
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2025-12-05 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-263371)
Modifiées génétiquement pour porter le récepteur plaquettaire humain, les souris de ce projet sont utilisées dès l’âge de trois à quatre semaines dans les modèles de thrombose, avant que la graisse ne s’accumule dans leurs vaisseaux et empêche le caillot de se former. 360 souris vont être utilisées, 180 dans des procédures menées sous anesthésie sans réveil, 120 à un niveau de souffrance modéré et 60 à un niveau sévère. Un AVC est provoqué chez certaines par une chirurgie de 45 minutes suivie d’un réveil, puis d’une seconde anesthésie et d’une nouvelle intervention, avec des troubles moteurs attendus au réveil, d’autres subissant six injections pour une inflammation cutanée ou deux pour une inflammation pulmonaire. Le porteur indique que la thrombose développée n’est pas compatible avec le maintien en vie des animaux, et renvoie à des points limites établis pour chaque procédure.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Les plaquettes sanguines ont un rôle primordial dans l’arrêt des saignements. Elles sont aussi impliquées dans les phénomènes de thrombose dans lesquels les plaquettes sont recrutées et forment un caillot, appelé thrombus. Un récepteur des plaquettes permet l’adhérence transitoire des plaquettes à la paroi du vaisseau lors d’une lésion vasculaire, conduisant à l’arrêt du saignement. Ce récepteur est une cible antithrombotique connue de par son rôle important dans l’adhérence des plaquettes et dans la croissance du thrombus. Nous avons précédemment généré deux molécules qui bloquent ce processus. Ils ont montré une inhibition de la formation de thrombi dans un modèle in vitro de perfusion de sang humain. Nous les avons évalués dans différents modèles de thrombose et de temps de saignement in vivo. Forts de ces résultats, nous avons modifié et maturé l’une de ces molécules afin de poursuivre son développement comme futur outil thérapeutique. L’objectif de ce projet est donc de tester cette nouvelle molécule afin de vérifier son efficacité et le risque de saignement associé à son utilisation. Les procédures seront réalisées chez des souris modifiées génétiquement présentant le récepteur humain puisque notre molécule cible le récepteur dans sa version humaine. Nous avons préalablement vérifié que cette modification du récepteur n’impactait pas les fonctions plaquettaires des souris.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Nous avons validé notre molécule comme étant un antithrombotique efficace avec un risque de saignement modéré, ce qui en fait un candidat pour une utilisation en clinique. Pour poursuive son développement, nous avons humanisé la molécule. Ce projet nous permettra de valider l’efficacité antithrombotique de cette version humanisée de l’agent, le risque de saignement associé et ainsi poursuivre son développement vers la clinique afin d’améliorer la prise en charge de patients atteints de thrombose artérielle.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Pour les procédures de thromboses, les souris sont soumises à 1 injection sur souris vigile (anesthésie) puis 2 injections et une chirurgie (entre 35 min et 1h) sur souris anesthésiées. Pour la procédure d’AVC, les souris anesthésiées sont soumises à 2 injections, une chirurgie de 45min, puis réveillées. Une nouvelle anesthésie est effectuée afin de réaliser 1 injection et 1 chirurgie (15 min). Pour l’inflammation cutanée, les souris anesthésiées subissent 6 injections (20 min) puis sont réveillées . Pour l’inflammation pulmonaire, les souris anesthésiées subissent 2 injections (10 min).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Une des nuisances attendues est un impact de l’anesthésie sur le rythme respiratoire (irrégulier ou apnée). On pourra également observer une douleur localisée après les injections ainsi que d’éventuels saignements dus à la nature des molécules injectées. D’éventuelles douleurs pourront être observées lors du réveil de l’animal et dans les heures suivantes pour les procédures avec réveil . L’induction d’un AVC induit des troubles moteurs chez la souris au réveil. L’inflammation pulmonaire peut induire d’éventuels troubles respiratoires.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
A l’issue des thromboses, les animaux sont mis à mort car le développement d’une thrombose n’est pas compatible avec le maintien en vie des animaux. Les modèles d’inflammation cérébrale, pulmonaire ou cutanée nécessite la mise à mort des animaux afin de récupérer les tissus et de réaliser des analyses post-mortem.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
L’objectif de ce projet est d’évaluer l’impact de la molécule sur la thrombose artérielle et le risque de saignement. Ces processus étant particulièrement complexe et faisant intervenir plusieurs types cellulaires (plaquettes, globules rouges, globules blancs, cellules endothéliales) ainsi que les conditions de flux (vaisseau, pression artérielle, flux sanguin), les modèles in vitro ne sont pas assez sophistiqués pour en reproduire toute la complexité. L’efficacité de la version humanisée de notre agent a toutefois été préalablement validée dans un modèle in vitro de formation de thrombi. La poursuite du développement de l’agent nécessite de valider l’efficacité de la version humanisée in vivo.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Le nombre de souris par groupe est réduit au minimum pour l’obtention de résultats statistiquement significatifs. Les groupes seront comparés avec des analyses statistiques.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Une habituation à la manipulation est prévue 5 jours avant le début des expérimentations. Le stress et la douleur de tous les animaux utilisés dans ce projet seront diminués au minimum : • Par l’hébergement dans des cages en fonction des groupes expérimentaux au minimum 7 jours avant l’expérimentation. Les animaux sont hébergés en groupes sociaux. • Par une anesthésie avant et pendant la durée des procédures, ainsi qu’une anesthésie locale. • Par l’injection sous cutanée d’analgésiant aux sites d’incisions lors des procédures. • Par l’application de gel ophtalmique afin de protéger les yeux • Contre la déshydratation, une injection de sérum physiologique est réalisée avant la procédure. • Par l’installation de l’animal sur une plaque chauffée afin de lutter contre l’hypothermie pendant les procédures et son réveil dans une chambre thermostatée pour les procédures avec réveil • Pendant toutes les expérimentations, les animaux sont surveillés par du personnel entrainé pour vérifier l’absence de signe de douleur grâce à des points limites spécifiques établis pour chaque procédure. Ces points limites permettront de soustraire l’animal aux procédures expérimentales et ainsi limiter sa souffrance et son inconfort.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
La souris est un animal pour lequel les modèles d’études in vivo sont largement maitrisés et caractérisés, notamment les modèles de thrombose et d’arrêt du saignement. Les techniques de mutation des gènes ont permis de générer des souris exprimant le récepteur plaquettaire dans sa version humaine, permettant d’étudier l’effet de notre molécule sur la thrombose artérielle et son potentiel effet sur l’hémostase. Dans les modèles de thrombose, les souris seront utilisées à un âge de 3-4 semaines. Les modèles de thrombose doivent être réalisés sur souris jeunes, avant l’accumulation de graisses au niveau des vaisseaux. La présence de graisse empêcherait le développement de la thrombose. Dans les autres procédures, les souris seront utilisées au stade adulte entre 2 et 6 mois. Cet âge correspond à la période utilisant des souris pubères et ne présentant pas encore de vieillissement.