Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Tuées à l’issue pour des analyses post-mortem, 352 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Elles appartiennent à une lignée mise au point par une autre équipe pour reproduire certains aspects de la maladie de Crohn, et reçoivent par voie orale une bactérie intestinale cinq fois par semaine pendant trois mois, plus une injection et un prélèvement de sang. Le porteur indique que ces administrations répétées peuvent causer une douleur modérée, une gêne ou une irritation courant sur les trois mois, et une perte de poids passagère. Sur le remplacement, il décrit des organoïdes intestinaux « intéressants et prometteurs » qui ne permettent pas d’observer « l’impact du reste de l’organisme », et conclut au « besoin de travailler sur l’animal ».

NTS-FR-705952v1
Types de recherche
· Recherche fondamentale · Système gastrointestinal ·
Mots-clés
Physiologie et physiopathologie intestinales, Microbiote intestinal, Maladie de Crohn, Akkermansia municiphila
Souris : 352

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

L’objectif principal de ce projet est d’étudier l’impact d’une bactérie habituellement présente dans l’intestin, appelée Akkermansia muciniphila (ou AKK), sur l’inflammation intestinale qui caractérise la maladie de Crohn. AKK est connue pour avoir des effets bénéfiques pour l’organisme et est considérée un probiotique prometteur, son abondance est fortement diminuée lors de la maladie. Dans un 1er objectif, nous administrerons cette bactérie AKK à des souris présentant des symptômes de la maladie de Crohn et analyserons les effets sur l’immunité et l’inflammation intestinales. Dans un 2ème objectif, nous nous intéresserons aux interactions entre la bactérie AKK et certaines cellules de la membrane intestinale. Cette membrane est une barrière essentielle pour notre organisme qui permet l’absorption des nutriments et de l’eau, et assure une protection contre les agents pathogènes. De plus, certaines cellules qui la constituent jouent un rôle dans l’inflammation présente dans la maladie de Crohn. Ces deux objectifs nous permettront de mieux comprendre comment la maladie de Crohn se développe et les mécanismes mis en jeu. Ces mécanismes restent encore peu connus mais impliquent une mauvaise régulation de l’équilibre entre le malade et son microbiote intestinal.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Les bénéfices de ce projet en santé humaine seront à court terme une meilleure connaissance des effets de la bactérie AKK sur l’intestin, l’identification de ses bienfaits dans des conditions où l’intestin est très inflammé, et la compréhension de ses interactions avec l’organisme. Ces bénéfices pourront s’appliquer à large échelle puisque le nombre de patients atteints de maladie inflammatoire de l’intestin comme la maladie de Crohn ne cesse d’augmenter dans le monde et aucun traitement efficace n’existe à ce jour. A moyen terme, ce projet permettra de proposer de nouvelles approches thérapeutiques pour la prise en charge de cette maladie.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Chaque animal sera soumis aux gestes suivants : – Administration orale (5 fois/semaine pendant 3 mois, 3 minutes par geste) – 1 injection (1 fois, 3 minutes) – Prélèvement de sang (1 fois, 5 minutes)

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

L’administration des antibiotiques peut conduire à un inconfort intestinal. L’injection pourra entraîner une douleur et un stress légers de courte durée. Les administrations orales pourront entraîner un stress de manipulation, une douleur modérée et une gêne ou irritation courant sur les trois mois de durée du projet. Une perte de poids passagère peut se produire.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Tous les animaux seront mis à mort pour des analyses post-mortem.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Il existe des modèles intéressants et prometteurs en 3 dimensions (que l’on appelle organoïdes intestinaux) qui reproduisent les structures de la membrane de l’intestin, qui constitue une barrière cruciale entre l’environnement et le corps, et qui permettent d’étudier les interactions entre l’intestin d’un hôte et sa flore bactérienne. A ce jour, ces modèles peuvent donner des informations préliminaires mais ils ne permettent pas d’observer l’impact du reste de l’organisme : la circulation sanguine, le système immunitaire, les autres organes de la digestion. Or ces différents éléments jouent un rôle très important dans la physiologie de l’organisme mais aussi dans les maladies, et ne peuvent être reproduites totalement in vitro pour le moment. Nous avons donc besoin de travailler sur l’animal pour mieux comprendre les mécanismes responsables du développement des pathologies intestinales et les causes à l’échelle de l’organisme entier.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Les effectifs ont été estimés à l’aide d’un test statistique pour obtenir un nombre minimum d’individus tout en permettant d’obtenir des résultats statistiques significatifs. Afin de limiter le nombre d’animaux, les prélèvements de tissus seront utilisés dans différents types d’expériences prévues pour ce projet.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Les animaux feront l’objet d’une surveillance régulière par les expérimentateurs et/ou le personnel qualifié de l’animalerie. Afin de réduire au maximum la douleur et l’angoisse que certaines procédures pourraient engendrer chez les animaux, des étapes d’entraînement des animaux ont été prévues, une surveillance accrue sera mise en place, des protocoles d’anesthésie et analgésie ont été définis. Pour traiter les impacts indésirables, une surveillance intensive sera réalisée, des points limites précoces ont été spécifiés, un suivi de poids quotidien et la mise en place d’une grille d’évaluation de l’animal seront réalisés et un régime alimentaire adapté sera fourni. Des critères d’arrêt de souffrance ont été définis.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

La souris est un excellent modèle pour notre projet, puisque disposant d’un système digestif et immunitaire présentant de nombreuses similitudes avec l’homme. Afin de tester la capacité de la bactérie AKK présente dans le microbiote intestinal à réduire ou prévenir l’inflammation intestinale (son abondance est fortement réduite chez les patients atteints de la maladie de Crohn qui développent une inflammation chronique de l’intestin), nous utiliserons un modèle préalablement développé dans cette espèce par une autre équipe récapitulant certains aspects de la pathologie humaine. De plus, nous combinerons ce modèle avec un autre modèle de souris afin d’analyser les communications entre cette bactérie et les cellules de la membrane de l’intestin et de mieux comprendre les mécanismes mis en jeu. Nos travaux précédents ont montré que l’inflammation modérée dans le modèle de prédisposition génétique à la maladie de Crohn que nous utilisons se produit à l’âge adulte, progressivement, entre 3 et 6 mois. Dans le but de tester si la bactérie peut prévenir le développement de cette inflammation, des animaux âgés de 3 à 6 mois seront utilisés. De plus, les expériences visant à tester si l’exposition à la bactérie peut améliorer l’inflammation lorsque qu’elle est présente, des animaux âgés de 6 à 9 mois seront utilisés. Nous utiliserons les animaux des 2 sexes pour ce projet.