
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 10/06/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-859341)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Après une mastectomie, la reconstruction mammaire est souvent réalisée à l’aide d’un lambeau de peau et de graisse prélevé sur le ventre : c’est la technique du lambeau libre de DIEP (Deep Inferior Epigastric Perforator) . Cette méthode, devenue la référence, donne de bons résultats esthétiques tout en limitant les séquelles au niveau du ventre. Cependant, un problème persiste : la perte de sensibilité du sein reconstruit, qui peut gêner les patientes dans leur vie quotidienne, affecter leur image corporelle, leur confort ou leur intimité. Pour tenter d’améliorer cette sensibilité, une technique appelée « neurotisation » a été proposée. Elle consiste à reconnecter les nerfs entre la peau du thorax et le lambeau. Mais cette opération est longue, délicate et n’a pas encore fait la preuve claire de son efficacité. Elle n’est donc pas réalisée en routine. À l’inverse, plusieurs observations montrent que des sensations peuvent revenir, même sans intervention sur les nerfs. On pense que cela est dû à une « repousse spontanée » des nerfs. Mais ce phénomène reste mal compris, et peu d’études ont cherché à l’expliquer ou à l’améliorer. Notre hypothèse est que cette repousse nerveuse naturelle pourrait être une bonne alternative à la neurotisation, si on apprend à mieux la comprendre et à la stimuler. L’objectif principal de notre projet est donc d’identifier des moyens thérapeutiques permettant de stimuler cette réinnervation naturelle dans un modèle animal de lambeaux. Cela permettrait également d’étudier la repousse spontanée des nerfs et de comprendre comment elle fonctionne. Trois moyens thérapeutiques seront testés : • Le tissu adipeux (graisse), riche en cellules qui libèrent des substances aidant à la régénération nerveuse. • Le plasma riche en plaquettes (PRP), utilisé depuis longtemps pour favoriser la cicatrisation, et qui semble aussi utile pour les nerfs. • La curcumine, un extrait naturel aux propriétés anti-inflammatoires et neuroprotectrices, déjà prometteur dans d’autres maladies des nerfs. Ce projet pourrait permettre de proposer à l’avenir une méthode plus simple, naturelle et sûre que la neurotisation pour améliorer la sensibilité après reconstruction mammaire.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet de recherche chez l’animal permettra deux avancées importantes : 1. Mieux comprendre comment la sensibilité peut revenir naturellement dans un lambeau de peau après une opération : En évaluant la sensibilité cutanée du lambeau à l’aide d’un test clinique non douloureux ; En observant au microscope comment les nerfs repoussent dans le temps. 2. Tester de nouvelles pistes thérapeutiques, comme l’injection de plasma enrichi en plaquettes (PRP), de tissu graisseux ou d’un composé naturel appelé curcumine (issu du curcuma), pour voir s’ils peuvent aider les nerfs à repousser plus vite ou en quantité supérieure dans le lambeau. Ces derniers tests ne peuvent pas être réalisés chez l’humain pour des raisons de sécurité, ni en laboratoire sur des cellules isolées, car la repousse des nerfs dépend de nombreux facteurs vivants qui interagissent entre eux. De plus, la curcumine n’est pas encore autorisée en usage médical chez l’homme. En identifiant les traitements les plus prometteurs et en comprenant mieux les mécanismes de repousse nerveuse, ce projet pourrait, à l’avenir, permettre de restaurer la sensibilité des seins reconstruits, sans geste supplémentaire lourd, et ainsi améliorer le confort et le bien-être des patientes après leur cancer.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Intervention n°1 (J0) : réalisation des lambeaux sous anesthésie générale et des biopsies (durée entre 1 et 2 heures). Intervention n°2 (J7) : évaluation de la sensibilité (vigile, dans la cage d’hébergement – procédure non douloureuse) puis anesthésie générale pour réaliser le prélèvement sanguin permettant d’obtenir le PRP, adipectomie, biopsies, micro-injections dans les lambeaux (durée 1 heure) Intervention n°3 et n°4 : identiques à l’intervention n°2 Intervention n°5 : évaluation de la sensibilité (vigile, dans la cage d’hébergement – procédure non douloureuse) puis anesthésie générale pour la réalisation des biopsies des lambeaux (durée 15 à 30 minutes) Intervention n°6 : évaluation de la sensibilité (vigile, dans la cage d’hébergement – procédure non douloureuse) puis anesthésie générale pour la réalisation des biopsies des lambeaux (durée 15 à 30 minutes), mise à mort.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
L’anxiété et le stress sont des effets indésirables attendus avant, et après chaque intervention. Les nuisances liées à la chirurgie pourraient être, en post-opératoire, des douleurs sur la cicatrice de l’abord chirurgical et des douleurs abdominales : nuisances légères. Les animaux seront hébergés individuellement tout au long du projet pouvant entraîner un stress supplémentaire
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort le dernier jour de suivi, pour les derniers prélèvements de tissus de M6. Le nombre d’anesthésies générales et de prélèvements subis ainsi que la durée longue du suivi (6 mois) rend difficile la réutilisation des animaux pour d’autres procédures. Cependant, lorsque cela sera possible, les animaux, toujours sous anesthésie générale, pourront être réutilisés dans le cadre de formations (autre projet autorisé), et mis à mort ensuite.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Ce projet vise à étudier la réinnervation au cours du temps de lambeaux sous l’effet de différentes pistes thérapeutiques dans des conditions in vivo. Ces tests ne peuvent pas être réalisés chez l’humain pour des raisons de sécurité, ni en laboratoire sur des cellules isolées, car la repousse des nerfs dépend de nombreux facteurs vivants qui interagissent entre eux. De plus, la curcumine n’est pas encore autorisée en usage médical chez l’homme. L’utilisation d’animaux dans le cadre de ce projet est ainsi indispensable.
2. Réduction
Ce projet de recherche est exploratoire : il s’agit d’une première étape qui vise à obtenir des résultats préliminaires, utiles pour orienter de futurs travaux. Les données récoltées permettront, si besoin, de concevoir d’autres projets de recherche plus poussés, avec des analyses statistiques approfondies ou l’évaluation d’autres traitements potentiellement intéressants. Ces éventuelles étapes ultérieures feront l’objet d’une nouvelle demande d’autorisation du projet. Dans un souci de réduction du nombre d’animaux utilisés, seuls trois traitements différents seront testés dans ce projet, que l’on estime les plus prometteurs. Pour chaque traitement, il est nécessaire d’avoir au moins trois animaux afin de pouvoir tirer des premières conclusions fiables. Un quatrième animal par groupe a été ajouté pour prévenir toute perte liée à un problème imprévu (comme un décès post-opératoire), afin de ne pas avoir à recommencer l’étude en cas d’aléa. De plus, le choix a été fait de réaliser 2 lambeaux par lapin, permettant d’avoir un lambeau contrôle et un lambeau expérimental pour un même lapin sans avoir besoin de multiplier le nombre de ceux-ci. Au total, 12 lapins seront inclus dans cette première phase. Si les résultats s’avèrent trop limités ou incomplets pour permettre une interprétation fiable, une seule répétition de l’expérimentation est prévue, ce qui porterait le nombre total maximum à 24 animaux.
3. Raffinement
Les animaux seront gardés pendant une période d’acclimatation de 5 jours minimum entre leur entrée dans l’animalerie expérimentale, et leur première entrée en procédure. Leur environnement comportera un enrichissement (bûchettes à ronger, foin…). Les animaux seront suivis quotidiennement et leur état de santé et de bien-être sera évalué tout au long du protocole expérimental. Les animaux seront anesthésiés et analgésiés pendant les procédures chirurgicales et seront suivis au cours de la procédure. Un suivi renforcé sera effectué durant les premiers jours après chaque chirurgie. Si un animal présente un signe de douleur ou de souffrance, des analgésiques pourront lui être administrés. Dans le cas où l’animal présenterait une souffrance, une maladie ou une altération physique sans qu’il soit possible de le soulager efficacement (atteinte d’un point limite), l’animal sera sorti d’expérimentation et mis à mort.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le lapin est un modèle animal reconnu pour l’étude de ses vaisseaux et de nombreux modèles de lambeaux ont été décrits chez cet animal. La biologie vasculaire a été bien étudiée chez le lapin et est similaire aux mécanismes humains. De plus, le calibre des vaisseaux (veine, artère) d’intérêt chez le lapin est semblable à celui des vaisseaux de la plupart des lambeaux utilisés en reconstruction mammaire chez l’homme. Les animaux utilisés seront des adultes. A ce stade de développement, le calibre des vaisseaux (veine, artère) d’intérêt chez le lapin est semblable à celui des vaisseaux des lambeaux utilisés en reconstruction mammaire chez les humains.