
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 01/07/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-594082)
Irradiées éveillées pendant cinq minutes, puis injectées dans la veine de la queue avec des cellules leucémiques, 410 souris subissent ensuite une prise de sang à la joue chaque semaine pendant un mois et, si la maladie ne se voit pas dans le sang, une ponction d’aiguille dans le fémur. Certaines reçoivent en plus une à deux injections dans le ventre par jour pendant cinq jours. Ces procédures sont déclarées d’un niveau de souffrance modéré, alors que le développement attendu de la leucémie comprend un amaigrissement, une paralysie des membres postérieurs empêchant l’animal de se déplacer et de s’alimenter, une prostration, une déshydratation et une hypothermie. Toutes les souris sont tuées à la fin pour prélever leur moelle osseuse et leur rate, où logent les cellules leucémiques.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les leucémies aiguës myéloïdes (LAM) à core-binding factor (CBF) sont un type particulier de cancer du sang qui est difficile à soigner. Des chercheurs ont remarqué que la façon dont les cellules cancéreuses s’organisent entre elles pourrait avoir un lien avec la façon dont les patients réagissent aux traitements. Mais on ne comprend pas encore très bien ce lien. Peut-être que cette organisation aide certaines cellules à résister aux médicaments, ou bien qu’elle montre juste qu’un autre problème plus profond est à l’origine de cette résistance. Dans notre laboratoire, on utilise des souris particulières pour essayer de mieux comprendre ce qui se passe. On veut vérifier si les changements dans les gènes des cellules cancéreuses sont bien responsables de la manière dont les cellules s’organisent entre elles et si cela les rend plus résistantes à la chimiothérapie (un traitement contre le cancer).
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les résultats de notre étude vont nous aider à confirmer s’il y a bien un lien entre l’état des cellules cancéreuses et la façon dont elles s’organisent dans ce type de leucémie. Plus largement, cela nous aidera à mieux comprendre comment le cancer se forme et pourquoi il peut résister aux traitements.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les souris, qui ne sont pas endormis au début, seront d’abord exposées à de faibles radiations pendant 5 minutes. Cela permet aux cellules cancéreuses qu’on leur injecte dans la veine de la queue de s’installer dans leur moelle osseuse. L’injection dure moins de 20 secondes. Ensuite, on leur prélèvera un peu de sang, au maximum une fois par semaine, en piquant une petite veine de la joue. Chaque prise de sang dure moins d’une minute et sera faite toutes les semaines, pendant 4 semaines. Cela nous permet de de voir si la maladie progresse et de récupérer du matériel pour faire des analyses plus tard. Si on ne trouve pas de cellules cancéreuses dans le sang, on ira en chercher dans l’os de la cuisse (le fémur) avec une petite aiguille. Pour cela, la souris sera endormie et ne ressentira pas de douleur. Cette opération dure moins de 5 minutes. Quand on est sûr que les cellules cancéreuses se développent, certaines souris recevront un traitement tous les jours pendant 5 jours. On leur fera une injection dans le ventre. Si on teste plusieurs médicaments en même temps, il peut y avoir deux injections par jour.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les animaux traités avec les différentes molécules, greffés avec des cellules leucémiques ou prélevés en vue d’examens biologiques pourraient être confrontés à des effets indésirables (stress et/ou perte de poids). La greffe de cellules leucémiques va, comme attendu, permettre le développement de la maladie et donc entrainer au bout de quelques semaines un amaigrissement, une paralysie des membres postérieurs empêchant l’animal de se déplacer et de s’alimenter, une perte d’activité, une prostration, une déshydratation et/ou une hypothermie. De manière plus exceptionnelle, en cas d’introduction d’une aiguille dans la moelle osseuse pour récupérer de la moelle osseuse, les animaux peuvent ressentir une gêne temporaire au niveau de la mobilité. Très rarement, il peut y avoir également apparition d’amas de cellules cancéreuses forment une masse, dans diverses localisations (organes, tête).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront euthanasiés en fin de procédure pour prélever la moelle osseuse et la rate, deux organes où se localisent les cellules leucémiques. Cela permettra d’étudier finement leurs caractéristiques.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Bien que certains modèles cellulaires in vitro permettent d’obtenir un premier niveau de caractérisation de réponse aux traitements, ils ne sont pas suffisants car ils ne permettent pas de résumer toutes les conditions de développement de la leucémie observée chez l’homme. Afin d’appliquer nos résultats au stade clinique chez l’homme, il est indispensable d’avoir des preuves d’efficacité dans des modèles de souris.
2. Réduction
Le nombre minimum de souris nécessaires par groupe a été établit grâce aux études antérieures du laboratoire et à l’utilisation de tests statistiques appropriés. Nous utiliserons un groupe contrôle pour différentes expériences.
3. Raffinement
En vue de réduire le stress subit par les animaux, le confort à l’intérieur des cages sera optimisé par des buchettes en bois que les souris aiment ronger, des tunnels en carton où elles trouvent refuge et des nids en papier. Les animaux seront observés tous les jours en faisant particulièrement attention aux symptômes et changements de comportement. Les protocoles seront étudiés afin de limiter au maximum le stress ainsi que la douleur subie par l’animal, en optimisant le mode et le volume d’injection et la durée de traitement. Les animaux seront anesthésiés et une analgésie sera effectuée lors des prélèvements de moelle osseuse car il y a un risque plus important de gêne ou de douleur liée à cette procédure. De plus, les études antérieures ont permis d’identifier les points limites qui, seuls ou cumulés, vont nécessiter une intervention de l’expérimentateur afin de soulager l’animal. Une décision rapide sera prise pour éviter toute souffrance animale excessive. En effet, si une douleur est constatée un antalgique sera administré à l’animal. Si un antalgique ne peut être administré et/ou n’est pas suffisant à calmer la souffrance de l’animal, une euthanasie de l’animal sera réalisée.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le modèle murin utilisé dans ce projet est déjà validé pour l’étude des mécanismes impliqués dans la leucémie aigüe myéloïde. Ce modèle présente une forte transposabilité aux données humaines en raison de la conservation des voies moléculaires clés entre la souris et l’homme. Son utilisation se justifie également par la robustesse des résultats préliminaires obtenus in vitro, qui nécessitent désormais une validation fonctionnelle in vivo dans un système pertinent et contrôlé. Ces modèles préalablement décrits utilisent des souris adultes âgées de 6 à 8 semaines, âge pour lequel la prise de greffe des cellules cancéreuses est optimal.