
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 01/09/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-135266)
Six injections d’hormones espacées de douze heures, dont une dans la veine de l’oreille sous contention, sont administrées à chaque lapine pour déclencher une superovulation. 547 lapines vont être utilisées dans des procédures d’un niveau de souffrance léger, toutes tuées à l’issue. Leur mise à mort sert à récupérer ovocytes et embryons, le porteur indiquant qu’aucun prélèvement in vivo n’est possible assez vite chez cette espèce pour préserver le développement embryonnaire. Il décrit une douleur temporaire possible au moment des piqûres et une stimulation ovarienne, puis affirme que les soigneurs n’ont jamais observé de signe de douleur ou d’inconfort chez les lapines suivant ce traitement.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’environnement dans lequel se développe un embryon, même dès les tout premiers jours après la fécondation, peut avoir des effets durables sur sa santé une fois adulte. C’est ce que l’on appelle les origines développementales de la santé et des maladies (DOHaD). Par exemple, si une future mère ne mange pas assez ou suit un régime déséquilibré au tout début de la grossesse, cela peut entraîner des problèmes de santé chez l’enfant, notamment au niveau du cœur et du métabolisme. Aujourd’hui, on utilise de plus en plus des techniques de laboratoire pour concevoir des embryons, que ce soit chez l’humain pour aider à la procréation ou chez les animaux pour améliorer certaines espèces. Mais ces embryons sont souvent cultivés dans des conditions de laboratoire (en termes de nutriments, d’oxygène, de température, etc.). Seuls les embryons capables de s’adapter à ces conditions survivent, ce qui pourrait influencer leur développement à long terme. On connaît encore mal les mécanismes biologiques derrière cette capacité d’adaptation et ses conséquences futures. Pour mieux comprendre ces phénomènes, les chercheurs utilisent des modèles animaux. Le lapin est particulièrement intéressant car son développement embryonnaire ressemble beaucoup à celui de l’humain. Ce projet vise donc à mieux comprendre comment les conditions de culture en laboratoire influencent le développement de l’embryon, et à identifier les méthodes les plus adaptées pour limiter les effets négatifs.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet cherche à mieux comprendre comment les conditions de laboratoire (in vitro) influencent le développement des embryons tout au début de leur vie, avant même qu’ils ne s’implantent dans l’utérus. Pour cela, les chercheurs utilisent le lapin, car son développement est proche de celui de l’humain, ce qui permet d’en tirer des conclusions utiles pour la santé humaine. À court terme, l’objectif est d’améliorer les conditions dans lesquelles les embryons sont cultivés en laboratoire, pour garantir la bonne santé des bébés qui naîtront grâce à ces techniques. À moyen terme, les chercheurs veulent créer des modèles d’embryons simplifiés (appelés « embryoïdes ») ou des cellules spécifiques pour mieux étudier le développement, tout en limitant l’utilisation d’animaux dans la recherche. À long terme, l’objectif est de mieux comprendre comment les changements dans l’environnement de la mère (comme un régime trop gras, trop sucré, ou exposé à des substances nocives) peuvent influencer le développement de l’embryon. En modifiant la composition du milieu dans lequel l’embryon est cultivé en laboratoire, les chercheurs peuvent simuler l’effet de ces régimes ou de ces expositions, et observer les conséquences. Cela permettra de mieux accompagner les femmes avant et pendant la grossesse pour favoriser la santé de leurs futurs enfants.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Chaque lapine sera soumise à 6 injections (une injection toutes les 12h, sur animal vigile). Chacune des 5 injections sous-cutanées prend 1 à 2 seconde, ce qui correspond à une mobilisation de l’animal au total d’une trentaine de secondes (préhension, contention, injection, réconfort et repose dans la cage). La mobilisation de l’animal pour l’injection intraveineuse dure de l’ordre de 2-3 minutes pour permettre le placement dans la boîte de contention et l’injection dans la veine marginale de l’oreille (3 à 5 secondes d’injection).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Dans le cadre de ce protocole, les lapines subissent quelques changements pour favoriser la production d’ovules. Une semaine avant le début du traitement, on modifie la durée de lumière qu’elles reçoivent chaque jour, ce qui peut provoquer un léger stress. Ensuite, elles reçoivent plusieurs injections d’hormones pour stimuler l’ovulation. Ces injections peuvent entraîner un léger stress lié à la manipulation des animaux, mais les lapines sont habituées à être manipulées régulièrement dans leur élevage. Il peut aussi y avoir une légère douleur temporaire au moment des piqûres ou à cause de la stimulation des ovaires. Toutefois, les soigneurs n’ont jamais observé de signes de douleur ou d’inconfort chez les lapines suivant ce traitement.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Après la procédure de superovulation, les femelles sont mises à mort pour collecter les ovocytes ou les embryons. Aucune récupération d’embryons n’est possible chez cette espèce in vivo, sans prélèvement et lavage des voies génitales aussi rapide qu’après une euthanasie. Cette rapidité d’exécution est nécessaire pour éviter des effets délétères sur le développement embryonnaire
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Pour étudier l’impact de l’environnement sur le développement de l’embryon, le recours aux animaux pour obtenir des embryons ou des ovocytes est obligatoire. A l’heure actuelle, aucun modèle in silico ou cellulaire ne reproduit la complexité du développement embryonnaire. Nous sommes très attentifs aux éventuels développements de nouvelles technologies qui permettraient de remplacer en partie l’utilisation de l’embryon de lapin.
2. Réduction
Afin de réduire au maximum le nombre d’animaux utilisé : nous développons une stratégie in vitro pour étudier l’impact de l’environnement ; les lapines sont super-ovulées afin d’augmenter le nombre d’embryons récoltés par lapine. Le nombre de lapines impliquées dans ce projet est réduit au maximum, tout en restant compatible avec l’utilisation des tests statistiques non paramétriques permettant une exploitation rigoureuse de nos résultats.
3. Raffinement
Les animaux sont habitués à la manipulation et à la contention par l’homme. Les lapines utilisées dans ce protocole sont habituées à être placées dans une boîte de contention afin d’éviter tout stress lors des injections nécessitant l’usage de cette boîte (injections intraveineuses). Les injections sous-cutanées sont réalisées par une simple contention manuelle rapide sans recours à la boîte de contention pour éviter un stress inutile à l’animal. L’eau est disponible à volonté, la nourriture est fournie sous forme de rations quotidiennes de granulés, et les paramètres ambiants sont contrôlés en permanence (température, humidité…). Les lapins sont logés en cages individuelles (conformes en tous points aux normes imposées par la Directive Européenne de 2010 / Décret de 2013), sans contrainte et selon les conditions en vigueur dans l’élevage. Les contacts sociaux (visuels, auditifs et olfactifs) obtenus par l’hébergement des différents animaux dans des cages adjacentes participent à l’enrichissement. Un enrichissement de leur milieu est mis en place afin de favoriser le bien-être des animaux, par l’apport d’objets (balles, chaînettes, mezzanines, jouets en polypropylène) dans l’environnement et éventuellement un enrichissement alimentaire par apport de faibles quantités de foin stérilisé et de blocs à ronger.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le développement de l’embryon précoce de lapin présente de nombreuses similitudes avec celui de l’Homme (comme la vitesse de développement ou la dépendance aux nutriments). Le lapin apparaît ainsi comme un modèle de choix de l’Humain pour étudier les effets de l’environnement sur le développement embryonnaire. Les lapines adultes seront utilisées à maturité sexuelle entre 6 et 24 mois.