
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2022-10-21 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-752028)
2 560 oiseaux, 640 poulets, 640 dindes et 1 280 autres oiseaux, vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Ils sont inoculés avec des coronavirus aviaires puis soumis à des écouvillonnages oraux, cloacaux et trachéaux répétés, à des prises de sang et à la récolte de liquide lacrymal jusqu’en fin d’expérimentation. Le porteur indique que l’infection peut provoquer diarrhées, prostration et amaigrissement, et précise que le recours aux antidouleurs « n’est pas envisageable » car il interférerait avec l’infection virale. Il présente ces données comme « indispensables » à une meilleure gestion sanitaire des élevages.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
L’objectif global de ce projet est de mieux caractériser les différents coronavirus aviaires circulants au sein des espèces principales de volailles d’élevage. Plus précisément, il s’agira d’étudier i) le pouvoir pathogène et infectieux de souches isolées de coronavirus aviaires (virus de la bronchite infectieuse, coronavirus de la dinde, coronavirus de la pintade, coronavirus du canard) sur l’espèce à partir de laquelle le prélèvement d’origine a été obtenu, et ii) la capacité de franchissement de la barrière d’espèces de ces coronavirus aviaires sur diverses espèces d’oiseaux d’élevage.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Les bénéfices attendus sont une caractérisation fine in vivo pour une meilleure compréhension du comportement des souches de coronavirus aviaires inoculées chez l’hôte cible et chez des hôtes voisins afin d’étudier la capacité de ces souches à infecter d’autres espèces aviaires et de pouvoir apporter des éléments indispensables à une meilleure gestion des mesures sanitaires et à un meilleur contrôle de la diffusion de ces agents dans les élevages.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Les animaux seront soumis aux interventions suivantes : – Contention : sur tous les animaux, dès qu’une observation rapprochée des signes cliniques ou dès qu’un prélèvement s’avèrent nécessaires (environ 5 min par animal, dépendra du nombre de prélèvements à réaliser au moment de la contention) – Inoculation : sur tous les animaux, a lieu une seule fois en début d’expérimentation (1 min par animal) – Ecouvillonnages oraux et de l’orifice des voies génitales et urinaires : sur tous les animaux, quotidiens jusque 14 jours post-inoculation puis bi-hebdomadaire jusqu’en fin d’expérimentation (2 min par animal) – Ecouvillonnages trachéaux : sur tous les animaux, fréquence bihebdomadaire jusqu’en fin d’expérimentation (1 min par animal) – Récolte du liquide lacrymal : sur tous les animaux, fréquence bi-hebdomadaire jusque 14 jours post-inoculation puis hebdomadaire jusqu’en fin d’expérimentation (2 min par animal) – Prises de sang : sur tous les animaux, fréquence bi-hebdomadaire jusque 14 jours post-inoculation puis hebdomadaire jusqu’en fin d’expérimentation (1 min par animal) – Mise à mort pour récolte d’organes : sur 3 sujets avec une fréquence hebdomadaire sur 5 semaines flexibles durant l’expérimentation, et sur les animaux restants en fin d’expérimentation
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Les signes cliniques attendus varient selon les virus inoculés. Cela peut être des râles et des éternuements pour le virus de la bronchite infectieuse, et des diarrhées, de la prostration, une diminution de la motilité et/ou un amaigrissement pour le coronavirus de la dinde, le coronavirus de la pintade et le coronavirus du canard. Outres les signes cliniques attendus suite à l’inoculation du virus, d’autres nuisances pour l’animal sont attendues : irritation passagère des tissus oro-pharyngés, trachéaux, cloacaux et oculaires suite aux écouvillonnages et à la collecte du liquide lacrymal, stress passager lors de la contention, léger hématome suite aux prises de sang, potentielles blessures contre les grillages des parcs d’hébergement.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
En fin de procédure, tous les animaux restants seront concernés par la mise à mort pour empêcher toute possibilité de répandre dans l’environnement les agents infectieux utilisés dans ces conditions expérimentales.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Le recours à l’expérimentation animale n’a lieu que lorsque cela s’avère strictement nécessaire. Même si certains types cellulaires ou des systèmes in ovo existent pour la réplication des coronavirus aviaires, ces modèles ne sont pas applicables concernant la connaissance des maladies provoquées par ces virus chez l’animal et l’étude du tropisme d’hôte.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
La stratégie pour réduire au minimum le nombre d’animaux est basée sur deux éléments indissociables : l’expérience et les statistiques. Concernant l’expérience, le laboratoire peut s’appuyer sur son expertise dans le domaine en se basant sur de précédentes études utilisant le même type de données générées afin de travailler sur un effectif minimum d’animaux. Pour ce projet, compter par exemple sur 10 animaux en fin d’expérimentation devrait permettre d’avoir suffisamment de relevés du poids vif des animaux et de relevés du poids des organes récoltés post-mortem pour rendre les analyses robustes. Ces analyses se basent sur des tests statistiques où les analyses de variances (qui permettent de déterminer si tel ou tel paramètre étudié est statistiquement différent d’une condition expérimentale à une autre) qui seront réalisées nécessitent un effectif minimal pour permettre l’obtention de résultats fiables.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Le recours aux antidouleurs n’étant pas envisageable à cause de l’interférence générée avec l’infection virale, la stratégie appliquée pour réduire la douleur, la souffrance et l’angoisse en cours d’expérimentation est la surveillance quotidienne des animaux, la définition de points limites conduisant à une mise à mort compassionnelle en cas d’atteinte, et la réalisation de prélèvements les moins invasifs possible et uniquement lorsque cela permet de répondre aux objectifs du projet. Pour limiter le stress des animaux, toutes les procédures sont faites individuellement sans que le reste des animaux puisse voir l’intervention.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Les espèces d’oiseau choisies sont soit l’espèce cible de l’agent viral étudié, soit une autre espèce qui pourrait être sensible à cet agent. Animaux de 1 jour à 30 semaines d’âge, selon la classe d’âge cible de l’agent viral utilisé.