
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2025-04-01 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-454030)
Six examens d’imagerie sous anesthésie en vingt-neuf jours, entre deux chirurgies du cerveau : 21 rats vont être utilisés dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère, tous tués après la dernière séance. Une tumeur leur est greffée dans le tissu cérébral à J0, puis retirée partiellement à J10, la cavité opératoire étant laissée vide ou tapissée d’un hydrogel de chitosane. Le porteur décrit la chirurgie comme « assez invasive » et prévoit de tuer tout animal montrant des signes neurologiques, l’exérèse étant programmée avant l’apparition des signes cliniques. Le rat Fischer F344 est retenu pour la taille de son cerveau, suffisante pour l’implantation stéréotaxique et pour la résolution des appareils d’imagerie, et parce que les cellules tumorales F98 proviennent de cette même souche, ce qui écarte le rejet.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Les tumeurs intracérébrales représentent la forme la plus agressive des tumeurs du système nerveux central sans possibilité curative. Une infiltration des cellules tumorales dans le tissu cérébral sain favorisent inévitablement la récurrence. Le traitement standard actuel consiste en une résection chirurgicale accompagnée d’une radiochimiothérapie concomittante. Le projet proposé s’appuie sur un modèle de tumeurs cérébrales chez le rat. Après avoir implanté la tumeur dans le cerveau des animaux, celle ci est retirée chirurgicalement (exérèse) et partiellement (comme dans le cas d’une chirurgie chez l’être humain). Les cellules résiduelles sont à l’origine de la récidive survenant après l’opération. Lors de la chirurgie d’exerèse, la cavité formée lors du retrait de la masse initiale sera laissée telle quelle (non comblée) ou un hydrogel sera déposé à l’intérieur (tapissant ainsi la cavité opératoire). L’objectif de ce projet est ainsi de caractériser par imagerie le comportement de cet hydrogel mais aussi de caractériser la récidive tumorale. Pour ce faire, nous réaliserons d’une part des examens TEP (Tomographie par Emission de Positons) via l’injection d’un traceur radioactif afin de visualiser les foyers de récidive tumoraux. D’autre part, le comportement de l’hydrogel sera évalué grâce à l’outil d’imagerie par IRM (Imagerie à Résonance Magnétique) via un suivi longitudinal permettant d’estimer l’évolution du volume tumoral et des paramètres fonctionnels au cours du temps.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Les résultats attendus de ce projet initial permettront en première intention de caractériser le modèle syngénique opéré F-98 en présence ou non d’un hydrogel marqué au gadolinium. Le phénomène de récidivie tumorale inhérant à la chirurgie ainsi que le comportement de l’hydrogel déposé au sein même de la cavité opératoire pourront ainsi être appréhendés respectivement grâce à l’imagerie TEP et aux acquisitions IRM. Cette étape de caractérisation est indispensable avant même de pouvoir proposer l’application d’un hydrogel dans la cavité opératoire comme nouvelle voie de stratégie thérapeutique pour la recherche clinique. Le bénéfice attendu est donc à plus long terme d’utiliser l’hydrogel comme vecteur thérapeutique et adapter à posteriori son utilisation en oncologie humaine.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
– Induction tumorale : greffe des cellules tumorales dans le tissu cérébral (modèle orthotopique) à J0 (1 itération/1h) – Dégreffe : chirurgie d’exerèse à J10 (1 itération/1h) – examens TEP : J22/J29 (2 itérations/50 min par temps cinétique) – examens IRM : J9, J14, J21, J28 (4 itérations/1h30 par temps cinétique)
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Chirurgie de xenogreffe (implantation des cellules tumorales) et chirurgie opératoire (exérèse) classées sévères mais utilisation d’analgésiques pour limiter la souffrance des animaux (cf description détaillée des procédures). Le développement de la tumeur (modèle infiltrant) peut engendrer des symptômes neurologiques mais la chirurgie d’exerèse se fait assez précocément bien avant l’apparition de signes cliniques (J10). La chirurgie opératoire est assez invasive mais une surveillance accrue des animaux sera réalisée afin de garantir leur bien-être. Tout animal présentant des signes neurologiques ou des signes de mal-être suite à l’opération sera mis à mort. Si toutefois l’analgésie se révèle insuffisante pour soulager la douleur et le bien-être, l’animal sera sacrifié. Les sessions IRM et TEP nécessiteront des anesthésies répétées, cependant les nuisances associées à ce type d’imagerie seront maitrisées via l’utilisation d’un tapis chauffant pour maintenir la chaleur de l’animal et les rats seront sous monitoring pour évaluer les fréquences respiratoires et cardiaques et ajuster le débit d’anesthésique selon la profondeur de l’anesthésie.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Les animaux seront mis à mort selon les méthodes en vigueur à l’issue des imageries (après la dernière imagerie prévue à J+29), selon les mêmes conditions et le même timing aussi bien pour les animaux dont la cavité opératoire est laissée telle quelle (procédure 1) que pour les anaimaux dont celle-ci est comblée par un hydrogel (procédure 2)
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Le remplacement des expérimentations animales par des méthodes alternatives n’est dans ce contexte clairement pas possible car le développement et la réponse au traitement in vivo de tumeurs cérébrales dépend de phénomènes biologiques extrêmement complexes (intravasation, extravasation, envahissement du parenchyme cérébral, angiogenèse…). De plus, la mise en place d’une tumeur est un phénomène multifactoriel impliquant différents types cellulaires (cellules tumorales, cellules endothéliales, cellules immunitaires, microglie locale, composition matricielle du stroma tumoral…). L’ensemble de ces facteurs dynamiques ne peut être appréhendé qu’in vivo sur un modèle animal.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
En prenant en considération les contraintes du projet et en utilisant un logiciel de simulation afin d’établir l’effectif des animaux à inclure dans l’étude, il s’avère que 21 animaux au total seront nécessaires, pour une répartition de 7 animaux par groupe. Cet effectif intègre la perte possible d’un animal par groupe suite à l’intervention chirurgicale. Cet effectif est le minimum requis pour permettre des analyses statistiques pertinentes.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les animaux bénéficieront en permanence d’un enrichissement sous forme de papier craft et de buchettes en bois à ronger et bénéficieront d’un cycle jour/nuit inversé dans leur salle d’hébergement. Ils seront hébergés par 2 ou 3 et les expérimentations ne débuteront qu’après une semaine d’acclimatation suite à la réception des animaux. Une attention toute particulière sera portée aux animaux après l’implantation de la tumeur et après son retrait chirurgical (pesée quotidienne, observation quotidienne du comportement et la motricité, vérification de l’alimentation et de l’hydratation, désinfection et vérification de la bonne cicatrisation de la plaie). Des points limites précoces sont définis (perte de poids et problèmes de motricité essentiellement) afin d’anticiper toute souffrance ou dégradation de l’état général liée à la tumeur. A noter que la salle d’hébergement des animaux et les salles dédiées aux chirurgies ou aux imageries sont situées sur le même site (rattaché à 1 seul etablissement utilisateur), ce qui évite un stress lié à un transport éventuel hors de la plateforme.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Les modèles animaux majoritairement utilisés pour les études en oncologie sont les modèles murins : souris et rats. Les rats constituent l’espèce de référence compte tenu de leur accessibilité et de leur facilité de manipulation. En outre, le choix de cette espèce se justifie par la taille du cerveau plus importante pour une implantation stéréotaxique de la tumeur dont le volume deviendra suffisamment important pour s’affranchir des limitations de résolution offertes par l’imagerie et permettre une injection de l’hydrogel de chitosane. Les rats immunocompétents Fischer F344 présentent l’avantage d’avoir un système immunitaire intégralement préservé (immunocompétents) et sont une souche de référence utilisée pour le développement d’un modèle syngénique murin de GBM. De plus, les cellules F98 ont été isolées d’une tumeur chez le rat Fischer, il n’y a donc pas de risques de rejet des cellules tumorales. Des rats âgés de 6 semaines seront utilisés à un stade où leur conformation crâniale correspond à celle de l’atlas de stéréotaxie de Paxinos et Watson. George Paxinos, Keith B.J. Franklin, MA, PhD (eds). The Rat Brain in Stereotaxic Coordinates. 6th Edition. Elsevier Science Publishing Co Inc, (2007).