
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2026-06-18 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-862252)
Pour fabriquer un modèle de dépression, 592 souris reçoivent une hormone de stress dans leur eau de boisson afin de déclencher un comportement anxieux et dépressif ainsi que des troubles de la mémoire, dans des procédures d’un niveau de souffrance léger à modéré, toutes tuées à l’issue. Elles passent ensuite jusqu’à huit tests comportementaux censés mesurer l’anxiété, la dépression et les performances cognitives. Le traitement peut aussi dégrader leur pelage et modifier leur poids. Le porteur affirme que la recherche de nouveaux médicaments contre la dépression « nécessite », scientifiquement et réglementairement, le recours à des rongeurs.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
La dépression est une maladie fréquente qui touche environ 15 à 20 % de la population générale. Elle se traduit par une grande tristesse, une perte de plaisir ou d’intérêt, de l’anxiété, un isolement social, ainsi que des difficultés de mémoire et d’apprentissage. Les traitements actuellement disponibles présentent plusieurs limites importantes. Ils agissent souvent lentement, ne sont pas efficaces chez tous les patients, et certains symptômes persistent, ce qui favorise les rechutes. Il est donc nécessaire de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques afin d’améliorer la prise en charge de cette maladie. Ce projet de recherche vise à participer au développement de nouveaux médicaments pour mieux traiter la dépression et limiter les rechutes. Pour cela, il est nécessaire d’utiliser des modèles animaux qui reproduisent certains aspects de la maladie humaine. Dans ce projet, nous utiliserons un modèle de souris qui repose sur l’administration prolongée d’une hormone de stress. Ce modèle permet d’induire des comportements anxieux et dépressifs durables chez le rongeur, similaires à ceux observés chez les patients souffrant de dépression. L’objectif principal de ce projet est d’adapter et de caractériser plus en détail ce modèle animal afin d’évaluer le risque de rechutes et les troubles de la mémoire associés à la dépression. Une meilleure compréhension de ces aspects permettra de développer, à terme, des stratégies thérapeutiques plus adaptées et plus efficaces. La dépression touchant environ deux fois plus les femmes que les hommes, des souris mâles et femelles seront utilisées afin de mieux refléter la diversité observée dans la population humaine. Le développement et l’amélioration de ce modèle constituent une étape clé de ce projet. Il servira ensuite à tester de nouveaux médicaments pour mieux traiter la dépression et prévenir les rechutes.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Cette étude a pour objectif de valider un nouveau modèle animal au sein de notre laboratoire, destiné à l’étude de la dépression et la mise en place de nouvelles stratégies thérapeutiques. Les différences entre mâles et femelles ont été très peu étudiées à ce jour. Ainsi, l’utilisation des 2 sexes permettra d’apporter de nouvelles données à ce sujet, d’autant que la dépression touche plus fréquemment les femmes que les hommes. Par ailleurs, l’évaluation des capacités de mémorisation des animaux permettra d’étudier le rôle des troubles de la mémoire et de l’apprentissage dans ce modèle. Ces données permettront d’identifier de nouveaux mécanismes impliqués dans la dépression et pourront, à terme, orienter le développement de nouvelles cibles thérapeutiques. De plus, l’impact de la dépression sur le rythme biologique n’a, à ce jour, pas beaucoup été étudié dans ce modèle. L’analyse de ce paramètre apportera des informations complémentaires importantes, en lien avec les troubles du sommeil fréquemment observés chez les patients souffrant de dépression. En conclusion, le développement et la caractérisation de ce modèle constitueront une ressource durable pour le laboratoire. Ce modèle offrira un outil pertinent pour l’évaluation préclinique de nouveaux candidats-médicaments à visée thérapeutique, dans le cadre de ce projet et de futurs projets de recherche du laboratoire.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Toutes les souris du projet seront exposées à un maximum de 3 expositions à 8 tests comportementaux d’une durée maximale de 48h selon le test utilisé. Les tests comportementaux choisis sont non invasifs et engendrent peu de nuisance chez l’animal. Ces tests ont pour but de tester le comportement anxieux et dépressif, les performances cognitives ainsi que le rythme biologique des animaux suite au traitement à l’hormone de stress.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Lors de ce projet, les animaux seront exposés à un traitement à une hormone de stress administré par eau de boisson visant à induire un comportement de type anxieux et dépressif ainsi que des troubles de la mémoire et de l’apprentissage. Ce traitement peut également entraîner des modifications physiques modérées, telles qu’un pelage de moins bonne qualité, lié à une diminution du toilettage, ainsi qu’une prise de poids (nuisance modérée)..
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
A l’issue de ce projet, les 592 souris seront mises à mort.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Ce projet vise à développer et caractériser un modèle animal de dépression. Ce projet permettra de mieux comprendre les mécanismes des troubles dépressifs et d’en améliorer la prise en charge à travers le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques. La recherche de nouveaux médicaments nécessite (scientifiquement et règlementairement) l’utilisation d’espèces animales. De plus, seuls des organismes vivants complexes tels que les rongeurs disposent d’un répertoire comportemental suffisamment riche et élaboré pour permettre une évaluation fiable des comportements anxieux et dépressifs et des fonctions cognitives. Ainsi, aucun remplacement par des modèles in vitro ou in silico (modèles mathématiques, bio-informatique) ne peut être réalisé.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Un total de 592 souris sera nécessaire pour cette étude. Le nombre d’animaux prévus dans cette étude a été réduit au maximum – au regard des approches comportementales envisagées pour lequel le laboratoire possède une expertise internationale ainsi que sur la base de la littérature.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Dès leur arrivée, les animaux auront une semaine d’habituation à l’animalerie. Afin de diminuer le stress de nos animaux, un protocole de familiarisation sera mis en place. Ainsi, avant le début des expérimentations, les animaux seront progressivement habitués à l’expérimentateur par des manipulations régulières. A noter que l’ensemble des évaluations comportementales sera réalisé exclusivement par un personnel qualifié. Les différents traitements seront administrés dans l’eau de boisson, permettant d’éviter toute injection. Enfin, des points limites précoces et compatibles avec les objectifs scientifiques de notre recherche ont été choisis afin d’éviter toute douleur et détresse de nos animaux.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
L’utilisation de souris est nécessaire pour ce projet. L’idée est en effet de mesurer l’impact des processus cognitifs sur la propension à la rechute après induction d’un syndrome anxio-dépressif. Le modèle dépression induite par administration chronique d’une hormone de stress dans l’eau de boisson a été développé et validé chez la souris. Le phénotype anxio-dépressif des souris dans les différents tests choisis est bien décrit et caractérisé dans la littérature. Des souris adultes âgées de 8 à 10 semaines seront utilisées dans ce projet. Ce modèle animal a été décrit et publié avec des animaux à ce stade de développement.