
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 13/01/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-547209)
160 brebis et agnelles vont être utilisées, gardées vivantes pour la production laitière à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger. De la naissance à la première lactation, elles subissent à huit reprises des prélèvements de contenu ruminal par sonde, de fèces, de sécrétions nasales, de peau, de lait et de sang. L’étude, intégrée à un programme européen, cartographie les microbiotes des ruminants laitiers pour améliorer « l’efficacité de la production » et la « durabilité des élevages ». Le porteur affirme qu’il n’existe « pas d’alternative satisfaisante » à l’étude in vivo des microbiomes.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Chez les ruminants domestiques, les micro-organismes qui vivent en communauté complexe dans leur appareil digestif jouent un rôle essentiel dans la digestion des aliments et l’utilisation des nutriments et donc un rôle majeur en matière d’efficacité alimentaire. En outre, ils protègent l’animal hôte contre les perturbations environnementales et les maladies par divers mécanismes, dont la modulation du système immunitaire. Le rôle significatif des micro-organismes dans la promotion de la santé et, par conséquent, du bien-être des ruminants a été reconnu pour différents sites corporels : la peau, la glande mammaire, le tractus digestif, reproducteur et respiratoire. Comme pour le tube digestif, d’autres parties du corps peuvent être affectées par des pathogènes microbiens spécifiques, qui ont des effets néfastes sur l’efficacité de la production, la santé et le bien-être des ruminants. Il est donc nécessaire de comprendre comment s’organise l’association entre l’hôte et ses micro-organismes. Plusieurs études indiquent que les micro-organismes associés à un site corporel peuvent avoir un effet sur les microbes et les organes distaux et donc influencer le phénotype de l’hôte. Par exemple, les micro-organismes du tube digestif comme cause des infections de la mamelle. Par conséquent, afin de comprendre les causes et les mécanismes de l’influence microbienne sur l’hôte et ses microbes, l’interconnexion et la communication entre l’animal et ses différents micro-organismes doivent être étudiées. Dans cette étude, pour décrire l’établissement des micro-organismes du tube digestif, des voies respiratoires supérieures et de la peau des agnelles de renouvellement, des prélèvements de contenu ruminal , de fèces, de contenu nasal, de la zone inguinale, de sang, et de lait seront effectués au cours de la carrière de la brebis, de sa naissance à la 1ère lactation. Les prélèvements de contenu ruminal permettront de suivre l’évolution du microbiote ruminal au cours du temps. Quant aux prises de sang elles permettront d’étudier le métabolome et de suivre le statut immunitaire des animaux. Ainsi 60 agnelles laitières seront suivies. Leurs mères seront prélevées (salive, fèces, zone inguinale et lait) une semaine après la mise-bas afin de comprendre la transmission de ces micro-organismes de la mère au nouveau-né.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet permettra de caractériser des profils de différents microbiotes (digestif, respiratoire et de la peau) d’agnelles de la naissance à la première lactation et de les mettre en lien avec des paramètres des santé et de productivité afin de mieux comprendre l’interconnexion et la communication entre l’animal et ses différents micro-organismes. Cette étude fait partie du programme H2020 « Holoruminant » qui fait intervenir d’autres sites expérimentaux en France et en Europe où les mêmes protocoles expérimentaux sont mis en place. Ces études longitudinales à haute résolution permettront de suivre la dynamique temporelle des microbiotes au cours de la vie de l’animal ce qui conduira à une compréhension mécaniste de l’interaction hôte-microbiome permettant de proposer des outils de diagnostics précoces et des solutions pour améliorer la durabilité des élevages de ruminants. Un focus sera réalisé au sevrage qui est une période délicate en élevage où la morbidité et la mortalité des agnelles sont élevées (15 à 20 %).
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Au total cent agnelles seront soumises à 4 types de prélèvements : – Un prélèvement de contenu digestif (contenu ruminal par sonde gastro-œsophagienne et contenu fécal directement au niveau de l’anus), – Un prélèvement nasal (écouvillon), – Un prélèvement sur la peau (écouvillon par frottement), – Un prélèvement de lait, – Une prise de sang à la veine jugulaire. Les prélèvements seront réalisés à une semaine d’âge, à 3 semaines d’âge, au sevrage (1 mois), à 2,5 mois d’âge, autour de 8 mois (mise à la reproduction), peu avant le premier agnelage, à 30 jours post-partum et à 60 jours post-partum. Ces prélèvements seront réalisés lors de la même contention et dureront en moyenne 5 minutes par animal.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
La contention répétée des animaux pourrait générer un stress mais celle-ci a une durée limitée et est espacée dans le temps (minimun une semaine d’intervalle entre les prélèvements). Pour les prélèvements de peau, de la bouche et de lait, il n’y a pas d’effet indésirable attendu sur les mères et les agnelles. Pour les prises de sang, si la piqûre est infructueuse (cas très rare), une deuxième tentative est réalisée de l’autre côté. Pour les fèces, le prélèvement peut présenter un inconfort pour l’animal, ainsi en prévention un massage sous la queue est effectué afin de recueillir de manière volontaire les fèces. Si ce n’est pas le cas, un écouvillon sera utilisé. Une légère irritation peut survenir. Pour le prélèvement nasal l’écouvillon peut provoquer une légère irritation.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux poursuivront leur vie de production dans la bergerie de l’établissement.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
A ce jour, il n’y a pas d’alternative satisfaisante à l’étude in vivo des microbiomes. Ces études impliquant le suivi et le prélèvement d’animaux sont essentielles pour comprendre l’installation des microbiomes de différents sites corporels et leurs interactions avec l’hôte. Le recours à l’animal ne peut être évité. Cependant, les données apportées par ce type de projets d’envergure permettent d’ouvrir la voie aux approches in silico et in vitro, ce qui pourrait autoriser à l’avenir un remplacement des prélèvements sur les animaux. Les données acquises à ce jour sur les microbiomes ne nous permettent pas encore d’appréhender la variabilité individuelle, de comprendre le lien mère-jeune ainsi que le dialogue entre l’hôte et ses différents microbiomes.
2. Réduction
Ce projet prévoit l’utilisation d’animaux dès la naissance et le nombre d’individus a été calculé en utilisant un outil statistique (https://biostatgv.sentiweb.fr/) qui tient compte de la variabilité connue entre les variables microbiologiques, zootechniques, et physiologiques des animaux. Elle considère aussi une possible réduction des effectifs due, par exemple, à des mises-bas difficiles, à des problèmes individuels de santé ainsi qu’aux critères de choix pour le renouvellement du troupeau. Le nombre total d’animaux nécessaires au projet est également basé sur des données publiées par Wallace et al., en 2019 (Science advances 5:eaav8391. http://doi.org/10.1126/sciadv.aav8391).
3. Raffinement
Tous les animaux seront hébergés sur une aire paillée. Des disques à mordiller seront suspendus. Afin de limiter le stress de contention, les prélèvements seront réalisés par du personnel qualifié à l’aide de matériel de contention adapté aux ovins et auquel les animaux sont habitués. Les prélèvements de contenu digestif (ruminal et fécal) et de sang se feront successivement lors de la même contention, afin de réduire au maximum le temps de contention de chaque animal. Une action de renforcement positif (une poignée de concentré) est réalisé après la contention. Les animaux feront l’objet d’une surveillance particulière au moment des prélèvements et après ceux-ci. Les prélèvements de lait se feront lors du contrôle laitier, sans manipulation supplémentaire de la brebis. Au moindre problème, l’animal est soigné et retiré du projet si c’est nécessaire.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Parmi les ruminants d’élevage, les ovins laitiers sont importants d’un point de vue alimentaire pour l’Homme mais aussi économique pour les éleveurs. Le recours aux ovins est donc pertinent pour cette étude. L’étude de l’implantation et du maintien des microbiotes nécessite l’utilisation d’agneaux après la naissance avec des prélèvements tout au long de leur vie et pendant les moments clés (naissance, sevrage, mise à la reproduction, mise-bas, production).