
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 25/09/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-589165)
Greffées d’une tumeur sous la peau sous anesthésie gazeuse, puis piquées jusqu’à quatorze fois par des micro-aiguilles chargées d’immunothérapie, 3 974 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré, toutes tuées pour analyse de leurs tissus. Le porteur signale une gêne au site d’implantation de la tumeur, avec difficulté à se déplacer dans la cage. L’objet est de produire les données précliniques d’un essai clinique sur le mélanome localisé de stade IIB et IIC, dont la prise en charge actuelle laisse un fort risque de rechute. Le RNT annonce des lignées « génétiquement modifiées et immunodéprimées afin de permettre la bonne prise tumorale », puis affirme que ces mêmes modèles permettront de valider les observations « dans un système immunocompétent ».
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
En 2020, 1,5 million de cancers de la peau ont été diagnostiqués dans le monde, dont environ 325 000 mélanomes. En France, on dénombre 18 000 nouveaux cas par an, avec un pic d’incidence entre autour de 50 ans, avec 2 000 décès enregistrés en 2018. Les stades localisés IIB et IIC, caractérisés par un mélanome épais et/ou ulcéré sans métastase, affichent des taux de survie à 10 ans de 82% et 75%, mais présentent un risque de rechute élevé, comparable à celui des stades IIIB avec métastases ganglionnaires. Le traitement repose sur la chirurgie, complétée par des thérapies adjuvantes. L’immunothérapie néo-adjuvante (donnée avant la chirurgie) est maintenant couramment utilisée chez les patients ayant des métastases régionales (ganglions envahis) macroscopiques car elle a démontré une efficacité supérieure aux thérapies adjuvantes (mêmes traitements mais données en post-opératoire avec un nombre de récidive significativement diminué versus les traitements adjuvants). Un essai clinique évalue actuellement l’efficacité d’une immunothérapie systémique en néo-adjuvant pour les stades IIB/IIC. Une technologie innovante et prometteuse, non encore utilisée en clinique consisterait à utiliser des micro-aiguilles pour administrer localement des anticorps bloquant les points de contrôle immunitaires, stimulant une réponse immunitaire dirigée contre les antigènes tumoraux sein des ganglions de drainage du mélanome, tout en limitant les effets indésirables systémiques. Ce projet vise à produire des données précliniques pour un essai clinique sur l’utilisation des micro-aiguilles comme traitement local pour les mélanomes de stades IIB/IIC. La recherche fondamentale (in vitro) et préclinique (modèles animaux) évaluera l’efficacité de cette stratégie sur les réponses immunitaires et biologiques. Les résultats attendus incluent une réduction de la masse tumorale, une meilleure stimulation des lymphocytes infiltrant les tumeurs et au sein des ganglions de drainage, une rétention prolongée des anticorps au site tumoral et une diminution des effets indésirables systémiques par rapport aux traitements conventionnels, administrés par voie systémique. Les modèles souris recevront une greffe sous-cutanée de cellules cancéreuses, permettant d’obtenir un modèle rapide et reproductible, avec une mesure de la croissance tumorale.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
A l’heure actuelle, les mélanomes de stades IIB/IIC sont pris en charge par la chirurgie (exérèse large) puis par un traitement adjuvant par immunothérapie et biopsie des ganglions sentinelles. Cette prise en charge entraine de nombreuses récidives à plus ou moins long terme ainsi que des effets indésirables parfois irréversibles. L’un des objectifs de ce projet serait d’ajouter une immunothérapie néo-adjuvante à la prise en charge de ce type de mélanomes localisés en identifiant dans un même temps les réponses immunitaire et biologique secondaires à l’administration par micro-aiguilles (en péri- ou intra-tumoral). Les objectifs secondaires sont multiples et impliquent la caractérisation du microenvironnement tumoral, le profil de toxicité (local et systémique) et la distribution tissulaire/ganglionnaire des administrations péri- et intra-tumorales par rapport à l’administration conventionnelle en IP chez le modèle animal. A plus long terme, ces travaux pourront servir de base à une nouvelle approche thérapeutique chez l’Homme, dans la prise en charge du mélanome localisé et améliorer ainsi leur espérance de vie.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Greffes de tumeurs en sous-cutanée sous anesthésie générale gazeuse (durée de 15 minutes, n=1). Injections directes (2 minutes) ou via les micro-aiguilles (5 minutes) de molécules d’immunothérapie (n maximal=14). Prélèvement de sang sous anesthésie générale (n=1 ou 2 pour certains animaux, durée de 10 minutes).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
La mise en place de modèles tumoraux peut induire une gêne modérée au niveau du site d’implantation de la tumeur (difficulté à se déplacer dans la cage, douleur à l’injection) ; les greffes sous-cutanées et les injections peuvent induire une douleur localisée légère de courte durée ; la contention lors des mesures des tumeurs peuvent induire du stress léger et transitoire.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront euthanasiés pour analyses sur tissus et organes post-mortem.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il n’existe pas, à ce jour, de modèle in vitro modélisant de manière suffisamment robuste pour analyser les effets de ces traitements par différentes voies d’administration ainsi que sur le devenir de molécules au sein du modèle rongeur. La variété et la complexité des cancers, ainsi que leur incidence élevée, rendant l’utilisation de modèles animaux cruciale pour comprendre comment le cancer se développe et pour améliorer les stratégies préventives, de diagnostic et thérapeutiques. L’utilisation de modèles animaux comparables par de nombreux aspects au corps humain est donc indispensable pour l’évaluation de nouvelles approches thérapeutiques. Ce projet nécessite également de travailler sur un modèle animal qui permet de maintenir les interactions immunitaires entre les différents organes.
2. Réduction
Les études préliminaires vont permettre d’identifier les toxicités ou résistances éventuelles, ce qui permettra de tester nos hypothèses dans les meilleures conditions en limitant le nombre d’animaux utilisés. Les techniques d’imagerie utilisée dans ce projet vont permettre un suivi longitudinal sur le même individu, sans passer par l’autopsie de l’animal et permettant donc une réduction du nombre d’animaux utilisé. Pour les procédures expérimentales, le nombre d’animaux utilisés par groupe a été défini comme le nombre minimum nécessaire pour mettre en évidence une différence significative sur les paramètres étudiés. Le nombre d’animaux à utiliser dans chaque procédure dépendra des résultats d’expériences précédentes sur les mêmes immunothérapies.
3. Raffinement
Les animaux seront surveillés tous les jours. Les injections de cellules tumorales se feront sous anesthésie générale tandis que les injections d’immunothérapie se feront à l’aide d’un anesthésique locaLes souris seront également surveillées quotidiennement afin de déceler le plus précocement possible l’apparition de problèmes de santé. Trois fois par semaine, les animaux seront pesés et les tumeurs mesurées. Des points limites stricts et suffisamment précoces seront appliqués. Les souris à euthanasier seront placées dans une salle isolée du reste des souris et les manipulations post-euthanasie seront réalisées dans une troisième pièce. Les souris sont hébergées en groupes sociaux pour respecter leur caractère grégaire et réduire leur angoisse.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Bien que pertinentes, nos approches in-vitro, à savoir les cellules en cultures, sont le fruit d’un système « isolé ». Ils ne sont, de ce fait, pas extrapolables à la réalité de la clinique et nécessitent pour cela d’être confirmés in-vivo sur le modèle animal le plus adapté. En effet, il est nécessaire de vérifier cet effet dans un organisme entier incluant les interactions avec le microenvironnement tumoral et le devenir des molécules à l’intérieur d’un organisme vivant. La souris représente l’animal classiquement décrit dans la littérature, pour ce type d’expérimentation. Nous utiliserons des lignées génétiquement modifiées et immunodéprimées afin de permettre la bonne prise tumorale. L’utilisation de ces modèles nous permettra de valider nos observations dans un système immunocompétent, ce qui est essentiel pour envisager un développement chez l’Homme par la suite. Comme ce qui est classiquement décrit dans la littérature pour ce type d’expérimentations, les animaux utilisés seront âgés de 8 à 12 semaines, âge auquel apparait cette maladie.