Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

256 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère, une partie étant menée sous anesthésie sans réveil. Elles sont soumises à un exercice forcé sur tapis, à un test de sensibilité à la chaleur ou à l’anesthésique, avec mesures de température rectale sur animal vigile, pour déclencher des crises d’hyperthermie d’effort. Le porteur indique que ces crises provoquent des mouvements spasmodiques et des difficultés respiratoires, et que des stimulations sont appliquées pour maintenir la course, les animaux étant tués rapidement une fois la crise déclenchée. Il affirme que les causes de cette pathologie « ne peuvent être étudiées qu’in vivo » et vise un dépistage génétique chez les sportifs et les militaires.

NTS-FR-770271v1
Types de recherche
· Recherche appliquée · Troubles musculosquelettiques ·
Mots-clés
Modèle d'hyperthermie d'effort, mutation génétique, effort physique
Souris : 256

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Le coup de chaleur d’exercice ou hyperthermie d’effort est une maladie mortelle qui survient chez des sujets jeunes au cours d’une activité physique prolongée et intense. Il se caractérise par une élévation de la température corporelle (supérieure à 43 degrés celsius), un état neurologique allant de la confusion au coma, une contracture musculaire généralisée. Le décès des patients intervient si aucune prise en charge n’est réalisée en raison d’une défaillance multi-viscérale à la suite d’un emballement métabolique. Les patients sont cependant indemnes de tout symptôme en dehors de la crise. L’incidence des crises d’hyperthermie d’effort a longtemps été difficile à estimer, les populations à risque étant très spécifiques (militaires en situation de marche commando ou sportifs), bien que leurs conséquences puissent être fatales. L’augmentation des épreuves sportives de haute intensité pour des amateurs (marathons, ultra-trails…) a conduit à une augmentation des survenues de crises (jusqu’à 1 sur 1000 coureurs de marathon). La physiopathologie de l’hyperthermie d’effort est à ce jour très mal connue. Un projet de recherche antérieur a été réalisé sur les prédispositions génétiques à l’hyperthemie d’effort en étudiant une cohorte de soldats ayant fait un épisode d’hyperthermie d’effort lors d’exercices de marche commando. A l’issue d’une analyse génétique de 15 patients, quatre mutations ont été trouvées sur un même gène, chez quatre patients non apparentés, faisant ainsi de ce gène une cause génétique majeure de cette pathologie. Le but de ce projet est l’étude d’un modèle de souris portant une des mutations retrouvées chez les patients afin de valider l’implication de mutations de ce gène dans l’hyperthermie d’effort. Ce modèle de souris permettra également l’étude des mécanismes physiopathologiques de la maladie. Au final ce modèle permettra une meilleure détection et prise en charge des patients susceptibles d’être sujets à une crise d’hyperthemie d’effort.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

A court terme, ce projet permettra de valider l’implication d’un nouveau gène dans l’hyperthermie d’effort et ainsi permettra d’avoir un moyen diagnostic par criblage génétique chez les athlètes, les militaires et de manière générale les populations d’actifs afin d’identifier les personnes ayant une prédisposition à développer des crises d’hyperthermie d’effort. Ce dépistage en amont permettrait d’éviter la survenue d’accident létal au cours d’un exercice intense. Enfin il permettra d’identifier les mécanismes physiopathologiques de cette maladie, ce qui ouvrira à plus long terme sur le développement d’approches thérapeutiques ou préventives.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Les souris sont exposées à une seule des interventions suivantes : un exercice physique (durée 1 heure maximum), un test de sensibilité à l’anesthésique (durée une heure maximum), un test de sensibilité à la chaleur (durée 30 minutes maximum). Tous les animaux auront une à deux mesures de température rectale (durée de moins de 30 secondes).

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

Des nuisances apparaissent lorsque les souris sont soumises à un exercice physique intense et prolongé, à une anesthésie, ou à une exposition prolongée à une température élevée, produisant l’apparition de crises d’hyperthermie. Ces nuisances sont de l’ordre du stress et de l’inconfort pendant la crise se manifestant par des mouvements altérés et spasmodiques et des difficultés respiratoires. Des nuisances telles de l’inconfort seront également présentes durant l’expérimentation car les souris seront soumises à des stimulations pour maintenir leur course sur le tapis. Un troisième inconfort est présent lors de la prise de température rectales sur les souris vigiles.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Pour limiter la souffrance animale, les animaux seront mis à mort rapidement à l’issue du déclenchement de la crise d’hyperthermie. Par ailleurs, tous les animaux seront mis à mort à la fin des procédures afin de préléver les tissus pour les analyses moléculaires et la compréhension des mécanismes physiopathologiques. Il sera en effet nécessaire de préléver les tissus des animaux controles également afin de servir de controle pour les études moléculaires et d’identifier des marqueurs qui sont modifiés chez les animaux modèles mais pas chez les animaux controles.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

L’objectif de ce projet est l’étude d’un modèle souris portant une des mutations retrouvées chez les patients ayant fait une crise d’hyperthermie d’effort. Cette mutation a été choisie sur les bases de données de la littérature, ainsi que d’analyses fonctionnelles sur système in-vitro (cellules) permettant de suggérer sa pathogénicité. Cependant les causes et conséquences physiologiques des crises d’hyperthemie d’effort ne peuvent être étudiées qu’in vivo sur un modèle animal.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Le nombre d’animaux par groupes et le nombre de répétitions des expériences sont réduites au maximum tout en optimisant l’interprétation statistique des résultats. Pour réduire le nombre d’animaux nécessaires, les études ne seront réalisées dans un première temps que sur des animaux porteurs d’une seule copie de la mutation, ce qui correspond exactement à la situation humaine, et sur un seul sexe. Si le phénotype n’est pas détectable, alors des animaux porteurs de deux copies du gène muté seront utilisés. Les femelles seront étudiées uniquement dans un second temps, en adaptant le nombre d’animaux selon les résultats obtenus sur les mâles.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Dans le but de réduire l’angoisse des animaux, des enrichissements seront placés dans les cages, ces dernières auront une taille adaptée au nombre d’animaux et seront régulièrement entretenues. Les animaux seront hébergés dans une pièce en conditions contrôlées. Les animaux seront manipulés de façon à limiter le stress. Les mesures de température effectuées par sonde rectale seront réalisées par des personnes compétentes afin de n’induire aucune douleur spécifique. Des point limites adaptés ont été mis en place afin de limiter la douleur éventuelle lié à notre projet.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

Les techniques actuelles permettent facilement de reproduire les mutations à l’origine de maladie humaine sur un modèle murin. D’autre part, ce modèle est celui dont la physiologie se prête le mieux à l’exploration d’une pathologie déclenchée par l’exercice, en particulier par la proximité de ses structures musculaires et de son métabolisme avec l’humain. Les souris seront utilisées à partir de 2 mois en accord avec les études déjà réalisées dans la littérature sur des souris controles.