
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 24/03/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-156165)
280 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Des femelles gestantes reçoivent des injections d’alcool en fin de gestation, puis leurs souriceaux subissent des mesures cardio-respiratoires, des tests psychomoteurs et des séparations maternelles jusqu’au onzième jour de vie, avant d’être tués pour prélever leurs organes, les mères étant tuées après la mise bas. Le porteur indique que l’alcoolisation fait perdre aux femelles la coordination de la marche et que la séparation maternelle est une source de stress pour les souriceaux. Il affirme que l’étude des effets moteurs et cognitifs de l’alcoolisation foetale passe par un « organisme entier » et ne peut être évitée.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Dans l’altération de l’environnement fœtal, notre objectif est de caractériser l’impact d’une alcoolisation fœtale importante au dernier trimestre de la grossesse. L’alcoolisme foetale est la première cause d’handicap mental non génétique. Le placenta est perméable à l’alcool qui arrive alors au foetus dont le foie n’a pas l’efficacité pour l’éliminer. Il est ainsi exposé plus longtemps aux effets toxiques de l’alcool. Nous souhaitons évaluer et comprendre les fonctions du gène Hsf2, un gène important pour la réponse au stress dont le stress lié à l’alcool. Pour cela, nous utilisons un modèle génétique murin dépourvu de ce gène. Nous étudierons les conséquences physiologiques, motrices et cognitives dès la naissance des souriceaux issus de mères alcoolisées. Nous comparons les résultats obtenus avec les souriceaux issus de mères non alcoolisées. A ce jour, la France compte encore environ 15000 naissances avec des troubles causés par l’alcoolisation foetale. Les retombées de ce travail sont ainsi directement utiles en terme de prévention et d’implications thérapeutiques.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Résultats attendus : Les conséquences d’une alcoolisation fœtale pourraient être plus étendues avec des atteintes précoces motrices, cognitives et physiologiques. Nous préciserons les fonctions du gène Hsf2 dans ces atteintes. Les retombées de ce travail sont directement utiles en terme de prévention et d’implications thérapeutiques.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Sur les femelles gestantes : injection intrapéritonéale (au quart cadran inférieur de l’abdomen) d’alcool ou de solvant servant à diluer l’alcool au 15ème jour de gestation (deux fois espacés de 8h) et un fois au 16ème jour de gestation – Aucun prélèvement sur animaux vigiles – Aucune procédure chirurgicale, Sur les soucriceaux : des mesures cardio-respiratoires (30 min une fois à un jour de vie, 30 min une fois à deux jours de vie, 50 min une fois à 8 jours de vie), bilan psychomoteur de 7 à 11 jours de vie à l’aide de 3 tests distincts répétés 2 fois, chaque test dure 20 secondes, enregistrement des sons émis par l’animal (une fois à 8 jours de vie, pendant 3 min)
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
L’alcoolisation de la mère ne modifie pas la prise de poids ni la température corporelle au cours de la gestation. Ce que l’on peut constater est un retard de mise bas chez les femelles alcoolisées et dans ce cas les petits ne rentreront pas dans le protocole. La modification de ces deux variables (la modification corporelle (poids et température = variable 1) et le retard de mise bas (variable 2) constitue un signe de souffrance et/ou de modification inattendue dans la procédure et nous tenons à les prendre en compte. Titubation des femelles alcoolisées : les femelles alcoolisées perdent temporairement la coordination de la marche sous l’effet de l’alcool. Ces femelles retournent en pièce d’hébergement si et seulement si elles recouvrent une marche coordonnée normale. Nuisance post-natale : séparation maternelle (durée maximale de 50 min en condition de thermoneutralité pour les mesures physiologiques, 10 min pour le test de préférence maternelle, 3 min pour la mesure des vocalisations ultrasoniques), les souriceaux sont libres de se mouvoir pour toutes les mesures/observations effectuées.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les souriceaux sont maintenus en vie jusqu’à 11 jours, jour de la fin des expériences. IIs seront euthanasiés et les organses sont récupérés en post-mortem pour une étude histologique. Les mères traitées sont euthanasiées après la mise bas. Comme nous nous intéressons sur l’empreinte que peut laisser l’alcoolisation, les mères ne seront pas réutilisées, elles sont euthanasiées après la mise bas selon la methode règlementaire par un personnel qualifié.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’étude préclinique concerne l’expérimentation animale et permet d’obtenir les informations de toxicité notamment dans l’alcoolisme maternel. Pour étudier les effets de l’alcoolisme foetale sur le plan physiologique, moteur et cognitif, l’utilisation d’un organisme entier est pertinente et ne peut être évitée.
2. Réduction
Nous utilisons l’effectif minimal qui permet d’avoir une puissance statistique pour tester nos hypothèses. Nous privilégions une étude longitudinale c’est à dire que nous suivons les souriceaux sur plusieurs jours ce qui réduit le nombre d’animaux utilisés. Un groupe expérimental nécessite 30 souriceaux pour mettre en évidence une différence biologiquement significative. Cet effectif découle de nos expériences. Toutefois, cet effectif peut être réduit si au cours des analyses intermédiaires, un effectif plus faible permet de tester les hypothèses.
3. Raffinement
Nous utilisons des techniques de mesures non invasives et contrôlées (mesure moins d’une heure, température 32-33°C dans les chambres de mesure) pour minimiser une possible angoisse des animaux. Les cages avec les portées sont enrichies en papier absorbant doux pour le nid. La séparation maternelle n’excède pas l’heure. Une surveillance quotidienne visuelle est assurée tous les jours. Un suivi clinique est assuré les jours avec protocole de test prévu (poids, température, mobilité des souriceaux, aspect des poils). En somme, nous avons établi une liste de points limites intermédiaires basées sur le comportement et l’aspect des animaux qui conduit à la mise en place d’action adaptée et précoce permettant de diminuer la souffrance.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Choix de l’espèce souris : largement utilisée dans l’étude des mécanismes physiopathologiques d’une maladie génétique, souris transgénique disponible pour étudier le rôle d’un gène, organisme entier pour étudier les conséquences de l’alcoolisation sur les descendances Stades de développement : Pour l’alcoolisation foetale, il s’agit de cibler les conséquences d’une consommation excessive d’alcool en fin de gestation. Pour les souriceaux, il s’agit de déceler précocément les modifications induites par l’alcoolisme foetale. Tests psycho-moteurs et cognitifs choisis avant l’ouverture des yeux