
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 12/04/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-147186)
180 animaux non-humains, 90 souris et 90 rats, vont être utilisés dans des procédures menées sous anesthésie, les animaux étant tués avant tout réveil. Sous anesthésie générale, on ouvre l’abdomen et on ligature l’artère qui irrigue l’intestin pendant une heure avant de rétablir la circulation, ce qui provoque une mort des tissus intestinaux, avec chez le rat six prélèvements sanguins au cou. Le projet étudie l’ischémie-reperfusion mésentérique et cherche des marqueurs sanguins transposables à l’humain. Le porteur justifie souris et rats par la nécessité de conditions homogènes non réalisables chez l’humain et présente la mise à mort comme évitant la souffrance irréversible de l’intestin.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’ischémie mésentérique est une pathologie sévère associant une insuffisance vasculaire et une souffrance digestive intestinale. Cette maladie résulte d’un débit sanguin et d’un apport en oxygène insuffisant pour répondre aux demandes physiologiques du tube digestif (intestin). Dans sa forme aiguë, c’est une urgence abdominale rare (< 1/1000 admissions à l’hôpital), avec une mortalité très élevée, de l’ordre de 60 à 80%, alors qu’elle est une maladie potentiellement réversible. La réoxygénation du tube digestif (intestin), essentielle à la préservation intestinale, peuvent paradoxalement accentuer les lésions vasculaires et tissulaires. Certaines études expérimentales sur animaux ont montré que les lésions muqueuses observées après 3h d’ischémie et 1 h de reperfusion étaient plus sévères que celles observées après 4h d’ischémie sans reperfusion. Cette observation implique des lésions initiées par le retour du sang oxygéné vers les tissus ischémiques. L'objectif principal est d'observer les interactions entre les cellules sanguines au sein des vaisseaux intestinaux de petit calibre lors d’arrêt de l'apport sanguin artériel au tube digestif puis lors de sa restitution. Nous souhaitons aussi étudier l'effet d'un traitement fluidifiant le sang (antithrombotique ou anticoagulant) sur ces intéractions. L’objectif secondaire est la recherche de marqueurs sanguins diagnostiques précoces et d’efficacité thérapeutique lors d'un arrêt de l'apport sanguin artériel au tube digestif puis lors de sa restitution, transposables à l’homme.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce travail nous permettra de mieux comprendre pourquoi il est difficile de restaurer une circulation sanguine efficace dans les petits vaisseaux mésentériques après une occlusion à l’origine de l’artère mésentérique supérieure (vascularisant le tube digestif), ainsi que l’intérêt de cibler rapidement les mécanismes inflammatoires et de coagulation pour obtenir de meilleurs résultats.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux (souris et rats) seront opérés sur une table chauffante à 37°, après une anesthésie générale et un traitement antalgique. Après ouverture abdominale, l’artère mésentérique supérieure (branche de l’aorte abdominale vascularisant le tube digestif) sera ligaturée avec un fil chirurgical pendant maximum 1h puis déclampée pendant 1h. Chez la souris, les interactions cellulaires au sein des vaisseaux intestinaux de petit calibre seront observées grâce à un marqueur sanguin fluorescent, sous appareil optique, pendant l’ischémie (30 min ou 1h) puis pendant la reperfusion (1h) du tube digestif. Chez le rat, 6 prélèvements sanguins par un vaisseau du cou, seront réalisés afin de suivre différents biomarqueurs sanguins et évaluer l’efficacité du traitement anticoagulant administré au niveau de d’un vaisseau du cou sur un tiers des animaux (rat et souris) avant la ligature.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Chaque ischémie-reperfusion mésentérique conduit à des complications différentes pour chaque animal : ischémie des tissus intestinaux qui conduit à une mort des tissus intestinaux à des temps différents pour chaque animal (parfois à 30 min, parfois à 1h).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Toutes les souris seront euthanasiées après la reperfusion intestinale afin d’éviter toute douleur liée à la souffrance irréversible de l’intestin et ses complications en cas de réveil. Tous les rats seront euthanasiés après la reperfusion intestinale afin de prélever l’intestin grêle pour analyse histologique et d’éviter toute douleur liée à la souffrance irréversible de l’intestin et ses complications en cas de réveil.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’ischémie-reperfusion mésentérique est une maladie grave, d’une mortalité extrême (70% chez l’Homme), avec des formes très hétérogènes, encore très mal connue, qui n’est pas reproductible in vitro. L’utilisation des modèles souris et rat est justifiée par la nécessité d’une étude dans des conditions parfaitement homogènes et standardisées, non réalisables chez l’Homme.
2. Réduction
Les analyses des divers marqueurs évalués seront regroupées pour chaque souris et chaque rat afin d’optimiser le nombre d’animaux et les volumes de plasma nécessaires. Des travaux préliminaires ont permis d’évaluer les différentes moyennes escomptées permettant le calcul du nombre de sujets nécessaires afin d’utiliser le minimum d’animaux tout en assurant l’obtention de résultats statistiquement significatifs.
3. Raffinement
L’anesthésie et l’analgésie seront monitorées visuellement (réflexes à la douleur) et adaptées, l’animal sera opéré sur une table opératoire chauffée à 37°C.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Notre laboratoire est habitué à travailler avec les souris et les rats, et cela à chaque étape de l’expérimentation : soins préalables, maniement et gestion du stress, matériel anesthésique, opératoire et de monitorage, analgésie et euthanasie. L’observation des interactions cellulaires au sein des vaisseaux de petit calibre est obtenue de façon optimale chez la souris femelle de petit poids (15/20 g, d’environ 7 semaines) pour sa faible teneur en graisse mésentérique. La souris mâle ou le rat ont une teneur mésentérique en graisse trop importante, rendant l’observation du flux sanguin mésentérique difficile. Pour l’étude des biomarqueurs, de nombreux tests biochimiques ne sont disponibles uniquement pour les rongeurs ou l’Homme. Le rat male de 9 semaines (environ 350 g) a un volume sanguin suffisant aux 6 prélévements permettant suivre les taux de marqueurs spécifiques. Le volume sanguin de la femelle est moindre.