
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 01/07/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-864867)
Cinquante injections dans le ventre pour cent d’entre elles, vingt-trois pour cent autres, neuf pour les trente-six dernières : les 236 souris de ce projet reçoivent d’abord toutes une greffe de peau, un morceau de dos de la taille d’une demi-pièce d’un centime prélevé sur une congénère. La chirurgie dure trente minutes sous anesthésie et le pansement reste sept jours, gênant les déplacements et l’alimentation. Les procédures impliquent un niveau de souffrance modéré et toutes les souris sont tuées pour prélever leur sang, la zone greffée et leur tube digestif. Le porteur cherche à savoir si une molécule produite par le microbiote intestinal protège du rejet de greffe, et compte parmi les retombées possibles le dépôt d’un brevet.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Ce projet vise à mieux comprendre comment éviter les rejets de greffe qui peuvent survenir dans les premiers mois suivant une transplantation. Le rejet est une réaction du système immunitaire du patient, qui considère l’organe greffé comme un corps étranger et essaie de le détruire. Cette réponse peut entraîner une dégradation rapide du greffon et compromettre la réussite de la greffe. Le traitement étudié dans ce projet est un médicament immunosuppresseur appelé CTLA4-Ig, déjà utilisé chez certains patients. Il a l’avantage de provoquer moins d’effets secondaires que les traitements traditionnels, mais il semble que chez certains patients, il ne soit pas suffisant pour empêcher un rejet aigu, surtout dans les premières semaines après la greffe. Nos recherches ont montré que le microbiote intestinal (les bactéries naturellement présentes dans notre tube digestif) pourrait influencer cette réaction de rejet. En effet, dans une étude portant sur 60 patients, ceux qui ne faisaient pas de rejet présentaient dans leur sang des traces de bactéries spécifiques et un niveau plus élevé d’une molécule produite par l’intestin. Nous avons testé cette molécule chez la souris, dans un modèle de greffe de peau. Les résultats ont montré que cette molécule pouvait prolonger la survie de la greffe lorsqu’elle était utilisée seule. En revanche, lorsque cette molécule était utilisée en même temps que le traitement immunosuppresseur, il n’y avait pas d’effet protecteur supplémentaire. Nous supposons que le modèle utilisé provoquait une réaction immunitaire trop intense. Dans ce projet, nous allons approfondir ces résultats en utilisant des souris génétiquement modifiées qui ne répondent pas à cette molécule, ainsi que différents types de greffes, déclenchant des réponses immunitaires plus ou moins fortes. L’objectif est de mieux comprendre comment adapter les traitements pour améliorer la tolérance des greffes.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les résultats de cette étude nous aideront à comprendre comment les molécules associées au microbiote peuvent influencer la survie des greffes. Nous pourrions ainsi prouver que des niveaux élevés de ces molécules sont liés à l’absence de rejet chez les patients traités avec une immunothérapie. Cela permettrait de prévoir le risque de rejet chez ces patients, ce qui aiderait à mieux évaluer si l’immunothérapie est bénéfique ou risqué pour chaque patient. Ces découvertes pourraient aussi soutenir le dépôt d’un brevet. Ces résultats aideront à comprendre le mode de fonctionnement des molécules associées au microbiote et comment elles agissent pour bloquer le système immunitaire. À long terme, ces recherches pourraient conduire au développement de traitements qui modifient le microbiote ou utilisent des molécules du microbiote pour prévenir le rejet des greffes.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Nous réaliserons une greffe de peau sur 236 souris, la chirurgie durera 30 min par animal sous anesthésie. Le jour précédant cette greffe, 100 animaux recevront une injection. Après la chirurgie, ces animaux recevront des injections tous les deux jours dans l’abdomen. Les injections dureront 2 à 3 minutes. Deux jours avant la chirurgie, un prélèvement de sang à la joue sera réalisé sur ces mêmes animaux, sous anesthésie. Un prélèvement durera 5 minutes et sera répété deux fois par mois, soit 4 prélèvements par animal. Après la chirurgie, 136 animaux recevront une injection, dans l’abdomen, tous les deux jours pendant 8 jours puis deux fois par semaine. En résumé : 100 animaux auront une greffe de peau, 50 injections et 4 prélèvements ; 100 animaux auront une greffe de peau et 23 injections ; 36 animaux auront une greffe de peau et 9 injections.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Dans ce projet, une opération sera réalisée sur des souris : un morceau de peau du dos de la souris, de la taille d’une demi pièce d’un centime, sera retiré et remplacé par un morceau de peau d’une autre souris. Les animaux seront anesthésiés pendant l’intervention, c’est-à-dire endormis, ce qui peut être stressant pour eux au réveil. Comme pour toute opération, cela peut provoquer une gène pendant quelques jours (2 à 4 jours) à cause de la cicatrisation. Un pansement sera mis en place pour protéger la greffe. Ce pansement aide à la guérison, mais il peut gêner les mouvements et l’alimentation, ce qui peut faire que les animaux prennent un peu moins de poids que d’habitude. Il est retiré après 7 jours. Après l’opération, certaines souris recevront un ou deux traitements pour empêcher leur corps de rejeter la greffe. Ces traitements seront injectés dans le ventre plusieurs fois par semaine. Ces piqûres ne sont pas très douloureuses, mais comme elles sont répétées au même endroit, elles peuvent devenir gênantes pour l’animal. La dose de traitement ne provoque pas d’effets secondaires connus. Si le corps de la souris rejette la greffe, cela peut aussi causer de la douleur, qui sera surveillée et soulagée.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort en fin d’expérience afin de réaliser les prélèvements terminaux. Du sang sera prélevé pour étudier les molécules en lien avec l’immunité. Nous analyserons les cellules immunitaires de la zone de la greffe et du tube digéstif. Enfin, les organes contenant un grand nombre de cellules immunitaires seront prélevés afin d’analyser ces cellules. Ces prélèvements sont nécessaires pour répondre à notre question scientifique.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Nous avons jusqu’alors utilisé des échantillons provenant des patients traités contre le rejet après une greffe. Nos précédentes études utilisaient des cellules humaines issus de ces échantillons. L’utilisation de souris nous aidera à confirmer nos observations dans un contexte où la greffe interagit avec les molécules produites par l’ensemble des cellules de l’organisme. Une étude en laboratoire (in vitro) ne reproduit pas cette interaction complexe et ne permet pas d’étudier toutes les connexions entre le traitement, les cellules et le rejet de greffe. De plus, la dose de traitement anti-rejet est similaire à celle donnée aux patients transplantés, à la fois au site de la greffe et dans les ganglions voisins.
2. Réduction
Nous nous sommes attachés à réduire le nombre d’animaux dans cette expérimentation. Nous avons utilisé des méthodes statistiques, nos précédents résultats et la littérature scientifique afin de déterminer un nombre d’animaux par groupe permettant de répondre à notre question scientifique. Dès que possible les groupes d’animaux contrôles ont été réduit ou mis en commun pour réduire le nombre d’animaux.
3. Raffinement
Les greffes seront réalisées sous anesthésie générale, ce qui signifie que les souris seront complètement endormies pendant l’opération et ne ressentiront aucune douleur. Pour leur confort, elles seront placées sur un tapis chauffant pendant toute la durée de l’intervention et jusqu’à leur réveil, afin de maintenir leur température corporelle. Un traitement contre la douleur sera donné avant et après l’opération. Les souris recevront également une nourriture adaptée, posée au sol, surtout si elles ont du mal à se déplacer. Le bien-être des animaux sera contrôlé tous les jours pendant la première semaine, puis au moins trois fois par semaine par la suite. Une grille d’évaluation spécifique sera utilisée pour repérer les signes de douleur ou d’inconfort. En fonction du score obtenu, des soins ou un traitement contre la douleur seront apportés.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le modèle souris est essentiel pour cette étude, car il permet de bien contrôler les conditions de l’expérience. On peut choisir avec précision les différences entre la souris qui reçoit la greffe et celle qui la donne, notamment au niveau du système immunitaire. Cela permet de mieux comprendre comment le corps réagit contre la greffe. Les autres méthodes, comme les tests sur des cellules en laboratoire, ne permettent pas de reproduire toutes les interactions entre les différentes cellules du système immunitaire, ni leurs déplacements dans le corps. Enfin, les animaux non mammifères n’ont pas un système immunitaire comparable à celui de l’humain. La souris est donc le modèle le plus adapté pour répondre aux questions de cette recherche. Les animaux seront utilisés à un âge de 2-3 mois, au stade de jeune adulte. En effet, le traitement anti-rejet est plus efficace sur des animaux jeunes.