
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 29/08/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-087460)
Six mois d’antibactérien dans l’eau de boisson pour les souris mises à la reproduction, et de la conception jusqu’à six semaines d’âge pour leur descendance : 945 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. Une partie reçoit sous anesthésie une injection de cellules tumorales, et la tumeur est laissée croître jusqu’à 12 mm avant la mise à mort, avec un risque d’ulcération que le porteur reconnaît douloureux. Toutes finissent tuées pour le prélèvement d’organes ou de tumeurs, les reproducteurs étant retirés de l’élevage à six mois d’âge pour une « raison éthique » invoquée sans autre précision. L’ensemble sert à cartographier les niches de macrophages dans les tissus, et le porteur indique que le projet repose exclusivement sur des souris génétiquement modifiées.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Cellules immunitaires vitales présentes dans tout le corps, les macrophages contribuent à la santé et au fonctionnement de nos tissus. Leur absence entraîne des changements biologiques significatifs, soulignant leur importance. Les macrophages remplissent divers rôles dans différents organes, de la promotion de la croissance des neurones dans le cerveau à la régulation du développement osseux. Ils sont également impliqués dans différentes pathologies telles que le cancer. Ils peuvent donc être considérés comme des régulateurs fonctionnels de nombreux processus clé de notre organisme. Malgré leur importance, nous ne savons que peu de choses sur la façon dont ces régulateurs biologiques sont eux-mêmes régulés. Le concept de « niche des macrophages » suggère qu’un environnement local spécifique appelé « niche » régule le développement, l’instruction et le comportement de ces cellules immunitaires. Les cellules de soutien dites « stromales », connues pour agir comme des niches pour les cellules immunitaires dans les organes lymphoïdes, jouent probablement un rôle similaire dans le soutien des macrophages dans divers tissus. Ce projet de recherche propose d’étudier les relations complexes existant entre les cellules immunitaires et leurs environnements, offrant ainsi des perspectives sur leurs échanges qui assurent l’harmonie et la stabilité des tissus, et sur les traitements potentiels pour les maladies impliquant une dysfonction des macrophages (des maladies infectieuses au cancer). Il vise à accomplir deux objectifs cruciaux : (1) construire un atlas complet détaillant la distribution des niches de macrophages à travers différents tissus, (2) élucider les mécanismes moléculaires régissant la communication réciproque entre les cellules niches et les macrophages.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les macrophages jouent un rôle vital dans le maintien de l’équilibre physiologique et la réparation des tissus. Cependant, dans de nombreux contextes pathologiques tels que cancers et maladies infectieuses, la diversité des macrophages et leur capacité d’adaptation peuvent avoir des effets bénéfiques et/ou néfastes. Par exemple, une présence accrue de macrophages dans les tumeurs est souvent associée à des résultats défavorables dans différents types de cancer. Étant donné les rôles doubles des macrophages dans divers tissus, les approches thérapeutiques efficaces devraient idéalement cibler les macrophages « défavorables » tout en préservant les « bénéfiques ». Pour y parvenir, il est nécessaire de manipuler individuellement les différents sous-ensembles de macrophages in vivo. Ce projet vise à cibler les macrophages via la manipulation de l’environnement nutritif qui les entoure pour à terme en comprendre leurs fonctions. Cette approche innovante permettra non seulement de révéler de nouvelles fonctions de ces cellules immunitairess, mais aussi d’infirmer ou confirmer les rôles qui leur ont été précédemment attribués. Elle nous permettra également d’identifier les niches des macrophages à travers les tissus, d’explorer la réponse fonctionnelle fournie par les macrophages à leurs niches, et de découvrir les mécanismes moléculaires sous-jacents. En résumé, ce projet éclairera de nouveaux aspects des fonctions des macrophages tout en fournissant un niveau de détail sans précédent de la compréhension du concept de la niche de ces cellules immunitaires. Les résultats de notre recherche pourraient servir de cadre pour comprendre les rôles polyvalents des macrophages, guidant ainsi potentiellement les stratégies thérapeutiques futures pour diverses maladies où ils sont impliqués.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Notre demande de projet comporte 2 types d’interventions : nos animaux recevront soit un antibactérien à large spectre, soit une injection en sous-cutanée de cellules tumorales. Les animaux vigiles recevront un antibactérien à large spectre administré dans l’eau de boisson : depuis la saillie jusqu’à la fin de l’accouplement pour les animaux en accouplement soit durant 6 mois ; de la conception (embryon) jusqu’à l’âge adulte pour les individus issus de ces accouplements soit durant 6 semaines. Les animaux anesthésiés recevront une injection de cellules tumorales en sous cutanée, et seront mis à mort dès que la tumeur atteindra la taille de 12mm (longueur ou largeur) soit avant la semaine 4 post-injection tumorale.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les systèmes de régulation dépendants d’antibactériens sont couramment utilisés chez les souris génétiquement modifiées depuis le milieu des années 1990, et cette procédure ne devrait engendrer aucune douleur, souffrance ou angoisse. La pousse de la tumeur peut induire une perte de poids, et interférer avec les besoins / comportements normaux de la souris. La tumeur peut évoluer en ulcération et causer une souffrance à l’animal.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux de nos groupes d’étude seront euthanasiés pour prélèvements post-mortem de multiples organes. Les animaux reproducteurs seront gardés en vie jusqu’à l’âge limite de mise en reproduction (= 6 mois d’âge) pour raison éthique. Les animaux seront mis à mort pour prélèvement post-mortem de tumeur.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
La complexité et la dynamique des interactions entre les macrophages et leur microenvironnement ne peuvent être étudiées efficacement à l’aide de modèles in vitro : les macrophages présentent en effet une plasticité remarquable, et peuvent modifier leur physiologie en réponse à des stimuli environnementaux. Pour obtenir une compréhension de leurs fonctions ils doivent donc être considérés dans leur environnement et, à ce titre, seuls les modèles in vivo permettront de décrypter les contacts cellulaires authentiques sous-jacents aux interactions macrophage-niche. Enfin, les modèles expérimentaux permettant de répondre aux questions posées reposent exclusivement sur l’utilisation de souris génétiquement modifiées.
2. Réduction
Afin de minimiser le nombre d’animaux utilisés et de garantir des résultats exploitables, le nombre d’animaux nécessaires pour l’étude a été calculé à l’aide d’un logiciel statistique. Des tests statistiques appropriés seront utilisés pour les analyses des données.
3. Raffinement
Le statut EOPS (= Exempt d’Organisme Pathogène Spécifique) de notre animalerie permet de minimiser les variabilités dues aux infections. Les animaux utilisés dans cette étude sont traités conformément aux règles éthiques édictées par la directive 2010/63/UE, ainsi que par le décret n°2013-118 et ses 5 arrêtés : – Les cages utilisées dans les zones d’hébergement ont une surface de 530 cm2. Il est possible d’y héberger 5 souris adultes d’un poids >= à 30 g (souris âgées de plus de 6 semaines). Les souris sont donc élevées en groupes sociaux afin de satisfaire leur instinct grégaire, de favoriser les comportements naturels et de limiter l’agressivité. – Les animaux sont hébergés dans un environnement enrichi : du matériel de nidification ainsi que des dômes seront introduits dans chaque cage pour confectionner des nids. – Les animaleries bénéficient d’une température régulée, d’un taux d’humidité dans l’air contrôlé, ainsi que d’une exposition à la lumière contrôlée. – Les animaleries sont calmes. Les animaux seront examinés quotidiennement afin de vérifier l’apparition éventuelle de douleur/souffrance. Tout au long de la vie de l’animal, nous mettrons en place des points limites prédictifs et adaptés à chaque procédure afin de limiter au maximum la douleur, la souffrance et le stress. Bien que nous ne nous attendions pas à des nuisances liées au traitement ou à l’arrêt du traitement antibactérien, nous effectuerons des surveillances quotidiennes pendant la première semaine de traitement et la première semaine d’arrêt du traitement afin de garantir le bien-être de nos animaux. Si l’ajout d’antibactérien dans l’eau de boisson impacte la quantité d’eau bue par les souris, nous rajouterons du sucrose pour augmenter son appétence. Si l’ajout / l’arrêt du traitement antibactérien ou la pousse de tumeur entraine une perte de poids, les animaux recevrons de la nourriture sous forme de gelée. Si une posture anormale ou une blessure est détectée l’animal sera isolé, et un médicament pour soulager la douleur sera mélangé à du nutella et ajouté dans la cage pendant 5 jours maximum. Sans amélioration de la condition de l’animal pour l’ensemble des points limites décrits, celui sera mis à mort par inhalation progressive de CO2.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L´espèce murine a permis de développer de nombreux modèles génétiquement modifiés et ce projet est entièrement basé sur l’utilisation de souris génétiquement modifiées. Les souris mises en accouplement recevront un traitement antibactérien de la saillie jusqu’au retrait de la mise en reproduction (6 mois d’âge). Les souris issues des accouplements recevront un traitement antibactérien de la gestation à 6 semaines d’âge. Elles seront euthanasiées et prélevées à partir de 10 semaines d’âge puisque nous nous intéressons au rôle des macrophages à l’âge adulte et non au cours du développement. Des animaux âgés de 6 semaines seront utilisés, puisque nous nous intéressons au rôle des macrophages à l’âge adulte et non au cours du développement.