
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 21/03/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-161117)
160 souris femelles vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. Elles reçoivent des injections hormonales dès la période néonatale, la moitié subissant à l’âge adulte l’ablation des ovaires et la pose d’implants hormonaux, avant des tests comportementaux. Le porteur prévoit la mise à mort pour prélever le cerveau et étudier le rôle de la minipuberté dans la différenciation sexuelle. Il affirme qu’aucune méthode alternative ne permet d’étudier ce réseau neuronal dans l' »organisme entier » et retient la souris pour les outils disponibles.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Ce projet vise à identifier le rôle de la minipuberté dans l’organisation permanente des structures nerveuses impliquées dans la reproduction femelle. La minipuberté est une période postnatale pendant laquelle l’axe gonadotrope, qui régit la reproduction, s’active. Or, jusqu’à présent le rôle et les conséquences de cette activation précoce et transitoire, qui existe également chez l’espèce humaine et qui précède de loin l’initiation de la puberté, sont encore mal connus. Il s’agira donc d’abolir pendant cette période la production ovarienne en hormones en utilisant un modèle de souris transgénique et de mesurer les conséquences de cette perturbation, ainsi que de la supplémentation d’hormones ovariennes sur les fonctions neuroendocrines et comportementales liés à la reproduction chez la souris femelle.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet vise à comprendre les mécanismes cérébraux qui régissent l’organisation de la fertilité chez les femmes. Alors que cette question a été largement étudiée chez le mâle, les données sur les femelles manquent Ce projet qui se concentre sur la compréhension des mécanismes cérébraux chez la femelle permettra d’approfondir les connaissances scientifiques sur la reproduction féminine, en particulier sur le rôle des hormones ovarienne sur son organisation au cours du développement. Cela est d’autant plus important qu’une avancée de l’âge de la puberté a été observée ces dernières années chez les filles, associée à des problèmes sociaux et psychologiques. La perturbation hormonale au cours de la minipuberté peut avoir un impact indirect sur les réponses neuroendocrines et comportementales liées à la reproduction, par le biais des altérations de l’axe gonadotrope à l’âge adulte. Elle peut également affecter directement l’organisation précoce et l’expression des voies de signalisation neurales clés qui régulent ces réponses. Cette étude évaluera les effets des hormones ovariennes produites pendant la minipuberté sur les composants clés des comportements sexuels et maternels. Ce projet permettra ainsi une meilleure compréhension des voies de signalisation sous-tendant l’organisation cérébrale des fonctions de reproduction par les hormones ovariennes.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
L’ensemble des animaux sera soumis à une injection unique intra-péritonéale d’hormones en période postnatale. Ces injections sont très rapides (1 minute). Après les injections, les souris retournent dans leurs cages habituelles avec leurs mères respectives jusqu’au sevrage. A l’âge adulte, 80 animaux seront soumis à une procédure chirurgicale rapide (ovariectomie et pose d’implants hormonaux). Cette procédure est d’une durée maximale de 10 minutes sur animaux anesthésiés ayant reçu une injection d’analgésique 20 minutes au préalable.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les souris femelles seront soumises à des injections intrapéritonéales et sous-cutanées au cours du développement. Les produits administrés n’ont pas d’effet douloureux connus, les animaux auront le seul inconfort de la contention et de l’injection. Les femelles de la première cohorte seront ensuite, à l’âge adulte, ovariectomisées et supplémentées en hormones afin de mimer la séquence naturelle de réceptivité de la souris en s’affranchissant des variations hormonales des femelles et en assurant des niveaux d’imprégnation hormonale identiques. Après la récupération post-opératoire, l’ovariectomie et la supplémentation n’entrainent pas d’inconfort des animaux. Les paramètres de leur comportement de reproduction, de leur activité locomotrice et leur niveau d’anxiété spontané seront ensuite analysés. Les femelles de la deuxième cohorte ne subiront pas de procédure chirurgicale. Après les traitements postnataux, elles seront testées pour leur comportement maternel et leur capacité à apporter des soins aux petits. Les tests comportementaux se font pendant la phase obscure, respectant la phase d’activité des souris, et sont filmés en lumière rouge afin d’interférer le moins possible avec leur activité quotidienne. Ces analyses comportementales consistent à observer des comportements spontanés : cela n’engendre pas d’inconfort des animaux.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
L’ensemble des 160 souris sera euthanasié à l’issue de chaque procédure afin de prélever le cerveau des animaux. Les analyses immunohistochimiques et moléculaires de ces cerveaux nous permettrons de mieux comprendre les voies de signalisation sous-tendant l’organisation cérébrale des fonctions de reproduction femelle, et tout particulièrement le rôle de la période de minipuberté dans ces processus.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’étude du rôle de la minipuberté dans la mise en place des structures nerveuses impliquées dans la reproduction nécessite des modèles animaux pour pouvoir étudier le réseau neuronal complexe au sein de l’organisme entier. Des animaux vivants seront donc nécessaires pour ce projet. Ce projet comporte des analyses comportementales et neuroendocrines. Il n’est donc pas possible de le développer par des méthodes alternatives et/ou substitutives.
2. Réduction
Le nombre d’animaux utilisés dans cette étude est de 160. Il a été calculé au plus juste pour garantir la puissance statistique de l’étude. Afin de réduire le nombre d’animaux, nous utiliserons les mêmes cohortes d’animaux pour les analyses comportementales et moléculaires. Par ailleurs, plusieurs zones du cerveau (cortex, bulbe olfactif, striatum…) seront collectées et stockées pour des études futures, les autres organes (hypophyse, ovaire, squelette, dents…) seront proposés aux collaborateurs de l’équipe.
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés sous la supervision de soigneurs et d’un vétérinaire qualifié. L’hébergement des animaux sera réalisé conformément à la directive européenne 2010/63/UE en termes d’espace et d’environnement. Les souris seront soumises à un cycle lumière- obscurité de 12h dans un environnement à température contrôlée avec un accès ad libitum à la nourriture et à l’eau. Les cages complètes seront changées chaque semaine. Pour l’enrichissement, un nid sera placé dans la cage. Les résultats du phénotypage reproductif antérieur de la lignée de souris utilisée n’a pas révélé de phénotypes présentant une souffrance inhérente. Avant chaque procédure chirurgicale, une analgésie sera effectuée par l’injection d’un analgésique 20 minutes avant la procédure. Les souris seront surveillées quotidiennement et pesées hebdomadairement afin de s’assurer que toute souris présentant un ou plusieurs points limites sera euthanasiée. Les points suivants sont considérés comme points limites ; – tout dérèglement physiologique aboutissant à une incapacité prolongée ou irréversible de se nourrir ou de boire – toute modification comportementale caractéristique d’une douleur intense, d’une détresse ou d’une souffrance (absence de locomotion, prostration, dos vouté, pelage hérissé et/ou terne, affection cutanée…) – perte de poids supérieure à 20% du poids initial. Toutes les euthanasies des animaux seront effectuées sous anesthésie générale. forts. La mort de l’animal est avérée par l’arrêt des battements cardiaques. Le prélèvement du cerveau ne laisse aucun doute sur la mort de l’animal.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris est l’un des modèles les mieux caractérisés pour ces études neuroendocrines et comportementales grâce à la disponibilité d’outils biotechniques (anticorps, lignées transgéniques…), et de données dans la littérature permettant d’une part de comparer les résultats obtenus avec ceux des autres laboratoires et d’autre part d’implémenter les connaissances sur cette thématique. Les souris femelles seront injectées au 7ème jour postnatal afin de perturber la production hormonale qui a lieu pendant la période de minipuberté, et qui est peut-être responsable de la différenciation sexuelle du cerveau femelle. Les femelles seront soumises aux procédures décrites seulement à partir de l’âge adulte (8 semaines d’âge). En effet, le but de ce projet est d’analyser les effets de la perturbation de la minipuberté sur la différenciation sexuelle du cerveau et donc des effets à long-terme qui peuvent interférer avec l’expression à l’âge adulte des comportements de reproduction.