
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 12/02/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-847766)
Greffées sous la peau d’un fragment de tumeur humaine, 3 000 souris immunodéficientes subissent jusqu’à seize prélèvements sanguins et jusqu’à quatre administrations par jour, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Toutes sont tuées, pour prélever leurs organes et parce que les atteintes subies les rendent inutilisables ailleurs. Les quarante études prévues mesurent la diffusion et l’élimination de candidats médicaments dans le sang, les organes et la tumeur, à un stade précoce du développement. Le porteur écrit que ces travaux mobilisent un « nombre strictement minimal » d’animaux.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le but de ce projet est de tester de nouveaux traitements contre le cancer sur des souris afin de déterminer la façon dont ils se propagent (diffusion) puis sont éliminés (persistance) dans l’organisme (à travers le sang, les différents organes et la tumeur). En effet, dans le cadre du développement de médicaments, il est essentiel de réaliser ces analyses pour comprendre la façon dont ces nouveaux médicaments agissent et impactent l’organisme, afin d’adapter au mieux la posologie future. Ces analyses sont réalisées sur des animaux ayant développé un cancer, car la tumeur peut avoir un impact sur la diffusion des traitements dans le corps. Pour cela, nous utiliserons des modèles de tumeurs humaines implantés chez la souris. Ces modèles, appelés xénogreffes dérivées de patients (PDX), permettent de reproduire au mieux les caractéristiques des tumeurs humaines, comme leur morphologie, leurs mutations et leur comportement biologique. Grâce à cela, ils offrent un moyen fiable d’évaluer l’action de nouveaux médicaments avant qu’ils ne soient testés chez l’Homme. Notre collection de modèles PDX couvre la majorité des cancers solides (par exemple : sein, poumon, côlon, foie, rein, peau, pancréas, ovaire, vessie, cerveau ou prostate) et reflète la diversité des patients. Les 40 études prévues dans ce projet sont réalisées à un stade précoce du développement des médicaments. Elles consistent à traiter des animaux ayant développé un cancer avec le ou les traitements d’intérêt, et réaliser des prises de sangs à différents intervalles, puis des prélèvements d’organes et de tumeurs post-mortem. Le but de ces prélèvements est d’évaluer la présence du ou des traitements dans le corps de l’animal et d’étudier leurs effets sur les organes. Les résultats permettront de déterminer des conditions d’administrations idéales par rapport à la durée de vie du médicament dans l’organisme, pour observer un effet sur la tumeur, mais en impactant au minimum les autres organes. Par la suite, l’efficacité des traitements à cette posologie sera étudiée sur de plus grands effectifs pour obtenir des données robustes sur l’effet antitumoral.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Chaque année, dans le monde, près de 20 millions de personnes sont diagnostiquées atteintes d’un cancer (tous types confondus) dont plus de 400 000 en France, et on recense plus de 10 millions de décès (1/6) dont plus de 150 000 en France. Le nombre de personnes atteintes d’un cancer est en constante augmentation, mais les progrès en terme de développement de traitements depuis 25 ans ont permis d’observer une diminution de la mortalité. La recherche de nouvelles solutions thérapeutiques est essentielle pour espérer diminuer le taux de mortalité dû au cancer, ainsi que limiter les effets indésirables pour les cancers avec des taux de guérison les plus élevés. Les nouveaux médicaments sont innovants car ils peuvent être développés à partir de nouvelles molécules, de nouveaux procédés de fabrication ou encore provenir de l’élargissement de l’utilisation de médicaments déjà connus auparavant pour d’autres maladies et/ou qui peuvent montrer un intérêt dans d’autres situations médicales. Dans ce contexte, ce projet a pour objectif d’évaluer la propagation et la persistance de traitements dans l’organisme de souris ayant développé une tumeur, en réalisant des prélèvements biologiques (prises de sang, prélèvements d’organes) qui seront analysés en laboratoire. En fonction de la durée de vie, des effets directs (effet sur la tumeur) et indirects (effets secondaires) des médicaments dans l’organisme, les conditions optimales seront sélectionnés afin de tester leur effet antitumoral. A terme, ces travaux devraient permettre de proposer de nouvelles alternatives thérapeutiques aux patients pour lesquels les traitements actuels provoquent de nombreux effets secondaires. Ils participeront également à améliorer l’efficacité des traitements actuels ou identifier de nouveaux médicaments pour les patients pour lesquels les traitements sont inefficaces ou inexistants.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Greffe : implantation d’un fragment ou de cellules tumoral(es) sous la peau. Le temps de chirurgie n’excèdera pas 10 minutes. Surveillance des animaux : observation quotidienne du comportement par déplacement et/ou ouverture des cages d’hébergement. Administration de médicament : préhension des animaux à une fréquence dépendant du schéma de traitement : 4 fois par jour ou moins. La durée de préhension n’excèdera pas 1 minute. Prélèvement de sang : préhension des animaux à une fréquence dépendant des besoins en prélèvements, 16 prélèvements seront effectués maximum par animal. La durée de préhension n’excèdera pas 2 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Stress dû à l’administration de molécules: nuisance transitoire (plusieurs minutes) de classe légère jusqu’à 4 fois par jour selon le schéma de traitement ; Douleurs post-opératoires: nuisance transitoire (plusieurs heures) de classe modérée; Risque d’infection: nuisance transitoire (plusieurs jours) de classe modérée; Perte de poids (cachexie, anorexie ou perte d’appétit): nuisance transitoire (plusieurs jours) de classe modérée; Diarrhée: nuisance transitoire (plusieurs jours) de classe modérée ; Contention en tube pour prélèvement sanguin : nuisance transitoire (plusieurs minutes) de classe légère.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront tous euthanasiés pour réaliser les analyses associées (biologiques, histologiques) et compte tenu des nuisances occasionnées.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le développement de nouveaux traitements permettant de lutter contre le cancer nécessite la réalisation de tests précliniques afin de valider leur absence de toxicité sur l’organisme et leur efficacité sur la croissance tumorale, avant une application chez l’Homme. Il existe des méthodes alternatives et préalables à la réalisation de tests sur les animaux (prédictions informatiques, in vitro …), permettant de tester rapidement un grand nombre de molécules, et de sélectionner celles qui semblent les plus efficaces. Cependant, ces méthodes réalisées en dehors du cadre d’un organisme vivant n’offrent pas la possibilité de lier les effets des traitements avec la complexité de l’organisme, par exemple elles ne prennent pas en compte l’effet de la circulation sanguine ou le rôle du foie dans la transformation et la distribution des médicaments. Cela limite la possibilité de prévoir comment un traitement agira réellement dans le corps d’un patient. C’est pourquoi, une fois les tests préliminaires terminés, et les molécules les plus prometteuses identifiées, il est nécessaire de poursuivre leur évaluation chez l’animal. Ces études sont réalisées sur un nombre strictement minimal d’animaux pour collecter les échantillons biologiques nécessaires à l’étude de la propagation et de la persistance des molécules testées.
2. Réduction
Ce projet utilise le nombre d’animaux strictement nécessaire pour étudier la propagation et la persistance de nouveaux médicaments dans l’organisme, via la collecte d’échantillons biologiques. Les traitements évalués ont été sélectionnés au préalable par des études in vitro et/ou in vivo pour leur potentiel thérapeutique. Les conditions expérimentales sont optimisées pour réduire au maximum le nombre d’animaux lorsque cela est possible (par exemple, regroupement d’études pour n’utiliser qu’un seul groupe contrôle, ou flexibilité sur les conditions de début de traitement des animaux). Les expériences sont réalisées sur des groupes de souris de taille minimale pour collecter les prélèvements nécessaires à l’analyse biologique des effets des médicaments testés, avant de valider l’efficacité tumorale de ces médicaments, et avant des essais cliniques chez l’Homme.
3. Raffinement
Pour prévenir l’hypothermie durant l’acte chirurgical, les animaux seront placés sur un tapis chauffant. Pour la prévention de la douleur et la souffrance lors de l’acte chirurgical et lors de prélèvements invasifs, les animaux recevront une anesthésie générale. Les produits d’anesthésie générale proposés sont suffisants pour obtenir un effet anti-douleur en plus de l’effet anesthésique profond pour le temps et le type d’intervention réalisée. Pour les soins, si une lésion ou une sécheresse sont observées au niveau de la sphère oculaire, une solution nettoyante et/ou protectrice sera appliquée. Si une lésion cutanée est observée, une solution antiseptique sera appliquée. En cas d’infection, des analyses bactériologiques et/ou virologiques pourront être effectuées pour instaurer une thérapie adéquate et l’animal pourra être isolé pour lui permettre de se rétablir sans la présence de ses congénères. Dans ce cas, divers matériaux seront ajoutés pour atténuer l’effet d’isolement et permettre la création d’un cocon. Après l’administration de molécules, l’animal sera observé pour détecter tout comportement inattendu. Aussi, un point de compression sera réalisé au site d’administration si nécessaire. Si ces points de raffinement ne sont pas suffisants, les mesures associées aux points limites de ce projet seront appliquées.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Nous utilisons des souches murines immunodéficientes qui sont classiquement utilisées pour des greffes de cellules tumorales humaines et dans le cadre d’évaluations pharmacologiques. Les souris présentant un système immunitaire résiduel qui se développe avec l’âge et qui peut réduire le taux de prise de greffe, nous utiliserons des animaux, en fin de période d’acclimatation, âgés entre 5 et 13 semaines pour augmenter nos chances de succès.