
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 12/03/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-331696)
Tous tués sans avoir repris conscience, 156 rats sont maintenus sous anesthésie générale pendant six heures pour reproduire un choc hémorragique associé à une destruction musculaire. Ils subissent une ponction de la vessie sous échographie, la pose d’un cathéter dans la veine de la queue et d’un autre dans la carotide gauche, puis six prélèvements sanguins étalés sur toute la durée, avant le prélèvement des organes. Le porteur ne décrit comme nuisance qu’un « léger stress de courte durée » au moment de la mise en cage d’induction, l’anesthésie sans réveil dispensant selon lui de toute évaluation de la douleur. Il affirme que ces expériences sont « indispensables » faute de pouvoir simuler les conséquences d’un traumatisme musculaire sévère.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le traumatisme sévère est un problème de santé publique majeur qui touche une population jeune. Il associe le plus souvent un choc hémorragique (perte de sang massive) à un traumatisme musculaire. Il induit fréquemment une insuffisance rénale aiguë. La destruction des cellules musculaires lors du traumatisme est responsable de la fuite du contenu intracellulaire dont la myoglobine (protéine qui assure le stockage de l’oxygène au sein du muscle). De nombreuses études désignent cette myoglobine comme un des facteurs responsables de la dysfonction rénale lors d’un traumatisme musculaire. La myoglobine relarguée par les muscles endommagés est re capturée par les cellules rénales, limitant ainsi son évacuation dans les urines. Nous avons observé lors des travaux précédents une synergie lésionnelle entre choc hémorragique et traumatisme musculaire. En effet, cette association induit une inflammation extrême et une défaillance multi-viscérale dont une défaillance rénale. L’association myoglobine et choc hémorragique reproduit les mêmes effets. En cas de choc hémorragique, la myoglobine injectée en intraveineux n’est plus éliminée, contrairement à ce que nous observons lors d’un traumatisme musculaire seul ou lors d’une injection de myoglobine seule. Ainsi, nous pensons que restaurer l’élimination rénale de la myoglobine pourrait limiter ou supprimer ses effets délétères. Notre projet a donc pour objectif de limiter les effets délétères de l’association choc hémorragique et traumatisme musculaire sur le fonctionnement des organes, principalement sur la fonction rénale en permettant l’élimination de la myoglobine. Nous souhaitons étudier une stratégie thérapeutique basée sur l’inhibition pharmacologique du récepteur responsable de la recapture de la myoglobine par les cellules rénales.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Une meilleure compréhension des mécanismes par lesquels le traumatisme sévère conduit à la défaillance multiviscérale pourrait aider à l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques et/ou permettre de développer des outils pour la prise en charge et le suivi de l’évolution clinique des patients.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Tous les animaux du projet seront soumis à une anesthésie générale gazeuse sans réveil, avec analgésie, avec phase d’induction de très courte durée (
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
L’induction de l’anesthésie nécessite une légère contention de l’animal pour le placer dans une cage d’induction et n’induit pas de douleur hormis un léger stress de courte durée.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Euthanasie pour prélèvement d’organes, de sang et d’urine à l’issue de tous les animaux dans toutes les procédures pour des études histologiques et biologiques.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Compte tenu des contraintes des études cliniques et de notre incapacité à simuler les conséquences d’un traumatisme musculaire sévère sur l’organisme et un état de choc hémorragique, des expérimentations animales sont indispensables pour accélérer une amélioration de la prise en charge des patients. De plus, nos connaissances sur les mécanismes de régulation de la pression artérielle systémique ainsi que sur la physiologie rénale ne sont pas suffisantes pour envisager une modélisation suffisamment robuste pour remplacer l’animal.
2. Réduction
Nous visons à réduire au minimum le nombre d’animaux utilisé en faisant le maximum de mesures par animal tout en nous assurant une analyse statistique fiable et complète de nos travaux.
3. Raffinement
L’ensemble de la procédure sera réalisé sous anesthésie générale et contrôlée par l’observation des signaux physiologiques tels que la pression artérielle et/ou la fréquence respiratoire. L’anesthésie sera toujours associée à une analgésie réalisée par l’administration d’un analgésique dès l’induction de l’anesthésie et 3 heures après l’induction ou pas du traumatisme. Pour maintenir la température de l’animal à 37.4°C, les rats anesthésiés seront placés sur un matelas chauffant. Leur température sera contrôlée par sonde rectale. L’induction de l’anesthésie nécessite une légère contention de l’animal pour le placer dans une cage d’induction et n’induit pas de douleur hormis un léger stress de courte durée. L’anesthésie est sans réveil : aucune évaluation de la douleur sur animal éveillé ne sera nécessaire.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La richesse de la bibliographie disponible sur le modèle murin et des données disponibles sur le choc hémorragique ou la rhabdomyolyse sur ce type de modèle, nous permet de comparer et de discuter nos résultats expérimentaux. De plus, nous avons une expérience importante dans l’utilisation de ce modèle. Enfin, l’évaluation de l’efficacité de traitements à coût élevé nécessite l’utilisation de petits animaux. Les rats utilisés seront des adultes pesant 350g (300 à 400g). Le choix de ce stade de développement est calqué sur celui le plus fréquemment utilisé dans les études publiées afin que nos résultats soient comparés aux travaux de la littérature dans ce domaine.