
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 09/07/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-320917)
2 480 souris immunodéprimées vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Elles reçoivent une greffe de tumeur humaine sous la peau, une injection radioactive dans la veine de la queue, jusqu’à six anesthésies chacune et des séances d’imagerie de quarante-cinq minutes, puis vivent seules en cage à partir de l’injection radioactive. Le porteur reconnaît que cet hébergement individuel provoque un sentiment d’isolement et une absence de liberté d’expression, et attend aussi des lésions au point d’injection, de la fatigue et des troubles digestifs. L’objectif immédiat reste de compter la radioactivité organe par organe sur les cadavres, la phase I chez l’être humain étant renvoyée à la fin de l’étude, et le porteur conclut que l’expérimentation animale est « requise » parce que les données précliniques sont « imposées par les autorités ».
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Malgré les efforts de la recherche et les nombreux traitements développés dans le cadre de la lutte contre le cancer, les cellules cancéreuses parviennent parfois à échapper aux thérapies de différentes façons. Afin de contourner ce problème, la mise au point de nouveaux outils ciblant des vulnérabilités tumorales clés couplés à la radioactivité est actuellement en plein essor. Cette technologie est appelée radiothérapie interne vectorisée (RIV). Elle consiste à lier un élément radioactif à une molécule, ou vecteur, capable de se lier de manière spécifique à une cible biologique fortement exprimée dans la tumeur afin que le vecteur puisse diriger et concentrer l’élément radioactif dans les cellules cancéreuses. En fonction de l’élément radioactif choisi, il sera alors possible d’effectuer la détection de la tumeur par imagerie nucléaire ou bien de traiter les cellules tumorales via des rayonnements fortement énergétiques. Ces rayonnements détruisent l’ADN des cellules cancéreuses, ce qui mène à la destruction de la tumeur. Il a été démontré que la protéine N est fortement exprimée dans de nombreux cancers. Plusieurs types de vecteurs capables de se lier spécifiquement à la protéine N ont été développés. A la différence de nombreuses autres protéines exprimées par les cellules cancéreuses, la protéine N est capable de transporter les vecteurs qui s’y lient jusqu’à son noyau cellulaire qui contient l’ADN. En rapprochant l’élément radioactif de l’ADN, il est possible de potentialiser l’effet de la thérapie, tout en diminuant sa toxicité pour les cellules saines. Nous avons sélectionné deux vecteurs se liant à la protéine N de manière différente afin de maximiser les chances d’identifier un système efficace. Comme il existe plusieurs types d’élément radioactif avec des propriétés très différentes, il est nécessaire de comparer l’efficacité de plusieurs combinaisons vecteur-élément radioactif afin d’identifier le couple le plus efficace. Alors que certains de ces éléments radioactifs émettent des rayonnements ionisants capables de détruire les cellules cancéreuses, d’autres peuvent être utilisés pour détecter les tumeurs par imagerie, ce qui permettra dans un premier temps de vérifier que les vecteurs s’accumulent bien dans la tumeur chez la souris. Dans un second temps, l’imagerie permettra de sélectionner les patients dont les tumeurs expriment la protéine N et qui seront donc éligibles à la thérapie. Ce projet se déroulera dans 2 établissements utilisateurs.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les traitements actuels par radiothérapie interne vectorisée sont presque systématiquement accompagnés d’effets secondaires graves dus aux dommages provoqués aux cellules non-cancéreuses. En dirigeant les éléments radioactifs de manière spécifique au noyau des cellules cancéreuses, la stratégie de ce projet a pour but d’augmenter l’efficacité de ces thérapies tout en diminuant leur toxicité. Le but final est de réaliser une phase I clinique chez l’Homme à la fin de l’étude
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis aux interventions suivantes : – 1 Injection en sous-cutané au moment de la greffe de cellules tumorales (réalisée dans l’établissement 1, 5 min maximum). – 1 injection de produit en intraveineuse dans la veine de la queue lors des expérimentations d’imagerie ou de traitement (réalisée dans l’établissement 2, 5 min maximum). – Anesthésie à l’isoflurane réalisée lors de la greffe des cellules tumorales (réalisée dans l’établissement 1, 5 min maximum), lors de l’injection intraveineuse des produits (réalisée dans l’établissement 2, 5 min maximum) ou au moment de la mise à mort (réalisée dans l’établissement 2, 5 min maximum) ainsi que pendant l’acquisition des images (réalisées dans l’établissement 2, 45 min maximum). Il y aura au total 6 anesthésies au maximum pour chaque animal. – Imagerie à l’aide d’un scanner dans les procédures d’imagerie (réalisées dans l’établissement 2, 45 min maximum). – Mesures du poids et de la taille des tumeurs dans les procédures d’imageries et d’évaluation de l’efficacité des traitements (réalisée dans l’établissement 2, 1 min maximum).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Au sein de ce projet, plusieurs nuisances ou effets indésirables sur les animaux sont attendus et cités ci-dessous : – douleurs générées lors de la greffe des cellules tumorales, lors de l’injection des agents d’imagerie ou de thérapie. – lésions locales au site d’injection dû à la rétention du composé radiomarqué. – gêne ou douleur provoquée par la croissance des tumeurs – fatigue provoquée par la déplétion légère à modérée de cellules sanguines ou troubles digestifs dans les jours suivant l’injection du traitement radioactif, notamment lors de la détermination de la dose radioactive maximale tolérée par l’animal préalable à l’évaluation de l’efficacité thérapeutique de notre composé. – stress généré par les contentions lors des pesées, lors des mesures de la taille de la tumeur à l’aide du pied à coulisse ou encore lors de l’anesthésie générale effectuée pour la greffe, les injections ou avant la mise à mort de l’animal. – sentiment d’isolement et absence de liberté d’expression causés par l’hébergement individuel des animaux à partir de l’injection radioactive lors des expérimentations d’imagerie et de biodistribution.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront mis à mort sous anesthésie générale à l’issue de l’ensemble des manipulations expérimentales qui constituent le présent projet. Cette méthode se justifie par la présence d’une greffe de tissu tumoral humain sur chacun des animaux ainsi que la réalisation d’une injection radioactive sur chaque souris incluse dans les expérimentations d’imagerie ou de thérapie. Les organes ainsi que le cadavre devront également être récupérés à la fin des procédures d’imagerie pour permettre un comptage de la radioactivité organe par organe. Un suivi de la courbe d’atteinte de points limites sera également nécessaire lors des études de l’efficacité thérapeutique.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les expérimentations in vitro sur cellules permettent de réaliser beaucoup d’études de mise au point de nouveaux traitements. Cependant, elles n’offrent pas la possibilité de prédire l’influence de l’environnement tumoral, l’éventuelle toxicité de la molécule sur l’organisme ou encore le devenir du candidat médicament après administration. Un remplacement par une approche entièrement réalisée sans animaux vivants n’est donc pas envisageable car il serait alors impossible d’évaluer l’ensemble de ces paramètres. De plus, l’acquisition de données précliniques sur animaux est imposée par les autorités pour les nouveaux médicaments. L’expérimentation animale est donc requise pour le présent projet.
2. Réduction
Afin de respecter la règle des 3R, le nombre d’animaux utilisés sera réduit au minimum. Pour la détermination de l’efficacité thérapeutique de la molécule, les effectifs des animaux ont été calculés à partir d’un logiciel afin de tenir compte des analyses statistiques appliquées aux résultats expérimentaux. La procédure d’imagerie permet d’observer la localisation du vecteur au cours du temps sans avoir mettre l’animal à mort (suivi longitudinal), ce qui permet de maximiser les informations recueillies en minimisant le nombre d’animaux mis à mort. Les expériences de ce présent projet ne seront pas répétées.
3. Raffinement
Méthodes utilisées pour réduire la douleur : Raffinement des conditions d’hébergement : – Dans les procédures 1 et 2, les cages seront obligatoirement transparentes et mises côte à côte afin d’atténuer l’effet de l’isolement causé par l’hébergement individuel suite à l’injection du vecteur radiomarqué et de permettre un contact visuel des animaux. Chaque boite sera également enrichie d’un igloo et d’une roue en polycarbonate. – Dans toutes les procédures, des croquettes mouillées seront rajoutées dans les cages des souris souffrant de fatigue ou de faiblesse. Dans les procédures 3 et 4, des croquettes mouillées seront ajoutées systématiquement la première semaine suivant l’injection des vecteurs radiomarqués. – De la litière de cellulose sera utilisée pour limiter l’apparition de plaie chez les souris porteuses de tumeurs. – Le transport des animaux de l’EU1 à l’EU2 sera réalisée à l’aide de cages opaques à couvercle filtrant. Anesthésie : les animaux seront anesthésiés lors de la greffe des tumeurs (5 min maximum), lors de l’injection intraveineuse des composés (5 min maximum), lors des acquisitions d’image (45 min maximum) et lors de leur mise à mort (5 min maximum). Analgésie: en cas d’apparition de douleur, des analgésiques seront administrés aux animaux. Des points limites spécifiques à ce projet ont été mis en place pour limiter la souffrance des animaux au minimum. Ces points limites seront appliqués de manière stricte.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le taux de réussite du développement des modèles tumoraux humains est fortement lié au type de souris utilisé pour implanter le tissu tumoral. Les souris immunodéprimées sont couramment utilisées pour développer des modèles de tumeurs humaines car celles-ci se caractérisent par l’absence d’un organe (le thymus), ce qui se traduit par un nombre considérablement réduit de cellules immunitaires fonctionnelles afin d’éviter que leur système immunitaire empêche le développement des cellules cancéreuses. Ces animaux présentent le meilleur taux de réussite pour la prise tumorale de tissu humain et seront donc utilisés dans ce projet. Les animaux ont 8 semaines lorsqu’ils sont inclus dans chacune des procédures car la prise tumorale est meilleure à cet âge, et ils sont plus résistants aux radiations.