
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-02-16 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-900936)
7986 souris vont être utilisées, toutes tuées pour prélèvement d’organes, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Des femelles gestantes reçoivent un traitement modifiant la voie de l’acide rétinoïque, leurs embryons et foetus pouvant présenter des malformations cardiaques, tandis que les souriceaux subissent une biopsie de l’oreille et certains adultes des échocardiographies sous anesthésie. Le porteur indique que ces défauts peuvent conduire à une insuffisance cardiaque, des troubles du rythme et des morts subites. Il présente cette recherche fondamentale comme un « prérequis essentiel » au développement futur de thérapies, sans application immédiate annoncée.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Les malformations cardiaques congénitales sont les anomalies congénitales les plus fréquentes puisqu’elles représentent environ 1% de toutes les naissances. Ces malformations peuvent être d’origine génétique mais peuvent aussi être dues à un problème de développement pendant la grossesse. Plusieurs études ont montré que la voie de l’acide rétinoïque (AR), dérivé de la vitamine A, est impliqué dans le développement du cœur et en particulier celui des populations cellulaires à l’origine de la formation du cœur. Des dérégulations de la voie de l’AR (excès ou carence) durant le développement embryonnaire se traduisent par de graves malformations congénitales structurelles du cœur telles que les anomalies des gros vaisseaux (ainsi que de la séparation des oreillettes et des ventricules. Il a également été montré que l’AR est nécessaire à la formation des valves cardiaques qui assurent une circulation unidirectionnelle du sang à chaque cycle cardiaque. Les défauts de fonctionnement des valves (valvulopathies) peuvent également avoir une origine génétique et développementale. Dans ce projet, nous souhaitons utiliser des modèles murins génétiquement modifiés pour mieux comprendre comment la voie de l’AR contrôle le développement du cœur et celui des valves cardiaques.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Nous attendons de ce projet qu’il augmente nos connaissances sur le rôle essentiel de l’AR dans le développement du cœur pour mieux comprendre les mécanismes moléculaires qui conduisent à des malformations cardiaques congénitales. La compréhension de ces mécanismes est un prérequis essentiel pour le développement de thérapies dans le futur.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Les femelles gestantes seront soumises à une administration unique soit par voie orale soit par voie intrapéritonéale (contention et administration durant environ 1 minute). Les embryons et foetus peuvent présenter des malformations congénitales. A l’âge de 3 semaines, les souriceaux subiront une biopsie à l’oreille permettant de réaliser simultanement l’identification et le prélèvement d’ADN pour identifier les animaux mutants (génotypage). Les souris adultes peuvent être amenées à présenter des signes d’insuffisance cardiaque, des troubles du rythme et des morts subites. Certaines d’entre elles auront deux échocardiographies sous anesthésie générale gazeuse (30 minutes chacune). Ils peuvent être amenés à présenter des signes d’insuffisance cardiaque, des troubles du rythme et des morts subites. En cas d’apparition de signes cliniques, les animaux pourraient recevoir des injections d’antiinflammatoire (une injection sous cutanée, une fois par jour, maximum 3 jours) ou de diurétiques (une injection intra péritonéale, deux fois par jour, maximum 3 jours).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Au cours de ce projet, des femelles gestantes recevront des traitements par voie orale et voie intra péritonéale. Aux doses administrées, les traitements n’auront pas d’impact sur les femelles. Les embryons et les fœtus étudiés pourront avoir des malformations congénitales avec des degrés de sévérités variables. Sur les lignées étudiées après la naissance, les défauts développementaux, (principalement cardiaques) pourront conduire à l’apparition d’insuffisance cardiaque avec des difficultés respiratoires (oedème pulmonaire)
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
A l’issue des procédures, tous les animaux seront mis à mort pour prélèvement d’organes.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Notre projet consiste en l’étude de la morphogénèse du cœur durant le développement embryonnaire qui ne peut pas être reproduit en culture cellulaire. De plus, le cœur humain comme celui de la souris est un organe complexe composé de quatre cavités. Nous allons étudier la séparation des quatre cavités cardiaques, ce qui rend l’utilisation d’autre modèle comme le poisson (contenant un seul ventricule) incompatible avec nos recherches.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Par une approche statistique nous réduirons au strict minimum le nombre d’animaux utilisés dans notre projet et défini qu’il nous faut au moins 17 souris/embryons par groupe. Afin de faire face à d’éventuelles pertes d’animaux ou incidents techniques, nous avons augmenté ce nombre de 15%, nous arrivons à un total de 20 souris/embryons par groupe. Pour l’analyse de la fonction cardiaque, nous avons choisi une méthode d’analyse longitudinale (échographie cardiaque) permettant d’analyser un même animal à différents temps, premettant ainsi de réduire le nombre d’animaux utilisés.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Dès la naissance des animaux dans notre établissement utilisateur, nous porterons une attention au bien-être animal. Nous avons opté pour une méthode d’identification couplée au prélèvement pour génotypage, afin de réduire la douleur et le stress des animaux. Les animaux seront hébergés en groupe. L’environnement sera enrichi en fonction des préférences des animaux à l’aide de bandelettes de kraft ou de dômes en carton ou de batônnets à ronger. La manipulation des animaux sera faite par des personnes compétentes et sensibilisées à la manipulation à faible stress des rongeurs. Certains des modèles que nous allons utiliser n’ont pas été caractérisé d’un point de vue phénotypique. Nous allons donc procéder à des observations poussées des animaux et identifier, de la manière la plus précoce, l’apparition de signe de souffrance ou de détresse. Les points limites seront revus régulièrement en discussion avec la Structure Chargée du Bien Etre Animal.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
L’anatomie et la fonction du cœur des souris sont proches de celles du cœur humain. Les souris génétiquement modifiées sont de bons modèles d’étude des atteintes des cardiopathies, de leurs conséquences sur la circulation sanguine et de leurs causes génétiques. Les femelles utilisées pour les accouplements seront utilisées durant les fenetres de fertilité des rongeurs: entre 2 et 8 mois. Au cours de l’étude, nous nous intéresserons à différents stades développementaux: le début du développement cardiaque (jours 8, 8.5, 9.5 et 10.5 post fécondation), au moment de la séparation des chambres cardiaques et du début de formation des valves cardiaques (jours 13.5 et 15.5 post fécondation) et juste avant la naissance (jours 18.5 post fécondation / mise bas naturelle prévue entre autour de 20 jours post fécondation dans nos modèles) Pour les individus de la procédure 3, nous analyserons leur phénotype à 1,5 et 3 mois correspondant aux stades de début et de fin de maturation des valves cardiaques.