
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2022-07-25 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-176964)
1 008 rats vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Un cathéter est posé dans leur veine jugulaire pour qu’ils s’auto-administrent une drogue lors de dizaines de séances de six heures, certaines associant la prise à des chocs électriques sur les pattes pour mesurer jusqu’où ils la poursuivent. Le porteur qualifie ces chocs de « légers » et rappelle que l’animal peut à tout instant cesser de répondre, les rats étant tués pour analyses moléculaires. Il affirme que ce type d’étude de l’addiction ne peut être mené que sur un animal vivant aux réseaux neuronaux intacts.
Résumé produit par un modèle de langage à partir du seul texte du laboratoire, selon une méthode arrêtée par l’OXA. Publié sans relecture individuelle préalable, sous la responsabilité de l’association, et corrigé au fil des relectures.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Dans quel but fait-on ça ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
L’addiction est une maladie comportementale et psychiatrique chronique pour laquelle il n’existe pas de traitements efficaces et qui apparaît chez certains consommateurs de substances d’abus. Afin de trouver des stratégies thérapeutiques efficaces, il est nécessaire de mieux comprendre les mécanismes responsables de l’apparition de cette pathologie. Pour cela, ont été développés chez les rongeurs, des modèles d’addiction, qui miment les critères de diagnostics de l’addiction chez l’Homme, comme, par exemple, leur incapacité à limiter la recherche ou la prise de drogue malgré des effets désagréables. Ce projet a pour but de mimer et caractériser cette difficulté à contrôler la consommation de drogues malgré les conséquences négatives associées à cette dernière. Dans un modèle d’addiction chez le rat, nous nous focaliserons sur la capacité individuelle des rats à contrôler leur prise de drogue quand celle-ci est associée à des effets désagréables. Pour étudier cette vulnérabilité individuelle, nous utiliserons une approche qui permet de déterminer l’effet désagréable maximal qu’un rat est prêt à recevoir pour obtenir des injections de drogue et ainsi déterminer un seuil de vulnérabilité à développer une addiction pour chaque rat. Ce modèle servira donc à distinguer les animaux développant une addiction des animaux capables de contrôler leurs prises de drogues. Ce projet pourrait apporter une explication au fait que parmi tous les utilisateurs de drogues, seule une proportion devient addict, et perd le contrôle de sa consommation et de rechercher les mécanismes neurobiologiques impliqués. Ce projet vise à caractériser la distribution du comportement compulsif vis à vis de la drogue au niveau d’une population de rats et les informations obtenues seront utilisées dans le futur pour raffiner les prochaines expériences utilisant le même modèle.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Cette approche a plusieurs bénéfices. Notre procédure présente 2 avantages par rapport aux procédures traditionnelles : 1) elle « s’auto-ajuste », c’est à dire que l’intensité des conséquences gênantes de la prise de drogue s’adapte au comportement individuel de l’animal avec la possibilité d’arrêter la prise de drogue à des niveaux de stress très faible et éviter ainsi des stress de durée plus importante. Au contraire, les procédures traditionnelles imposent un niveau de sanction fixe qui est souvent plus élevé de ce que les rats auraient supportés s’ils avaient le choix. 2) elle permet de mesurer finement la résistance à la sanction en une seule session en déterminant le niveau maximal de sanction qu’un animal est prêt à supporter pour recevoir de nouvelles doses de drogue. En effet, les procédures traditionnelles imposent un niveau de sanction fixe qui permet une distinction entre les rats résistants et vulnérables à la punition. D’un point de vue plus général, les 2 variations de paramètres proposées nous permettent de se rapprocher de ce que l’on peut observer dans l’addiction chez l’Homme. En effet, l’utilisation d’un délai entre la prise de drogue et la punition (paramètre 2) nous permet de mimer le fait que, chez l’Homme, la conséquence négative n’est pas instantanée et arrive plutôt de façon décalée temporellement après la prise de drogue. L’autre paramètre (1), donne la possibilité de distinguer la recherche et la prise de drogue et nous permettra de caractériser plus facilement les différents mécanismes motivationnels sous-jacents à la persistance de la recherche et de la prise malgré des conséquences désagréables. La découverte des mécanismes neurobiologiques impliqués dans nos effets pourrait aider à une meilleure prise en charge de ces pathologies, tenant compte de la vulnérabilité / résistance individuelle aux effets désagréables associées à la prise de drogues.
Nuisances prévues, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Un examen publié en 2018 a établi que les résumés allemands et britanniques décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Le droit d'accès aux documents · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Tous les rats seront soumis à une chirurgie d’implantation de cathéter dans la veine jugulaire sous anesthésie générale de 15 minutes pour pouvoir s’auto-administrer les drogues. Ils suivront ensuite tous des sessions d’entrainement d’auto-administration sans sanction pour développer un comportement de prise de drogue stable (15 sessions, 1 session par jour), 6h/ jour. Une fois le comportement opérant de prise acquis et stable, tous les animaux suivront des sessions d’auto-administration sans et avec sanction (6h maximum / session, 1 session / jour), 50 sessions. Ils suivront également des sessions d’auto-administration pour déterminer le niveau individuel de motivation de l’animal qui est le niveau de réponse maximale fournit par l’animal pour obtenir la drogue (1 session par semaine, 6h maximum / session), 10 sessions.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Un nouvel examen, publié en 2024, a mesuré que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces mesures portent sur l'Allemagne et le Royaume-Uni. L'examen de 2018 classait la France parmi les pays les moins bons pour l'identification, l'accessibilité et la qualité de ses résumés, sans les noter rubrique par rubrique (Taylor et al., 2018). Les résumés français suivent aujourd'hui le modèle européen commun.
Les animaux souffrent-ils ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les nuisances attendues pour cette procédure sont : – cathéter : gène, risque d’infection ou de démangeaisons – auto-administration : La prise de drogue chronique (bien que volontaire) peut causer un stress modéré chez certains individus, ce qui est attendu car, comme chez l’Homme, un état « addict » chez le rat peut être associé à un état émotionnel négatif. – sanction / stress : Les stress délivrés lors des phases de sanction sont de légers stress au niveau des pattes des rats (sur la grille du sol des cages). Les stress utilisés ne sont pas d’intensité et/ou durée telle d’induire des conséquences négatives durables, les animaux pourront à chaque instant éviter le stress induit (et diminuer son intensité) en renonçant à répondre pour obtenir la drogue.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Tous les animaux, à l’issue de tous les tests d’auto-administration avec et sans sanction, seront mis à mort afin de procéder à des analyses moléculaires.
Application de la règle des "3R", selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Ce type de recherche, visant à comprendre les bases d’une maladie psychiatrique telle que l’addiction aux drogues, peut-être uniquement menée sur un animal vivant. En effet, l’étude de cette pathologie comportementale et psychiatrique nécessite la présence de réseaux neuronaux intacts et fonctionnels qui sont uniquement accessibles dans des modèles d’animaux intègres et donc vivants. Il n’est donc pas envisageable d’utiliser des méthodes de substitution à l’animal entier.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Des études statistiques nous ont permis de définir les effectifs nécessaires à la réalisation de ce projet de façon à mettre en évidence des différences significatives tout en limitant au maximum le nombre d’animaux utilisés. Nous minimiserons le nombre d’animaux utilisés par des méthodes expérimentales validées et reproductibles et en ayant recours à des analyses statistiques de type ANOVA et un calcul de puissance qui permet de calculer le nombre d’animaux nécessaires pour obtenir des résultats statistiquement significatifs. Ainsi, le nombre d’animaux nécessaires par groupe sera de 12. Nous estimons un ajout de 2 animaux par groupe dus aux pertes liées à la compléxité du geste des procédures chirurgicales (lors de l’insertion du cathéter dans la veine, la veine peut céder) ou liées à la durée du projet avec le risque que le catheter se bouche sur la longueur de la période d’auto-administration. Ainsi 14 animaux par groupe, seront nécessaires à notre étude. Avec 18 lots (9 lots mâles et 9 lots femelles) soit 1008 animaux au maximum.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
La réglementation est-elle « très stricte » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Nous avons planifié ce projet en gardant à l’esprit la nécessité de réduire, sinon de soulager l’inconfort, la douleur, la détresse ou l’angoisse des animaux, et dans le but d’obtenir plus d’informations pertinentes à moindre coût en terme de « mal être » animal. Le bien-être des animaux est pris en compte à chaque étape par une surveillance régulière des animaux selon une grille de suivi de bien-être animal. En cas d’apparition de signes de mal-être, et suivants des points limites établis, une prise en charge adaptée sera appliquée et un traitement antalgique sera mis en place si nécessaire. Le bien-être animal est également assuré par l’apport d’enrichissement spécifique aux rongeurs dans le milieu (tunnels, stick de bois (pour répondre à leur besoin naturel de ronger) et le recours à l’anesthésie générale, additionnée d’une anesthésie locale en présence d’antalgiques, pendant laquelle l’animal sera placé sur un tapis chauffant pour assurer le maintien de sa température corporelle. Dès leur arrivée à l’animalerie, les animaux seront hébergés à deux par cage en conditions normales (température et humidité contrôlées, cages ventilées) et accès à l’eau et à la nourriture ad libitum. Les procédures débuteront après une période d’acclimatation de 10 jours minimum. Les manipulations sont réalisées par des expérimentateurs expérimentés et compétents.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Spécisme et expérimentation animale · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Le rat est, avec la souris, l’animal le plus utilisé pour l’étude de l’addiction dans les modèles animaux car les rats ont des réponses aux drogues qui sont similaires à celles de l’Homme et ils s’auto-administrent toutes les drogues abusées par l’Homme de façon spontanée. Nous utiliserons des rats de la lignée « Sprague-Dawley ». Il s’agit de rats « outbred », c’est à dire avec un niveau de consanguinité limité ce qui permet une variabilité génétique majeure entre les individus. Les rats Sprague-Dawley sont les plus utilisés dans le domaine biomédical. Dans cette étude, nous utiliserons des rats « jeunes adultes » de 7-8 semaines au début du projet (qui durera environ 5 mois) afin de limiter le risque de variabilité qui pourrait être lié à l’utilisation de rats en phase d’adolescence (juvéniles).