
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 20/01/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-703230)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’hémophilie est une maladie hémorragique héréditaire rare liée à déficit en facteur VIII (FVIII) de la coagulation pour l’hémophilie A et le facteur IX (FIX) pour l’hémophilie B. La sévérité de l’hémophilie est définie par les taux de FVIII ou FIX plasmatiques. La forme sévère, où le taux du FVIII ou FIX est indétectable dans le sang, est caractérisée par des saignements spontanés surtout au niveau articulaire. Les saignements articulaires répétés, peuvent conduire à une atteinte articulaire handicapante appelée arthropathie hémophilique. Il s’agit d’une complication grave, de la maladie. La présence anormale du sang dans la cavité articulaire conduit à une inflammation et à terme à la destruction progressive de l’articulation. L’arthropathie hémophilique partage certaines caractéristiques avec d’autres maladies articulaires telles que la polyarthrite rhumatoïde. Comme dans le stade précoce de l’arthropathie hémophilique, chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde, il existe une inflammation articulaire. Le pilier du traitement de l’hémophilie est la substitution du facteur de coagulation manquant, afin de prévenir les saignements récurrents responsables de l’arthropathie. Cependant, aucun traitement actuellement disponible ne cible spécifiquement l’inflammation articulaire, pour la faire régresser afin de bloquer la progression de l’arthropathie hémophilique, alors que les anticorps anti-TNF alpha et anti-IL6 largement utilisés dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde entant que médicament de première intention pourrait être potentiellement efficace. Il s’agit de médicaments visant à contrôler l’inflammation. Il a été montré que les anti-TNF alpha étaient efficaces chez 60 à 70 % des patients avec polyarthrite rhumatoïde et les anti-IL6 ont montré une efficacité chez 55% des patients avec la polyarthrite rhumatoïde qui ont eu une rémission. Nous avons fait l’hypothèse que le ces anticorps pourrait réduire l’inflammation de la synovite comme traitement curatif chez les hémophiles et empêcher l’évolution de cette arthropathie handicapante, comme il fait dans la polyarthrite rhumatoïde. L’objectif de ce projet est d’évaluer l’efficacité curative des anticorps anti-TNF alpha et anti-IL6 pour traiter la synovite de l’arthropathie hémophilique et de bloquer ainsi l’évolution de l’atteinte articulaire chez les souris hémophiles B
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La comparaison entre le traitement habituel par concentré de facteur de coagulation et les anticorps anti-TNF alpha et anti-IL6, va permettre d’évaluer l’efficacité potentielle de ces médicaments dans le contexte d’arthropathie hémophilique, médicament couramment utilisée dans la polyarthrite rhumatoïde dont les dégâts articulaires sont similaires à ceux causés par l’hémophilie. Si les résultats de l’étude montrent une efficacité suffisante de ces anticorps dans l’arthropathie hémophilique, une étude clinique pourra alors être proposée pour évaluer l’efficacité de ces anticorps chez des patients hémophiles.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les souris seront séparées en 3 groupes : Groupe 1 : recevant un traitement par FIX pour traiter et prévenir les saignements tel qu’il est recommandé actuellement pour les patients hémophiles sévères Groupe 2 : recevant un traitement par FIX en association avec l’anticorps anti-TNF alpha avec l’objectif de contrôler voire faire régresser l’inflammation articulaire Groupe 3 : recevant un traitement par FIX en association avec l’anticorps anti-IL6 avec l’objectif de contrôler voire faire régresser l’inflammation articulaire Nous induirons un saignement articulaire responsable d’arthropathie chez des souris hémophiles B par ponction articulaire, réalisée sous anesthésie générale et médicament anti-douleur, selon la technique déjà publiée par notre groupe. Une mesure quotidienne du diamètre des genoux, sur 15 jours, étudiera la variation du diamètre qui sera exprimée en pourcentage par rapport à la valeur avant ponction. Le 15ème, une 2eme ponction sera réalisée sur le même genou (droit) afin de mimer des saignements articulaires à répétition qui caractérisent la maladie, le genou contrôle ne subira aucune ponction articulaire. Un traitement par FIX à demi-vie allongée tous les 4 jours sera administré chez toutes les souris et sera poursuivi pendant 15 jours. Les souris du groupe 2 et 3 recevront pendant 15 jours un traitement combiné associant l’anticorps anti-TNF alpha ou anti-IL6 2 fois/semaine le même jour que la prophylaxie par FIX afin de limiter le risque d’hématome post-injection. Ensuite, un prélèvement sanguin sera réalisé pour la mesure des marqueurs inflammatoires (IL6 et TNF alpha). Tous les actes qui peuvent engendrer une douleur ou un stress sont effectués sous anesthésie générale et administration d’un médicament anti-douleur. Les souris bénéficieront d’un enrichissement adapté améliorant leur bien-être et compte tenu des douleurs du genou, les conditions d’alimentation seront adaptées afin de leur éviter le redressement sur des pattes arrières avec nourriture et eau gélifiée au sol. Les souris seront mises à mort et les pattes arrière seront disséquées pour l’étude histologique à la recherche d’une inflammation articulaire. Les animaux seront soumis, sous anesthésie générale, à 1. deux ponctions articulaires : 2-3 min 2. Un prélèvement sanguin : 1 min 3. La mesure du genou siège d’arthropathie : 30 sec 4. des injections: groupe 1 : 2 min, groupe 2 et 3 : 3-7 min 5. Un prélèvement sanguin de 1mL et mise à mort : 3-5 min
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Au cours du projet, tous les gestes sont réalisés sous anesthésie à l’isoflurane. • Après le réveil suite à l’induction de l’arthropathie et de l’injection, l’expérience de notre groupe ne nous fait attendre aucune douleur. Une possible gêne locomotrice peut être attendue, en cas d’apparition, de l’eau et de la nourriture seront mis à disposition dans la cage, au sol, pour éviter la station debout aux souris et le redressement sur les pattes arrière pour chercher leur nourriture. Les anticorps anti-TNF alpha et anti-IL6 peuvent augmenter le risque d’infection. Les règles d’asepsie seront attentivement appliquées afin de réduire ce risque (tonte, désinfection cutanée avant ponctions, essuyage par compresse stérile, gants stériles) et surveillance clinique quotidienne.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
La mise à mort est justifiée par la nécessité de prélèvement de 1mL de sang total, non compatible avec le maintien en vie de l’animal
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
La nécessité d’un modèle animal est justifiée par le besoin d’un modèle vivant, dynamique et doté d’un système vasculaire et locomoteur pour cette étude sur les dégâts articulaires handicapants induits par l’hémophilie et son traitement. La mise au point des techniques in vitro est réalisée au maximum avant l’utilisation des souris ce qui nous permet de conserver le modèle de souris hémophile, modèle éprouvé et fiable pour notre étude.
2. Réduction
En accord avec l’expérience acquise par le groupe, le nombre d’animaux utilisé dans ce projet est réduit à son minimum sans compromettre la validité statistique des résultats. De plus, les tests développés au laboratoire nous permettent d’effectuer un maximum de mesures et d’études sur le même animal. Les mesures biologiques réalisées sur une souris vivante sont corrélées aux mesures histologiques de cette même souris et chaque souris constitue son propre contrôle pour l‘étude de l’articulation du genou droit.
3. Raffinement
Application des points limites strcits et spécifiques du projet pour préserver le bien-être de l’animal avec en outre l’utilisation de l’analgésie et de l’anesthésie. Quand cela est possible, les souris sont maintenues en groupe par fratrie avec l’utilisation de biberon à longues tiges, de l’eau gélifiée et de la nourriture dans la cage en cas de problèmes locomoteurs. Tous gestes traumatiques ou stressants seront réalisés sous anesthésie et analgésie.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris représente la seule espèce animale, après le chien hémophile, à permettre la mesure de l’activité des médicaments de l’hémophilie et d’étudier la destruction articulaire induite par la maladie. Il est important de préciser que la souris hémophile, paradoxalement à la forme humaine de cette maladie, n’est pas victime de saignement spontané et les saignements sont provoqués que par des traumatismes. Pour cette étude, nous allons utiliser des souris matures. Il est important de travailler avec des jeunes adultes dont la croissance est finie. Les souris très jeunes sont à éviter car leur croissance articulaire n’est pas encore terminée et les souris très âgées sont également à éviter en raison de la modification possible de la coagulation avec l’âge et par conséquent la tendance hémorragique.