
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 15/07/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-129093)
Faire entrer un candidat médicament en essai clinique en satisfaisant aux exigences réglementaires d’efficacité et de tolérance, 1 158 souris vont être utilisées pour cela, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré pour 748 d’entre elles et sévère pour 410. Trois cent cinquante animaux subissent une chirurgie du nerf sciatique, 760 une incision du derme et du muscle, 48 une injection inflammatoire dans la patte, avant de recevoir de une à quatre administrations du composé testé. Le porteur reconnaît que ces modèles lésionnels « vont entrainer des douleurs », puis mesure la sensibilité des pattes avec des filaments qu’il qualifie de non douloureux. La dernière expérience porte le nombre d’injections à vingt-huit par animal, sans que le dossier explique ce qui justifie ce passage de quatre à vingt-huit.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les douleurs neuropathiques sont un problème majeur dans notre société actuelle : plus d’un adulte sur cinq souffre de douleurs chroniques. Les causes des douleurs neuropathiques peuvent être diverses : lésion d’un nerf, les conséquences de médicaments anticancéreux ou le diabète. Même si les symptômes sont souvent similaires comme l’apparition d’une allodynie mécanique (sensibilité accrue au toucher), les mécanismes moléculaires mis en place lors de ces différents types de douleurs neuropathiques peuvent diverger. Ainsi, un traitement pour un type de douleur peut s’avérer inefficace sur un autre type de douleur neuropathique. De plus, les molécules permettant de diminuer ces symptômes ne sont malheureusement pas toujours efficaces et présentent le plus souvent une accommodation les rendant au cours du temps inefficaces. L’identification de nouvelles molécules pourrait à terme améliorer le confort de patients atteints de douleurs neuropathiques. Nous avons identifié un nouveau candidat médicament pour le traitement de la douleur. Cependant, avant de pouvoir lancer les essais cliniques chez l’Homme, il nous est indispensable de réaliser un certain nombre d’expériences d’efficacité et de tolérance.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
L’objectif final de cette demande est de répondre aux attentes règlementaires (efficacité, tolérance, interaction médicamenteuse) pour que notre composé rentre en phases cliniques, et puisse peut-être un jour, diminuer les douleurs chez l’Homme.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à une procédure chirurgicale sur le nerf sciatique (350 animaux) ou le derme/muscle (760 animaux), ou bien à une injection intra-plantaire d’un composé inflammatoire (48 animaux). Pour les chirurgies, l’anesthésique sera administré par voie intra-péritonéale. Ces chirurgies seront réalisées rapidement (en moins de 15 minutes) et un suivi régulier sera réalisé. Les animaux recevront ensuite une dose de notre candidat médicament ou de contrôles positifs (médicaments utilisés actuellement en clinique) et négatifs (placebo) par voie sous-cutanée, intraveineuse ou orale. Les animaux recevront entre 1 et 4 injections, à l’exception de la dernière expérience nécessitant 28 injections. L’efficacité de ces composés sera réalisée à l’aide de mesures de sensibilité au niveau des pattes grâce à des filaments exerçant une pression donnée (non douloureux). Ces administrations seront réalisées sur animaux vigiles car nous voulons tester l’efficacité de notre composé X.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux seront amenés à recevoir l’administration du composé X via différentes voies d’administration (sous-cutanée, orale ou intraveineuse). Nos résultats préliminaires suggèrent qu’il n’y aura aucun effet indésirable dû à l’injection de ce composé. Les autres composés (morphine, prégabaline…) sont injectés à des doses n’engendrant aucun effet secondaire. Cependant, la contention et l’injection peut générer un stress chez les animaux. Les différents modèles lésionnels mimant une lésion neuropathique, post-opératoire ou inflammatoire vont entrainer des douleurs. Un suivi chirurgical approprié permettra de diminuer au maximum les nuisances. Enfin, le test mesurant la sensibilité des animaux pourrait engendrer un léger stress. Toutes ces procédures seront réalisées par un personnel qualifié et expérimenté et tout sera mis en œuvre pour minimiser les nuisances provoquées.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort, dès la fin de la procédure, car ils ne peuvent pas être réutilisés du fait des chirurgies qu’ils auront subies. De plus, pour une partie des animaux, nous devons prélever leurs tissus qui seront par la suite analysés, tout en permettant de diminuer le nombre d’animaux à utiliser. En effet, ces analyses sont indispensables pour comprendre les mécanismes de la douleur et notamment comment agit notre composé.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’objectif principal de ce projet étant de réaliser les expériences pré-cliniques, il nécessite l’utilisation d’animaux et ne peut recourir à des stratégies de remplacement par des méthodes non animales. L’étude comportementale, constituant le point de départ de notre étude, est le résultat d’une intégration complexe de l’information sensorielle de la périphérie vers des zones spécialisées du cerveau. Ainsi, l’expérimentation animale sur des souris est indispensable à l’étude des phénomènes physiologiques et à la réalisation de notre projet.
2. Réduction
Des stratégies seront mises en place afin d’éviter ou de limiter l’utilisation subséquente d’animaux supplémentaires tout en obtenant suffisamment de données pour répondre aux questions liées à l’étude. Ainsi, l’élaboration précise des protocoles de comportement et le choix pertinent des contrôles sont des éléments déterminants. Nous prenons en considération différents critères (variabilité liée au traitement, variabilité liée aux tests comportementaux, nombre minimum de souris pour obtenir suffisamment de matériel analysable…etc.) nous permettant de déterminer au plus juste le nombre d’animaux dans nos tests de comportement. Par ailleurs, l’utilisation d’outils statistiques nous permet d’estimer au mieux le nombre d’animaux nécessaire. Aussi, le contrôle des paramètres environnementaux mais également du statut sanitaire et génétique des animaux permettra de limiter la variabilité des résultats expérimentaux obtenus, et ainsi de réduire le nombre d’animaux nécessaire à l’obtention de résultats statistiquement valables. Les procédures décrites sont appliquées depuis plusieurs années au sein de notre équipe et sont maitrisées par les expérimentateurs. Nous avons donc l’expérience nécessaire concernant la réalisation des procédures et l’évaluation de l’impact sanitaire sur les animaux.
3. Raffinement
Les souris utilisées dans ce projet seront élevées en groupes sociaux, dans un environnement enrichi (coton et/ou dôme) pour optimiser les conditions d’hébergement et favoriser un comportement normal afin de diminuer au maximum le stress des animaux. Les élevages sont effectués au sein de notre établissement agréé et 5 personnes sont dédiées à l’organisation et l’entretien des élevages. De ce fait, l’état sanitaire et environnemental des animaux sont contrôlés tous les jours. Les expérimentateurs ont été formés et maitrisent les méthodes utilisées (chirurgie, injection, tests comportementaux…). De plus, les stratégies d’optimisation suivantes seront mises en place au cours du projet afin de réduire voire de supprimer la souffrance chez l’animal : a) planification des procédures expérimentales (disponibilité des locaux d’expérimentation, du matériel, période d’acclimatation des animaux aux pièces d’expérimentation) permettant de diminuer le stress des animaux et de favoriser la validité des expériences ; b) administration adéquat d’anesthésique/analgésique lors des soins pré-, per- et post-opératoires ; c) établissement des points limites les plus précoces possibles en fonction des tests de comportements utilisés. Un examen clinique est effectué quotidiennement afin de vérifier la cicatrisation et l’état général de l’animal. Toutes ces stratégies d’optimisation sont mises en place dans le but de réduire voire supprimer la souffrance chez l’animal.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le niveau de similarité entre la souris et l’Homme justifie l’utilisation de rongeurs. En effet les populations de neurones spécialisés dans l’intégration des stimuli douloureux sont similaires entre la souris et l’Homme. De plus, il est aisé de réaliser les différents tests comportementaux sur ces rongeurs. Toutes les expériences seront menées aussi bien sur des mâles que sur des femelles afin d’appréhender les futurs essais cliniques qui se feront chez les hommes et les femmes. Il est clairement admis et recommandé par la communauté scientifique que les expériences de comportement doivent être réalisées sur des individus ayant atteint leur maturité sexuelle, soit des individus âgés de 8 semaines. A ce stade du développement, le système sensoriel primaire arrive à maturation avant tous les autres, aussi c’est à ce stade que nous avons choisi de réaliser nos expériences. Ainsi, les animaux auront été commandés à 6 semaines auprès du fournisseur agréé de manière à ce qu’ils s’acclimatent à notre animalerie.