
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2023-08-17 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-290782)
204 souris vont être utilisé·es, toutes tuées à l’issue, dont 168 dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Leur microbiote est remplacé par un microbiote humain, elles reçoivent par canule un immunosuppresseur provoquant diarrhées et lésions intestinales, avec des prélèvements de fèces répétés, au besoin par introduction d’une canule dans l’anus. L’objectif est de tester des molécules déjà autorisées comme médicaments pour prévenir cette entéropathie, avec un bénéfice annoncé à moyen terme. Le porteur affirme que seul l’animal permet de reproduire cette atteinte, impossible selon lui à modéliser in vitro.
Résumé produit par un modèle de langage à partir du seul texte du laboratoire, selon une méthode arrêtée par l’OXA. Publié sans relecture individuelle préalable, sous la responsabilité de l’association, et corrigé au fil des relectures.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Dans quel but fait-on ça ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Lorsqu’un organe vital est défectueux, il est possible de le remplacer par la transplantation d’organe. Cette intervention chirurgicale s’accompagne nécessairement d’une prise d’immunosuppresseur à vie pour le patient, afin de diminuer les risques de rejet de l’organe greffé par le système immunitaire. L’immunosuppresseur le plus utilisé chez les patients transplantés provoque des troubles intestinaux, définis comme entéropathie, tels que des nausées, des diarrhées voire même, dans les cas les plus graves, des ulcères hémorragiques pouvant mettre en jeu leur pronostic vital. Cet immunosuppresseur est aussi utilisé chez des patients présentant des maladies dites auto-immunes ; chez ces individus, les effets indésirables intestinaux sont aussi présents. De récentes recherches mettent en évidence le rôle du microbiote intestinal dans le développement des lésions intestinales associés à la prise d’immunosuppresseur. Le microbiote intestinal est l’ensemble des micro-organismes qui colonise notre tube digestif et est indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Les traitements immunosuppresseurs altèrent la composition du microbiote intestinal et favorisent la prolifération de certaines bactéries qui produisent des enzymes spécifiques connues pour transformer l’immunosuppresseur. Différentes études apportent des arguments solides qui incriminent l’immunosuppresseur transformé dans le développement des troubles intestinaux. Dans ce contexte, l’enzyme du microbiote intestinal impliquée dans la transformation de l’immunosuppresseur devient une cible de choix pour prévenir les lésions intestinales associées. Grâce à une étude exhaustive de la littérature et à des tests réalisés in vitro, nous avons identifié, dans une collection de produits chimiques, des molécules capables de bloquer spécifiquement l’effet de cette enzyme bactérienne. A noter que la collection de produits chimiques utilisée contient des molécules qui sont utilisées en Europe ou aux Etats-Unis comme médicaments pour différentes maladies. Notre objectif est de démontrer que ces molécules identifiées dans la collection empêchent la survenue des lésions intestinales induites par l’immunosuppresseur chez la souris. Chaque espèce ayant un microbiote particulier, nous avons choisi un modèle, décrit dans la littérature et défini comme humanisé, dans lequel le microbiote de la souris sera remplacé par celui de l’homme.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Ce projet vise à apporter une stratégie thérapeutique pour prévenir, chez les transplantés, l’entéropathie qui est un effet indésirable des médicaments immunosuppresseurs. Lorsque l’entéropathie survient, la seule option est de diminuer la dose ou la fréquence de prise d’immunosuppresseur au risque de perdre le greffon. La stratégie thérapeutique étudiée dans le présent projet permettra d’améliorer la qualité de vie des patients transplantés et également de tous les patients traités par immunosuppresseur, comme les sujets atteints de maladies auto-immunes. De plus, l’enzyme bactérienne responsable de la transformation de l’immunosuppresseur est aussi mise en cause dans la modification de médicaments anticancéreux (irinotécan, régorafenib), d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (diclofenac, ibuprofen), de la morphine, et dans leurs effets indésirables intestinaux. Ainsi, le projet permettra aussi de proposer des solutions pour prévenir l’entéropathie médicamenteuse. Si l’étude proposée ici donne les résultats attendus, le bénéfice pour les malades pourrait être obtenu à moyen terme. En effet, notre stratégie consiste à repositionner une molécule déjà approuvée comme un médicament par les autorités sanitaires européennes ou américaines. L’approbation par les autorités sanitaires n’est donnée que si la molécule montre qu’elle ne présente pas de toxicité dans un certain nombre de modèles animaux (phase d’étude préclinique) puis chez des volontaires sains (étude clinique de phase I). Notre projet devrait permettre de proposer de nouvelles solutions thérapeutiques sans passer par les études précliniques et de phase I très chronophages.
Nuisances prévues, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Un examen publié en 2018 a établi que les résumés allemands et britanniques décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Le droit d'accès aux documents · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les interventions s’étaleront sur une période de 6 à 7 semaines. Les animaux seront manipulés 39 jours dans le cadre des expériences. Ils seront soumis à 3 préhensions pour pesée puis contention pour habituation à la canule pour administration orale, 1 préhension pour pesée puis contention pour habituation à la canule et prélèvement de fèces, 16 préhensions pour pesée puis contention pour administration orale via une canule, 9 préhensions pour pesée puis contention pour administration orale via canule et prélèvement de fèces. Le prélèvement de fèces peut être spontané lors de la contention ; si la défécation n’est pas spontanée, elle sera provoquée en introduisant délicatement, sur moins d’1 mm, 1 canule dans l’anus. Toutes ces manipulations se feront sur les animaux vigiles et s’enchaineront ; l’animal sera manipulé au maximum pendant 10 minutes lors des jours de manipulations. La dernière intervention prendra 15 minutes et consistera en la contention pour prélèvement de fèces et pour administration d’un anesthésique et antalgique sur animal vigile suivie d’un prélèvement de sang et mise à mort pendant que l’animal est anesthésié.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Un nouvel examen, publié en 2024, a mesuré que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces mesures portent sur l'Allemagne et le Royaume-Uni. L'examen de 2018 classait la France parmi les pays les moins bons pour l'identification, l'accessibilité et la qualité de ses résumés, sans les noter rubrique par rubrique (Taylor et al., 2018). Les résumés français suivent aujourd'hui le modèle européen commun.
Les animaux souffrent-ils ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les nuisances attendues sont : – un stress léger et momentané lié à la contention pour la pesée, pour le prélèvement de fèces, pour l’administration orale de traitement à l’aide d’une canule, et pour l’anesthésie, -une gêne légère et momentanée lors de la défécation provoquée, lors de l’administration orale avec une canule, et lors de l’introduction de l’aiguille pour l’anesthésie et l’antalgie éventuelle, – et dans le cas des animaux traités par l’immunosuppresseur sont une perte de poids modérée, une douleur modérée jusqu’à l’administration d’un antalgique, et potentiellement de la diarrhée.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Tous les animaux seront mis à mort afin de réaliser des prélèvements, notamment du tube digestif, nécessaires à la mise en évidence d’un effet bénéfique des molécules testées.
Application de la règle des "3R", selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
En amont de ce projet, l’effet bloquant des molécules sur l’enzyme bactérienne responsable de la transformation de l’immunosuppresseur sera validé sur des selles humaines provenant de sujets sains. Une fois ce point vérifié, nous utiliserons l’animal qui, seul, permet de mimer l’entéropathie qui résulte d’une interaction complexe du microbiote intestinal avec le tube digestif et avec le reste de l’organisme, que l’on ne sait pas reproduire actuellement dans des modèles in vitro.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
La stratégie choisie de repositionner un médicament, si elle est concluante, elle permettra d’éviter les études de toxicité préclinique qui utilise de nombreux animaux. Dans ce projet, nous utiliserons des souris consanguines pour limiter la variabilité génétique inter-individuelle et par conséquent le nombre de souris à utiliser. Ce projet comprend 2 étapes : une étude pilote suivie de l’étude à proprement parler de l’effet des molécules d’intérêt sur l’entéropathie induite par l’immunosuppresseur. L’étude pilote permettra de mettre au point le modèle animal humanisé sur la base d’une revue exhaustive de la littérature et d’une collaboration avec une équipe experte du modèle de souris humanisé pour le microbiote. Cette étude pilote permettra de limiter le nombre d’animaux utilisé dans la seconde étape. Le nombre d’animaux nécessaire par condition expérimentale pour obtenir des résultats significatifs et robustes a été évalué à l’aide d’un test dit de puissance. Dans l’étude pilote nous prévoyons au maximum de tester 6 conditions expérimentales de 6 animaux par lot ; au plus, 36 souris seront donc utilisées. Les conditions expérimentales seront testées deux à deux en parallèle en comparaison à un lot contrôle pour évaluer les deux méthodes d’administration. Si les conditions expérimentales du premier essai sont satisfaisantes, l’étude pilote sera arrêtée avant d’avoir réalisé le deuxième essai. Dans la procédure 2, 14 conditions expérimentales seront nécessaires, de 12 animaux par lot, soit 168 souris seront utilisées. L’efficacité des molécules sera vérifiée en comparant les résultats des différentes conditions à l’aide du test statistique ANOVA suivi d’un test post hoc.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
La réglementation est-elle « très stricte » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les animaux seront élevés dans des conditions d’hébergement contrôlés quotidiennement et en accord avec la réglementation pour respecter leur bien-être, c’est-à-dire : statut sanitaire ; température ; hygrométrie ; lumière ; et état général des animaux. L’hébergement sera réalisé dans une animalerie dont le statut sanitaire est régulièrement contrôlé et adapté à des animaux dont le microbiote est perturbé. Les animaux seront hébergés en groupe ; le groupe restera le même du début à la fin. De l’enrichissement est systématiquement présent dans les cages, la litière est changée régulièrement et la nourriture et l’eau sont en permanence disponibles. Les animaux seront acclimatés à l’environnement de l’animalerie pendant une période de 14 jours ; sur cette période, ils seront aussi habitués à l’expérimentateur et à la préhension et à la contention nécessaires pour certaines interventions. Pendant toute la durée des expériences, tout un panel de paramètres sera évalué quotidiennement pour chaque animal, des points limites gradés seront donc définis, afin de repérer au plus tôt les signes de mal-être de l’animal, qui seront pris en charge immédiatement et adapté pour chaque point limite qui atteint. L’ensemble des expériences seront réalisées par un personnel compétent.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Spécisme et expérimentation animale · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
La souris constitue un modèle de référence pour l’étude de l’entéropathie induite par l’immunosuppresseur. Les troubles et les lésions intestinales miment fidèlement les caractéristiques cliniques des patients transplantés. De plus, l’humanisation du microbiote est bien décrite et efficace dans cette espèce. Les animaux seront reçus à l’âge de 2 mois (8 semaines), le protocole expérimental dure 54 jours dont 14 jours d’habituation des animaux à l’environnement de l’animalerie. Nous utiliserons des souris au stade jeune adulte comme décrit dans la littérature à la fois pour le modèle de microbiote humanisé et pour le modèle d’entéropathie induite par l’immunosuppresseur.