d’euros d’amende. Des associations contestent aussi les décisions de l’État devant la justice administrative, et l’OXA rassemble les jugements rendus sur les autorisations de projet et sur les agréments.
| Acteur | Rôle |
|---|---|
| Ministère de la Recherche | Autorise les projets, agrée les comités d’éthique, publie les résumés des projets et les statistiques annuelles |
| Ministère de l’Agriculture et services vétérinaires de l’État dans les départements (DDPP) | Agréent et inspectent les établissements, sous l’autorité des préfets |
| Ministère des Armées | Gère l’ensemble de la procédure pour les laboratoires de l’armée |
| Comités d’éthique en expérimentation animale | Évaluent les projets avant leur autorisation. Ils sont créés par les établissements |
| Commission nationale pour la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques (CNEA) | Réunit des représentants des intérêts concernés et adresse des recommandations aux ministères |
| Comité national de réflexion éthique sur l’expérimentation animale (CNREEA) | Encadre l’activité des comités d’éthique et formule des recommandations |
| Gircor | Lobby de l’expérimentation animale, inscrit depuis 2025 au registre officiel des représentants d’intérêts, dirigé notamment par le CNRS, l’Inserm et le CEA |
La sixième question du livret, La réglementation est-elle « très stricte » ?, retrace l’histoire de ces textes, et la dixième, « Les organismes spécialisés », présente chacun de ces acteurs.
Qui évalue l'éthique des projets ?
Les comités d’éthique qui évaluent les projets sont créés par les établissements eux-mêmes, et la réglementation ne leur demande aucune compétence en éthique.
Le code rural demande à chaque comité d’éthique en expérimentation animale au moins cinq membres : une personne qui conçoit des procédures sur des animaux, une qui les réalise, une compétente pour les soins ou la mise à mort des animaux, un vétérinaire et une personne non spécialisée. Aucune compétence n’est exigée en méthodes sans animaux, en statistiques, en droit ou en éthique. Et les comités sont majoritairement composés de personnes qui travaillent pour les laboratoires dont ils évaluent les projets.
Depuis 2013, ces comités doivent être agréés par le ministère de la Recherche, mais selon « Le Monde », aucun ne l’avait été avant 2022. Le 8 février 2024, le tribunal administratif de Paris a annulé dix autorisations de projet, parce que le comité qui avait évalué chacun de ces projets n’était pas agréé au moment de son avis, et la cour administrative d’appel de Paris a rejeté l’appel de la ministre le 23 mai 2024. Le 26 juin 2025, à la demande de l’association Transcience, le même tribunal a annulé les agréments de dix-sept comités d’éthique.
L’évaluation repose sur le principe des 3R, formulé dans les années 1950 : remplacer les animaux quand une autre méthode donne les mêmes résultats, réduire leur nombre, raffiner les méthodes pour limiter leurs souffrances, chaque fois sans compromettre l’objectif du projet. Les comités de protection des personnes, qui évaluent la recherche sur des êtres humains, interdisent au contraire certains actes malgré leur intérêt scientifique, parce que les personnes ont des droits fondamentaux qui priment.
L’OXA relève aussi que les débats publics sur l’expérimentation animale réunissent surtout des biologistes, et rarement des spécialistes de philosophie morale.
La septième question du livret, « Peut-on parler d’éthique en expérimentation animale ? », et la page « Spécisme et expérimentation animale » développent ces points.
Utile, donc légitime ?
L’utilité éventuelle de l’expérimentation animale ne suffit pas à la rendre légitime, et la qualifier de « nécessaire » revient à clore la question morale au lieu d’y répondre.
L’expérimentation animale peut être utile, même si la transposition de ses résultats à l’humain est très incertaine. Mais l’utilité ne règle pas la question morale. Des expériences invasives sur des personnes humaines nées en élevage et modifiées génétiquement seraient très utiles à la recherche biomédicale, et l’on reconnaît aisément qu’elles seraient profondément injustes. Si l’on refuserait de faire subir à des êtres humains ce que l’on fait subir à des animaux, la différence de traitement s’explique probablement par la seule appartenance à une espèce, c’est-à-dire par le spécisme. Or cette appartenance, prise seule, ne fonde pas une différence de statut moral, faute d’une propriété morale que tous les humains posséderaient, et eux seuls.
Les promoteurs de l’expérimentation animale la qualifient pourtant de « nécessaire » ou d’« indispensable », ce qui présente comme un fait la conclusion d’un raisonnement moral et ferme la discussion avant qu’elle commence.
L’argument est développé dans la huitième question du livret, Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?, et sur la page consacrée au spécisme.
Que peut-on savoir ?
Le public dispose des résumés que rédigent les laboratoires, mais obtenir les documents de l’administration passe souvent par la Cada, puis par un tribunal.
Pour chaque projet autorisé, le laboratoire rédige un résumé non technique, sans nommer l’établissement, que la Commission européenne publie dans sa base ALURES. L’OXA reprend les résumés français publiés depuis 2022, plus de 14 000 fiches, dans sa base des projets approuvés, et y ajoute pour chaque projet un résumé rédigé par l’association. Les laboratoires écrivent ces textes à des fins de communication, sans obligation de sourcer leurs affirmations scientifiques ni de les faire relire par des pairs. Ces résumés renseignent donc sur ce que les laboratoires prévoient et sur la manière dont ils justifient leurs projets, sans valeur de preuve sur ce qui a été fait ou obtenu, comme l’explique la page « Comment lire un résumé non technique ».
Les documents que détient l’administration, comme les dossiers de demande d’autorisation ou les rapports d’inspection, sont en principe communicables depuis la loi du 17 juillet 1978, c’est-à-dire que toute personne peut les obtenir sur demande. En pratique, la démarche passe souvent par la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), puis par le tribunal administratif. Sur les 79 affaires jugées depuis septembre 2021 que recense l’OXA au 14 octobre 2026, le tribunal a ordonné dans 67 d’entre elles de communiquer tout ou partie des documents, et il n’a rejeté que trois demandes. Huit autres se sont arrêtées en cours de procédure, par un désistement ou parce que l’administration avait communiqué les documents entre-temps. Dans la dernière, le tribunal a annulé le refus sans ordonner la communication.
Le 16 juin 2025, le Conseil d’État a jugé les rapports d’inspection communicables, à condition d’en masquer tout ce qui permet d’identifier les établissements, « compte tenu des risques avérés d’actions violentes » contre eux, mais sans citer un seul fait. L’OXA ne recense pourtant aucune action violente de ce genre en France depuis la fin des années 2000. Les non-conformités relevées par les inspecteurs, en revanche, ne figurent pas dans la liste de ce qui peut être masqué.
La page « Le droit d’accès aux documents » décrit la procédure, la page « Ce que l’administration occulte » classe les décisions selon ce qu’elles autorisent à masquer, et les décisions de justice recensées par l’OXA sont en ligne, avec leur texte intégral.
D'où vient le débat ?
Le débat sur l’expérimentation animale remonte à l’Antiquité, et dès la première loi, en 1876, la réglementation a surtout organisé la pratique.
En Angleterre, une proposition de loi qui voulait largement restreindre la vivisection est radicalement modifiée par un groupe de vivisecteurs, et la loi adoptée en 1876 instaure surtout un système d’autorisations. Peu après, une association fondée en 1882 par des vivisecteurs est chargée d’évaluer les demandes d’autorisation, y compris celles de ses propres membres, si bien que le contrôle de l’expérimentation animale revient à ceux qui la pratiquent. L’idée d’une interdiction de l’expérimentation animale par le régime nazi, reprise surtout par les défenseurs de cette pratique, relève de la désinformation. La réglementation adoptée à la fin de 1933 ressemble à la loi anglaise de 1876, et l’utilisation d’animaux est attestée dans les universités allemandes et les camps de concentration pendant tout le régime.
| Année | Où | Ce qui change |
|---|---|---|
| 1876 | Angleterre | Première loi, qui soumet l’expérimentation animale à des autorisations |
| 1933 | Allemagne | Réglementation du régime nazi, proche de la loi anglaise |
| 1968 | France | Premier décret, avec un régime d’autorisation proche de ceux des autres pays européens |
| 1986 | Communauté européenne | Première directive, adoptée pour harmoniser les règles des États membres au nom du marché commun |
| 2010 | Union européenne | Directive 2010/63, appliquée en France depuis 2013 |
La série de vidéos « Refuser la vivisection », rassemblée sur la page « L’histoire du débat », retrace cette controverse depuis l’Antiquité. Elle montre aussi que la question « peut-on se passer de l’expérimentation animale ? », qui paraît évidente aujourd’hui, suppose déjà réglée une bonne partie de la controverse. La sixième question du livret, La réglementation est-elle « très stricte » ?, revient sur cette histoire.
Comment en sortir ?
Remplacer les animaux par des méthodes non animales ne suffira pas à mettre fin à l’expérimentation animale, et l’OXA vise sa fin pour des raisons de justice sociale.
Les méthodes non animales se répartissent en trois familles. Les méthodes in vitro emploient des cultures de cellules ou des organoïdes, les méthodes in silico des modèles informatiques, et les méthodes in humano étudient directement des êtres humains, par l’épidémiologie ou par des essais sur des volontaires consentants. Elles dépendent pourtant encore souvent de l’expérimentation animale, avec des milieux de culture tirés de fœtus de veaux ou de tumeurs de souris, ou des modèles informatiques construits sur des données animales. Elles peuvent même susciter de nouvelles expériences, et des organoïdes sont aujourd’hui greffés à des animaux pour obtenir de nouveaux « modèles ».
La disponibilité d’une méthode ne change pas non plus les habitudes, et les financements comme les publications favorisent encore les expériences sur des animaux vivants. Surtout, tant que l’on pourra créer de nouveaux « modèles » animaux, l’expérimentation animale n’aura pas de fin. Au remplacement total « dès que ce sera possible sur un plan scientifique » que vise la directive, l’OXA oppose donc un objectif d’ordre éthique. Les associations professionnelles du secteur présentent volontiers les méthodes non animales comme « complémentaires » de l’expérimentation animale, ce qui laisse de côté la question éthique.
Ce que deviendrait la recherche sur des animaux sans le spécisme est une question ouverte, que l’OXA étudie avec son conseil scientifique. La page « Spécisme et expérimentation animale » présente la réponse de l’éthicienne Angela Martin, qui exigerait :
- une forme de consentement des animaux, lue dans leurs signes d’assentiment ou d’opposition ;
- la primauté de leurs intérêts fondamentaux ;
- l’interdiction de les traiter comme de simples ressources biologiques ;
- un bénéfice direct ou indirect pour chaque animal impliqué ;
- une évaluation indépendante des projets selon des critères non spécistes.
La neuvième question du livret, « Comment avancer vers la fin de l’expérimentation animale ? », détaille les méthodes non animales et leurs limites.
Pour aller plus loin
Page rédigée en octobre 2026. Sauf mention contraire, les chiffres viennent de l’enquête statistique 2024 du ministère de la Recherche, publiée en février 2026.