
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2022-04-27 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-358147)
64 macaques à longue queue vont être utilisés, réutilisés après avis vétérinaire plutôt que tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Sous anesthésie, chaque macaque reçoit trois fois une injection de curare qui paralyse sa respiration, compensée par une ventilation assistée, puis des prélèvements de sang répétés, jusqu’à cinq fois par semaine. Le projet teste des anticorps censés lever le blocage neuromusculaire après curarisation, en vue d’un usage chez l’humain. Le porteur affirme que ces réactions affectent « l’organisme entier » et que les procédures ont un caractère de « stricte nécessité ».
Résumé produit par un modèle de langage à partir du seul texte du laboratoire, selon une méthode arrêtée par l’OXA. Publié sans relecture individuelle préalable, sous la responsabilité de l’association, et corrigé au fil des relectures.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Dans quel but fait-on ça ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les curares sont des composés fréquemment utilisés comme anesthésiants dans les services de chirurgie ou de réanimation. Leurs propriétés paralysantes induisent un blocage neuromusculaire, indépendamment de la sédation, qui facilite notamment les procédures d’intubation et évitent les réflexes musculaires lors des interventions chirurgicales. Même si les curares utilisés en anesthésie sont des molécules relativement sûres induisant peu de réactions adverses sévères (1 patient sur 10 000), il est impossible de prédire leur durée d’action. La curarisation résiduelle, qui ne peut être écartée qu’à l’aide d’un monitorage instrumental quantitatif, est une complication majeure (jusqu’à 83% des patients), responsable d’insuffisances respiratoires et de troubles de la déglutition à l’origine d’une inhalation pulmonaire de liquide gastrique, entraînant un allongement de la durée de séjour à l’hôpital, un engorgement inutile des services de réanimation et une hausse de la mortalité. Pour stopper rapidement la curarisation d’un patient, un antidote est administré après l’intervention pour lever le blocage neuromusculaire. Dans la majorité des cas de curarisation, la décurarisation est obtenue par injection d’une molécule synthétique efficace dès les premières minutes qui suivent l’injection du curare. Cependant, des réactions allergiques ayant été rapportées, ce composé est de moins en moins utilisé en routine clinique. Il est donc particulièrement intéressant d’identifier de nouvelles molécules.. Leur efficacité sera évaluée à l’aide de la méthode de « train of four », utilisée quotidiennement dans les services d’anesthésie qui permet le suivi du niveau de curarisation. Ce projet a pour objectif de caractériser la capacité d’anticorps monoclonaux à lever le blocage neuromusculaire induit par une curarisation au rocuronium. Des études chez des souris immunisées contre le rocuronium ont permis d’identifier plusieurs anticorps qui captent le rocuronium avec des affinités très élevées. Dans ce projet, l’efficacité de ces anticorps sera évaluée chez le Primate Non-Humain, pour, à terme envisager une utilisation chez l’humain, soit en urgence (échec d’intubation), soit en routine clinique afin de lever rapidement le blocage neuromusculaire. Des anticorps monoclonaux dirigés contre d’autres curares (vecuronium, atracurium, succinylcholine et cisatracurium) seront évalués selon le même schéma expérimental.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Ce projet a pour objectif de caractériser la capacité d’anticorps à lever le blocage neuromusculaire induit par des curares utilisés en anesthésie. En effet, pour faciliter l’intubation et la chirurgie, on cherche à relâcher les muscles du patient en particulier les muscles respiratoires. Jusqu’à la fin de l’intervention médicale, l’effet des curares doit être maximal, mais le patient reste sous l’effet des curares pendant des périodes plus ou moins longues (30-90min), ce qui empêche de le réveiller de son anesthésie. Cette persistance de l’action des curare conduit à encombrer les services de réanimation. On cherche à diminuer cette durée par l’administration de composés capables de capturer le curare (« antidote ») et de lever le blocage neuromusculaire. Une conséquence à plus long terme de ce projet permettrait de limiter le temps de passage des patients en salle de réveil dans les services de réanimation. Plusieurs anticorps monoclonaux anti-curareont été identifiés à partir de souris immunisées. Leurs très fortes affinités in vitro suggèrent que des anticorps anti-curare pourraient être utilisés dans le cadre de la décurarisation soit en urgence (échec d’intubation), soit en routine clinique afin de de lever rapidement le blocage neuromusculaire.
Nuisances prévues, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Un examen publié en 2018 a établi que les résumés allemands et britanniques décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Le droit d'accès aux documents · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Ce projet contient 2 procédures pour lesquelles les animaux recevront, sous anesthésie générale, une injection de curare pour provoquer le blocage neuromusculaire. La paralysie de l’activité respiratoire provoquée par une dose proche ou supérieure à la dose nécessaire pour l’obtention d’un bloc neuromusculaire à 90 % sera compensé par la mise en place d’une ventilation assistée. Chaque animal subira une série de 3 anesthésies avec curarisation et respiration sous ventilation assistée. Cette procédure ne dépassera pas une heure. Des prélèvements sanguins seront réalisés durant les 72 heures suivant l’administration, mais des prélèvements a plus long terme sont envisageables pour évaluer la persistance du produit dans les semaines qui suivent. Des prélèvements de sang par ponction veineuse (7.5% de la volémie sanguine totale/semaine maximum), 5 fois/semaine sous anesthésie seront effectués pour le suivi clinique, hématologique et biochimique des PNH.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Un nouvel examen, publié en 2024, a mesuré que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces mesures portent sur l'Allemagne et le Royaume-Uni. L'examen de 2018 classait la France parmi les pays les moins bons pour l'identification, l'accessibilité et la qualité de ses résumés, sans les noter rubrique par rubrique (Taylor et al., 2018). Les résumés français suivent aujourd'hui le modèle européen commun.
Les animaux souffrent-ils ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Il n’est pas attendu de douleur particulière liée aux interventions. En cas de réaction allergique au produit injecté, un traitement corticoïde et une prise en charge symptomatique sera envisagée. Il pourrait il y avoir un syndrome fébrile d’environ 1 à 2 semaines avec fièvre, diminution de l’activité et perte d’appétit. L’utilisation d’antalgique n’est pas prévue de façon systématique mais elle pourra être mise en œuvre en fonction d’éventuels signes cliniques de douleur – non attendue – (comportement anormal de l’animal : position antalgique, poil hérissé, gémissement).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Tous les PNH seront réutilisés après avis vétérinaire
Application de la règle des "3R", selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les thérapies étudiées dans ce projet font intervenir des réactions qui affectent l’organisme entier, et qui se déploient notamment dans la circulation ainsi que plusieurs tissus et organes. Il est donc impossible de les modéliser de façon pertinente ni de les étudier dans des modèles in vitro. Nos procédures expérimentales ont un caractère de stricte nécessité et ne peuvent pas être remplacées par d’autres méthodes expérimentales n’impliquant pas l’utilisation d’animaux vivants et susceptibles d’apporter le même niveau d’information biologiquement pertinente. L’ensemble des anticorps testés chez le Primate Non-Humain auront été préalablement sélectionnés in vitro sur des lignées cellulaires de muscles ou de tissus puis dans un modèle rongeur sur des critères de sécurité et d’efficacité.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
De nombreux tests in vitro ont permis de sélectionner, parmi la trentaine d’anticorps anti-rocuronium candidats, les cinq présentant la meilleure affinité. Ces cinq anticorps ont été testé en prophylaxie chez la souris pour la prévention de curarisation, afin d’en identifier deux avec le potentiel le plus important. De la même façon, les anticorps contre succinylcholine, cisatracurium atracurium et vecuronium les plus prometteurs seront sélectionnés. À partir de plus d’une centaine d’anticorps, nous réduisons ainsi le nombre d’anticorps à tester chez le primate non-humain à seulement 8. De plus, pour réduire encore d’avantage le nombre d’animaux prévu dans ce projet, la méthode choisie nous permettra de réaliser plusieurs injections séquentielles sur un même animal.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
La réglementation est-elle « très stricte » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
La méthode nécessitant une anesthésie générale par définition, les animaux ne sont pas vigiles durant la durée de l’expérience. Les mesures sont non-invasives. L’animal n’est pas euthanasié durant la procédure. Des points limites ont été définis. L’état général des animaux est suivi quotidiennement. En cas de modification du comportement un signalement est fait au vétérinaire. Nous allons observer particulièrement les réactions locales sur la peau (démangeaisons, rougeurs, gonflements). Le poids et la température seront suivi à chaque anesthésie. Les animaux seront hébergés en groupe permettant des interactions sociales pendant l’étude avec un programme d’enrichissement décrit par la structure de bien-être animal de l’établissement : distribution 2 fois par semaine d’enrichissements destructibles de type peebletoy ou sachet surprise. La structure du Bien Etre Animal pourra être alertée en cas d’évènement anormal.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Spécisme et expérimentation animale · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les Primates Non Humains adultes, grâce à leur proximité phylogénétique avec l’humain, leur système cardiovasculaire et leur réponse immunitaire matures, permettent de reproduire la physiopathologie observée chez l’humain en cas d’administration de curares à des doses similaires à celles administrées chez l’humain. De plus, les outils d’évaluation de l’efficacité de curarisation utilisés chez l’humain sont utilisables chez le primate en parallèle de la mise en place d’un ventilation assistée, reproduisant ainsi le contexte clinique chez l’humain.