
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 12/03/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-344540)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Ce projet a pour objectif de contribuer à l’émergence de systèmes d’élevage respectueux de l’environnement et des animaux. Il porte sur la conception d’un élevage de jeunes lapins à l’herbe. Les lapins peuvent ainsi exprimer des comportements naturels (bondir, se dresser, se cacher, brouter, etc.). Toutefois, l’élevage à l’extérieur n’est pas sans risque, car les animaux sont exposés à des maladies causées par des parasites, comme la coccidiose. En revanche, certaines plantes fourragères produisent des composés chimiques (tels que les saponines et les tanins) qui perturbent le cycle de vie des coccidies. D’autres plantes fourragères sont riches en protéines, minéraux et vitamines, et permettent de nourrir les lapins avec un moindre recours à des aliments complets fabriqués à partir d’ingrédients importés, comme le soja ; culture qui entraîne une forte émission de gaz à effet de serre. Ainsi, l’utilisation de plantes fourragères dans l’alimentation de lapins élevés exclusivement à l’herbe s’avère prometteuse d’un point de vue sanitaire et environnemental. Néanmoins, les connaissances concernant l’alimentation, la santé et le comportement de lapins élevés exclusivement à l’herbe sont limitées. De plus, les éleveurs de lapins à l’herbe ne disposent pas d’informations scientifiques sur les prairies (ni sur les assemblages de plantes fourragères) conçues pour cette espèce. Ils élèvent et nourrissent leurs lapins dans des prés destinés aux vaches et aux moutons, ce qui semble peu adapté à la physiologie digestive du lapin. Face à ce constat, cette étude vise à concevoir et évaluer une prairie fleurie multi-espèces à haut potentiel productif, adaptée aux besoins nutritionnels et digestifs des lapins élevés au pâturage.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet vise l’obtention de connaissances scientifiques sur le potentiel productif d’une prairie fleurie composée de 16 espèces fourragères sélectionnées pour répondre aux besoins nutritionnels de jeunes lapins en croissance et élevées en parc plein air avec pâturage. Cet assemblage de plantes fourragères a été conçu de façon à optimiser les propriétés fonctionnelles de la prairie dans le but de réduire les risques de maladies parasitaires, comme les coccidies. L’élevage des lapins en plein air, dans une prairie spécialement conçue pour cette espèce, présente un intérêt pour la santé et le bien-être des animaux. Ce projet pourra également contribuer à l’émergence de modes d’élevage alternatifs à faible utilisation d’intrants (moins de granulés), et ainsi participer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre en garantissant un niveau de productivité satisfaisant.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
En fonction des procédures expérimentales, les interventions contraignantes sont les suivantes : A. 180 lapins (6 essais de 30 lapins) exposés à : 1. Isolement partiel (1h par semaine) six fois dans la vie de l’animal pour le prélèvement de crottes dures (déjections). B. 168 lapins (6 essais de 28 lapins) exposés à : 1. Isolement partiel temporaire (1h par semaine) six fois dans la vie de l’animal pour le prélèvement de crottes dures (déjections). 2. Contention pour le prélèvement de poils (coupe à l’aide d’une tondeuse vétérinaire) une fois dans la vie de l’animal. 3. Prise de sang (≤ 5ml) à effectuer une fois dans la vie de l’animal lapin (durée ≤ 5 minutes). C. 192 lapins (6 essais de 32 lapins) exposés à : 1. Isolement partiel (1 h par semaine) six fois dans la vie de l’animal pour le prélèvement decrottes dures (déjections). 2. Contention pour le prélèvement de poils (coupe à l’aide d’une tondeuse vétérinaire) une fois dans la vie de l’animal. 3. Prise de sang (≤ 5ml) à effectuer une fois dans la vie de l’animal (durée ≤ 5 minutes). 4. Marquage à la bombe colorée trois fois dans la vie du lapin. 5. Port d’un harnais maximum en continu pendant 35 jours. 6. Session d’apprentissage (40 sessions de 3 minutes dans la vie de l’animal). 7. Mise en groupe dans une arène de tests (4 tests dans la vie du lapin). D. 384 lapins (6 essais de 64 lapins) exposés à : 1. Marquage à la bombe colorée trois fois dans la vie du lapin. 2. Port d’un harnais maximum en continu pendant 35 jours. 3. Session d’apprentissage (40 sessions de 3 minutes dans la vie de l’animal). 4. Mise en groupe dans une arène de tests (4 tests dans la vie du lapin). 5. Tests de perception (4 tests maximum de 10 min dans la vie du lapin).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Certaines actions sont stressantes pour les animaux : (1) l’isolement partiel ponctuel, (2) la contention pour les prélèvements de poils et la prise de sang (3) la douleur liée à l’introduction d’une aiguille pour la prise de sang, (4) l’élevage au plein air avec un accès libre à une pâture herbagée expose les lapins aux conditions extérieures et peut engendrer un stress thermique et un risque de prédation. Les risques de stress thermique seront limités par un suivi quotidien des conditions météorologiques. En cas d’événements extrêmes, les lapins seront mis à l’abri dans une structure légère, dans des parcs, pendant le temps nécessaire. Les risques de prédation seront limités par l’utilisation d’une double clôture (filet électrifié sur la zone d’essai). La vaccination des animaux limitera le risque de contamination par les maladies des lapins sauvages.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Procédure N°1 : La mise à mort n’est pas nécessaire. Après les prélèvements de crottes, les lapins poursuivront leur élevage puis intégreront la chaîne alimentaire à 90 jours d’âge (vente à un abattoir commercial). Procédure N°2 : A 86 jours d’âge les animaux seront euthanasiés pour le prélèvement de leur contenu caecal (microbiote caecal des lapins) et pour les analyses de rendement de carcasse et qualité de viande. Procédure N°3 : A 86 jours d’âge, les animaux seront euthanasiés pour le prélèvement de leur contenu caecal (microbiote caecal des lapins) et pour les analyses de rendement de carcasse et qualité de viande. Procédure N°4 : La mise à mort n’est pas nécessaire, les lapins poursuivront leur élevage puis intégreront la chaîne alimentaire à 90 jours d’âge (vente à un abattoir commercial).
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le projet s’inscrit dans le cadre des recherches appliquées menées pour améliorer la santé, le bien-être et les conditions de vie des lapins élevés à des fins agronomiques. A ce titre, le recours à des méthodes alternatives (comme la simulation informatique) ne remplace pas l’utilisation des animaux.
2. Réduction
Le nombre d’animaux utilisés dans ce projet est le minimum nécessaire pour mettre en évidence des différences significatives d’un point de vue sanitaire (sens biologique du terme), comportemental et économique entre les groupes expérimentaux. Le nombre total d’animaux exposés aux procédures expérimentales a été calculé après révision de la littérature scientifique et simulations informatiques. Le tout dans le souci d’avoir l’information nécessaire au vu des objectifs du projet, avec la moindre utilisation d’animaux possible.
3. Raffinement
Lorsque les animaux sont exposés à des procédures potentiellement nuisibles à leur bien-être physique et mental, des mesures visant à atténuer la nuisance ont été mises en place, à savoir : (1) Prélèvements de poils (à l’aide d’une tondeuse vétérinaire) et les prises de sang nécessaires pour évaluer le stress (corticostérone accumulée dans les poils) et l’état de santé (formule sanguine) des lapins sont effectués avec une contention douce et ferme (rassurante pour l’animal). (2) Pour les prises de sang, des aiguilles d’un diamètre adapté à la taille de l’artère de l’oreille des lapins sont utilisées afin de prélever un volume de sang ne dépassant pas 6% de leur poids vif. (3) L’isolement social ponctuel des lapins pour le prélèvement des crottes dures nécessaires à la quantification du niveau d’infestation parasitaire des lapins est limité à une heure par semaine maximum dans un enclos permettant la liberté totale de mouvement et le contact visuel et olfactif avec les autres lapins de son groupe (4) Les méthodes de marquage pour l’individualisation des lapins nécessaires aux tests de comportement et de cognition peuvent être contraignantes (puces RFID sous-cutanée ou dans des boucles). L’utilisation d’une partie des animaux de ce projet pour le raffinement des méthodes d’identification non invasives (harnais en nylon colorés pour le port de puces RFID) permettra d’affiner les méthodes d’identification et, à terme, d’éviter le recours aux méthodes invasives. (5) Le conditionnement « négatif » (attraper les lapins et les placer dans leur cabane, par exemple) est susceptible de générer du stress et ne peut être remplacé car il permet de quantifier l’expression des émotions négatives à comparer avec les émotions positives. Cela dit, un délai entre le début du signal (son) et le début de l’événement « négatif » donnera la possibilité à l’animal d’éviter cet événement (délai de 10 à 5 secondes entre le début de l’apprentissage et la fin). Dans le cas où l’animal n’apprendrait pas, les événements « négatifs testés » en apprentissage ne dépasseront de toute façon pas le seuil du stress généré par une piqûre d’aiguille et auront une durée maximale équivalente à celle du test (soit 3 minutes avec un maximum de 20 sessions sur la période de croissance). (6) Test de perception : L’angoisse temporaire générée par l’isolement social de courte durée est indispensable, mais elle ne devra pas excéder 5 minutes. (7) Application stricte des point limites du projet.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Il s’agit de jeunes lapins (femelles et mâles) en période de croissance, âgés de 42 à 90 jours. Le projet vise à caractériser les bénéfices en termes de santé et de bien-être d’une prairie multi-fleurie et multi-espèces (assemblage de plantes fourragères) conçue pour répondre aux besoins nutritionnels des lapins. Le recours à d’autres espèces n’est pas pertinent pour atteindre ces objectifs. L’utilisation de jeunes lapins présente l’avantage d’éviter les potentiels effets négatifs sur les interactions sociales (bagarres) observés chez les groupes de lapins plus âgés. Ce qui permet l’expérimentation en groupes, étant donné le caractère social de l’espèce.