
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 29/08/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-085423)
Toutes tuées à l’issue, parce qu’un protocole d’infectiologie interdit leur réutilisation, 4 500 truites arc-en-ciel vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance qui va du léger au sévère. Elles sont mises à jeun 24 ou 48 heures, anesthésiées, puis infectées par bain ou par injection avec des bactéries et des virus contre lesquels on teste des vaccins et des additifs immunostimulants. Le porteur classe la douleur en sévère chez les poissons infectés, chez qui l’infection peut conduire à la perte d’appétit, à une nécrose au point d’injection, à une nage erratique et à la mort, tout en indiquant qu’aucun élément concret d’appréciation de cette souffrance n’existe dans la littérature. Il affirme qu’aucun test in vitro ne permet de mesurer le bénéfice apporté à l' »organisme entier » et présente ces travaux comme un service rendu au bien-être des poissons d’élevage.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
De nombreux agents pathogènes (bactéries, virus) affectent les salmonidés en Europe et dans le monde pouvant conduire à des taux de mortalité et à des pertes économiques considérables. En l’absence de vaccins efficaces, les antibiotiques sont le seul moyen de lutte contre les maladies bactériennes. Pour limiter leur utilisation et les risques de développement d’antibiorésistances, la mise au point de stratégies alternatives de lutte (immunostimulants, vaccins) est essentielle pour l’avenir de ce secteur d’activités. La vaccination devra être complétée par de bonnes pratiques d’élevage et par l’utilisation de substances stimulant le système immunitaire car l’optimisation des formules alimentaires modernes avec des ingrédients d’origine végétale est un facteur fragilisant le système immunitaire des poissons d’élevage carnivores. Parmi les nombreux additifs présents sur le marché et revendiquant des propriétés immunostimulantes, les prébiotiques (constituants alimentaires), les probiotiques (bactéries), les concentrés de protéines (hydrolysats) et les ingrédients d’origine marine représentent une solution d’avenir pour améliorer les performances de l’aquaculture. Leur richesse en peptides bioactifs (antimicrobiens, antioxydants, immuno-modulateurs…), et leur très haute valeur nutritionnelle pourraient permettre d’améliorer significativement le statut physiologique des animaux et, par conséquent, leur résistance aux pathogènes. L’objectif de ce projet est d’évaluer les effets protecteurs de ces nouvelles stratégies chez la truite arc-en-ciel soumise à une infection expérimentale maîtrisée avec des pathogènes d’intérêt agronomique
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les bénéfices attendus sont l’évaluation d’aliments expérimentaux contenant des immunostimulants ou de vaccins pour les industriels de la filière aquacole avec une potentielle mise sur le marché de ces nouvelles stratégies. Ces résultats seront utilisés pour prévenir les maladies ou réduire leur impact, et donc améliorer le bien-être des poissons en élevage. La prévention des pathologies est un élément essentiel du développement d’une aquaculture plus « durable ».
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à des vaccinations et des infections par balnéation ou injection (1 seule et sous anesthésie durant moins d’une minute) Les infections expérimentales réalisées par injection sont réalisées sous anesthésie et une seule injection par poisson en moins de 15 secondes sur 4500 poissons au maximum. Les animaux sont mis à jeun 24 ou 48 heures avant l’infection.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les manipulations (tri, pesée, transfert, injection) ainsi que la mise à jeun 24 ou 48 heures avant l’infection engendrent un stress chez les animaux. Aucun élément d’appréciation très concret de la souffrance éprouvée lors de l’évolution de la maladie n’est disponible dans la littérature. Cependant, le niveau de douleur sera considéré comme nul chez les contrôles non infectés en bonne santé, et sévère chez les animaux infectés chez qui l’infection peut conduire à la mort. L’infection peut également conduire certains individus à une perte d’appétit, un excès d’excrétion de fèces, une nécrose au point d’injection et une nage erratique.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux de ce projet entreront dans un protocole d’infectiologie et ne pourront être réutilisés pour d’autres finalités, ils seront donc euthanasiés en fin d’expérience.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les procédures décrites ne peuvent être remplacées par des expériences sur des lignées cellulaires (in vitro) car elles visent à comprendre la réaction de l’organisme dans son intégralité au pathogène. Il n’est pas actuellement possible d’évaluer l’effet immunostimulant/protecteur sur le système immunitaire d’un animal in vitro. Les tests in vitro permettent d’évaluer des effets sur certains types cellulaires, mais pas de mesurer le bénéfice apporter à l’organisme entier, via la stimulation intégrée du système immunitaire.
2. Réduction
La mise en évidence de différences significatives entre les conditions nécessite un effectif total de 90 poissons par condition (60 infectés et 30 témoins). Des effets-bac étant classiquement observés lors des épreuves infectieuses, il est indispensable de dupliquer les groupes infectés (2 x 30 poissons). Les effectifs proposés sont ceux utilisés récemment pour les analyses statistiques lors d’autres projets.
3. Raffinement
Le stress lié à la manipulation et à l’injection est compensé par anesthésie jusqu’à sédation pour une durée < 2 min. Tout au long de leur vie, les poissons sont élevés dans les meilleures conditions possibles. Ils sont nourris 2 fois par jour. Ils sont toujours en présence de congénères et les biomasses maximales sont rigoureusement respectées. La qualité de l’eau est optimale et surveillée en permanence. Les animaux sont observés au moins deux fois par jour. Les individus atteignant le point limite défini dans le projet sont sortis du protocole et euthanasiés. Une anesthésie par bain jusqu’à sédation est réalisée avant de procéder à l’injection intramusculaire. Les aquariums sont équipés de bulleur qui est un élément d'enrichissement ayant un impact positif d'après la littérature (Colson et al. 2022 et 2023).
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La truite arc-en-ciel est la principale espèce d’élevage en France et c’est l’hôte naturel des bactéries et virus pathogènes étudiés dans ce projet. Pour l’évaluation de la sensibilité/résistance à l’infection par la bactérie et virus d’intérêt, les animaux sont utilisés soit au stade alevin, soit à des stades relativement précoces où la sensibilité à des infections par la bactérie ou le virus est maximale.