
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2022-07-20 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-085401)
1 344 rats vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Dès le stade juvénile ou adolescent, ils subissent une chirurgie d’injection d’un lentivirus dans l’amygdale, puis des tests comportementaux d’anxiété et de comportement social et un apprentissage de la peur par « légers chocs électriques », certains recevant des électrodes implantées, avant d’être tués. Le porteur veut comprendre comment une hyperactivité de l’amygdale à l’adolescence modifie durablement les comportements émotionnels, avec en vue le stress post-traumatique chez l’humain. Il affirme que ces réseaux neuronaux ne peuvent être étudiés ni in silico, ni sur cellule isolée, ni chez les invertébrés.
Résumé produit par un modèle de langage à partir du seul texte du laboratoire, selon une méthode arrêtée par l’OXA. Publié sans relecture individuelle préalable, sous la responsabilité de l’association, et corrigé au fil des relectures.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Dans quel but fait-on ça ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
L’amygdale, une structure cérébrale située en profondeur du lobe temporal, est composée de plusieurs noyaux, chacun jouant un rôle différent dans la fonction amygdalienne et possédant ses propres projections vers des structures cérébrales différentes. Le noyau basolatéral (BLA) est la principale zone d’entrée des informations provenant du système sensoriel et des structures plus intégrées telles que le cortex préfrontal. Les neurones du BLA projettent aussi bien en dehors de l’amygdale que vers la circuiterie intra-amygdalienne. Au cours du développement postnatal, les connexions neuronales entre les structures des circuits de la peur (comme l’amygdale et le cortex préfrontal médian) sont modelées selon leur état de maturation et l’expérience de l’animal. Chez l’humain, l’hyperactivité amygdalienne est souvent corrélée avec des dysfonctionnements sociaux et émotionnels. De plus, l’adolescence correspond à une période du développement particulièrement sensible au stress dont l’impact pourrait être observable chez l’adulte. Vu son rôle primordial dans les comportements émotionnels et le fait que l’amygdale arrive tôt à sa maturité fonctionnelle, il est suggéré qu’un dysfonctionnement de l’amygdale à l’adolescence pourrait être à l’origine d’un développement altéré de sa connectivité avec, entre autres, le cortex préfrontal médian, ce qui pourrait avoir des conséquences sur des comportements émotionnels à long terme (chez l’adulte). Nous chercherons à perturber l’activité de l’amygdale chez le rat aux stades de l’adolescence et la préadolescence (juvénile) grâce aux injections d’un lentivirus qui a pour but d’augmenter l’activité d’une voie de signalisation ubiquitaire, exclusivement dans les neurones principaux de cette structure. Nous étudierons l’impact de cette sur-activation sur les propriétés membranaires des neurones principaux du BLA et des neurones du cortex préfrontal médian, sur la plasticité synaptique de la voie mPFC-BLA, ainsi que sur les comportements de type anxieux et émotionnels chez les jeunes animaux et chez les adultes, ainsi que sur l‘activité du réseau pendant les comportements de peur. Le but de notre recherche à long terme est donc de comprendre les mécanismes impliqués dans des dérèglements émotionnels déclenchés pendant l’adolescence et ayant des conséquences importantes chez l’adulte.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Nous avons précédemment montré que la modification de l’amygdale (par l’injection d’un virus) lors de l’adolescence réduit l’extinction et augmente la généralisation de la peur chez l’adulte dans un protocole de conditionnement aversif. La quantification d’un marqueur de l’activité neuronale dans les structures du circuit lié à la peur montre que les modifications comportementales sont associées à une augmentation de l’activité neuronale des neurones du cortex préfrontal. Ce projet vise à comprendre comment le virus modifie l’activité électrique des neurones principaux de l’amygdale et comment cette modification peut impacter la connectivité du circuit neuronal sous-tendant le comportement de la peur. Concernant des bénéfices du projet à court terme, il semble fondamental et essentiel de connaitre les effets sur les propriétés électriques et la plasticité des neurones de l’amygdale. Une hyperactivité ou une hyper-réactivité de ces neurones pourrait conduire à des changements durables dans la connectivité des réseaux neuronaux connectés à l’amygdale et contribuer aux modifications comportementales observées chez l’adulte. A long terme, des connaissances apportées par ce projet nous aideront à mieux comprendre comment la modulation de l’amygdale pendant la période critique de l’adolescence pourrait conduire aux effets durables sur la cognition émotionnelle et sociale, qui persistent jusqu’au stade adulte. Nos résultats nous permettront de mieux comprendre les mécanismes sous-tendant la prédisposition à certains syndromes psychiatriques chez l’Homme tel que le stress post-traumatique (PTSD).
Nuisances prévues, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Un examen publié en 2018 a établi que les résumés allemands et britanniques décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Le droit d'accès aux documents · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Tous les animaux subiront une chirurgie pour injection virale chez le jeune (préadolescent ou adolescent) dans l’amygdale, procédure invasive qui nécessite une anesthésie générale (~1h) et un suivi post-opératoire après réveil. Quatre séries expérimentales sont ensuite planifiées : (1) 2-3 semaines plus tard, les animaux sont profondément anesthésiés pour l’extraction et analyse du cerveau frais. (2) A l’âge adulte, les animaux seront à nouveau anesthésiés pour la totalité de l’expérimentation sous anesthésie (~4h) puis mis à mort sans réveil. (3) Les animaux adolescents seront soumis à des tests comportementaux (anxiété, stress, comportement social ; 1 semaine), puis à un apprentissage de peur à l’âge adulte (1 semaine). (4) Une fois adultes, les animaux sont anesthésiés pour l’implantation d’électrodes suivi de réveil pour enregistrement de l’activité neuronale chez l’animal éveillé pendant qu’il est soumis à un apprentissage de peur (4-5 semaines). Ils sont tous euthanasiés sous anesthésie, suivi d’une exsanguination pour certains afin de réaliser une perfusion intracardiaque permettant de fixer le cerveau.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Un nouvel examen, publié en 2024, a mesuré que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces mesures portent sur l'Allemagne et le Royaume-Uni. L'examen de 2018 classait la France parmi les pays les moins bons pour l'identification, l'accessibilité et la qualité de ses résumés, sans les noter rubrique par rubrique (Taylor et al., 2018). Les résumés français suivent aujourd'hui le modèle européen commun.
Les animaux souffrent-ils ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Tous les animaux subissant une chirurgie pourraient potentiellement montrer des signes de douleur ou d’infection : perte rapide de poids > 15%; forte réactivité à la manipulation ou posture anormale (dos rond, yeux mi-clos, tête basse). Dans ce cas, l’animal sera traité (selon conseils du responsable de l’animalerie ou du vétérinaire) et placé sous surveillance maximale durant 48h. S’il n’y a pas de signes d’amélioration, l’animal sera euthanasié avec accord du responsable de l’animalerie. Selon nos études antérieures, le virus injecté dans l’amygdale n’entraine pas d’effets comportementaux majeurs, à part lorsque les animaux sont soumis à des tests particuliers pour produire un état légèrement anxieux (espace éclairé) ou émotionnel (légers chocs électriques). Ces états ne perdurent pas en dehors des tests. En dehors de ces cas, aucun effet indésirable n’est prévisible.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Tous les animaux seront mis à mort , soit pour l’expérimentation, soit pour analyse histologique.
Application de la règle des "3R", selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Ce projet de recherche fondamentale s’inscrit dans le champ des Neurosciences Cellulaires et Comportementales. L’évaluation des réseaux neuronaux et comportementale d’une modification cérébrale au cours du développement post-natal jusqu’à l’adulte nécessite l’utilisation d’animaux vivants possédant les structures et les connectivités cérébrales requises. Cela ne peut donc pas être réalisé in silico ou en cellule isolée ou chez les invertébrés.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Le nombre d’animaux utilisés sera le strict minimum permettant un analyse statistique valide des expériences. Les analyses statistiques seront celles classiquement utilisées dans la littérature (voir Joly et al, 2022), incluant, après vérification de l’homogénéité des variances et la normalité des données, des analyses de variance à un ou plusieurs facteurs en fonction des expériences, suivies d’analyses post-hoc appliquant une correction pour la répétition des comparaisons (ex. Bonferroni ou False-Discovery-Rate). Il est à préciser que les femelles et les mâles issus de la colonie de reproduction seront utilisés dans cette étude.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
La réglementation est-elle « très stricte » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Nous réduirons au maximum les techniques douloureuses ou stressantes, et utiliserons de l’anesthésie combinée quand approprié à une analgésie pendant les chirurgies et la mise à mort des animaux. Chaque animal sera suivi tout au long de l’expérience afin de détecter tout indicateur de souffrance et déterminer si besoin l’arrêt de l’expérimentation en accord avec le SBEA et les conseils vétérinaires. Après chirurgie, une surveillance accrue permettra de détecter tous signes de douleur ou stress induit et de traiter les animaux si besoin avec des antalgiques et antibiotiques selon les conseils du vétérinaire référent. Les animaux seront hébergés par groupes (2 à 4) avec de l’enrichissement autant que possible. Les animaux en situation comportementale seront habitués à l’expérimentateur par manipulation au cours des jours précédents.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Spécisme et expérimentation animale · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Le rat est le modèle du choix du laboratoire. En raison de la cohérence avec nos études précédentes, nous poursuivons ce projet sur Rattus norvegicus. La littérature scientifique pertinente à ce projet, en particulier les analyses des comportements sociaux et anxieux, est riche en études réalisées sur le rat. Nous bénéficierons et nous contribuerons donc d’une base de donnés importante. Il est connu que la période de l’adolescence est associée à une susceptibilité au stress et un développement important des structures impliquées, notamment l’amygdale, dans les réponses à la peur. Toutefois de nombreuses structures impliquées dans les comportements émotionnels sont encore immatures à l’adolescence. Nous voulons modifier l’activité de l’amygdale à deux stades du développement, le stade de préadolescence (juvénile) et le stade d’adolescence, qui correspondent à des périodes critiques dans le processus de connectivité de l’amygdale avec d’autres structures du réseau. Les expériences commenceront donc dès l’âge préadolescence jusqu’à l’adulte.