
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 14/04/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-337810)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Chaque année, en France et dans le monde, des milliers de patients présentent une infection à bactérie multi ou hautement résistante aux antibiotiques et les patients se trouvent souvent dans une impasse thérapeutique. Deux phénomènes ont été identifiés comme responsables de l’échec de traitement : la résistance et la récalcitrance aux antibiotiques. La résistance se définit par l’acquisition bactérienne de nouveaux mécanismes permettant leur croissance en présence d’antibiotiques. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié un rapport stipulant que plus de 40 % des antibiotiques surveillés montrent une résistance accrue sur plusieurs types de bactéries . La résistance aux antimicrobiens est donc devenue un problème majeur de santé publique. Plusieurs études réalisées dans notre laboratoire ont prouvé l’efficacité in vitro de 4 nouveaux peptides anti-microbiens sur ces bactéries. Point majeur : aucune résistance bactérienne n’a pu être mise en évidence. Démontrer maintenant leur efficacité in vivo, dans un modèle murin d’infection représente une étape indispensable dans leur validation thérapeutique. La récalcitrance se définit par la capacité d’une population bactérienne, sensible à un antibiotique donné, à entrer en dormance, survivre au traitement et se remultiplier une fois le traitement arrêté, causant des rechutes infectieuses. Nous sommes capables au laboratoire d’induire de la récalcitrance et nous avons à notre disposition 10 couples isogéniques. Ces souches sont isolées de patients ayant développé une infection (souche initiale) puis une rechute (souche de rechute) après traitement antibiotique. De nouvelles données sur les changements phénotypiques transistoires dans la population bactérienne pourront être ainsi collectées et nous renseigneront sur les niches qui pendant l’infection, permettent à certaines bactéries normalement sensibles de survivre aux traitements antibiotiques, découlant sur des phénomènes de rechute et de récurrences infectieuses à l’arrêt du traitement.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet de recherche représente une étape indispensable dans la validation de nouvelles molécules antibiotiques. L’antibiorésistance et la récalcitrance sont des phénomènes qui concernent à la fois la santé animale et la santé humaine. En France, chaque année 125 000 infections et 5 500 décès sont attribuables aux échecs de traitement des infections. Ce projet implique des bactéries pathogènes du groupe ESKAPE qui constituent un ensemble de bactéries conduisant à des infections nosocomiales qui, selon l’organisation mondiale de la santé (OMS), représente une menace planétaire du fait de leurs multiples résistances aux antibiotiques et leur diffusion au sein des hôpitaux. Une étude chez l’animal permettra d’analyser et d’envisager, dans un second temps, une étude d’évaluation de différents protocoles thérapeuthiques chez l’Homme. La recherche préclinique sur l’animal est en effet une étape indispensable, permettant de s’assurer que les médicaments ou les protocoles de soin sont sûrs et efficaces, avant de les proposer aux malades.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les gestes techniques pratiqués sur animal vigile sont : injection par voie peritoneale, injection par voie intraveineuse ou injection en sous-cutané, pesée ds animaux et prise de température rectale. Ces gestes ne durent que quelques secondes chacun, les injections sont limitées à un seul par animal et par jour.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
L’injection de bactéries chez la souris peut provoquer de la douleur et de la souffrance. Elle peut engendrer également une baisse d’activité, une perte de poids et un affaiblissement général. Les doses de bactéries injectées seront calibrées pour minimiser ces effets. Les antibiotiques que nous utilisons dans le modèle de récalcitrance ont déjà été testés sur l’animal et ne provoquent pas d’effets secondaires
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Afin de caractériser l’effet de nos traîtements, notemment l’effet biologique, nous devons récupérer en fin d’expérience les organes des animaux traîtés et non traîtés. Nous devons pour cela procéder à l’euthanasie de l’ensemble des animaux du projet. L’étude moléculaire des tissus des organes est indispensable pour évaluer les effets de nos nouvelles molécules ainsi que leur toxicité.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les modèles ex vivo apportent des informations intéressantes puisqu’ils renseignent sur la capacité de ces molécules à être actives sur des bactéries cultivées in vitro. Mais ils ne permettent pas de renseigner sur l’évolution in vivo, donnée essentielle pour mesurer leur efficacité réelle. Dans cette étude, l’utilisation d’animaux est nécessaire en raison de la complexité du sepsis, qui affecte plusieurs organes en même temps. Pour bien comprendre cette maladie, il est indispensable d’étudier ses effets sur un organisme entier. Par ailleurs, les résultats obtenus chez les rongeurs, lorsqu’ils sont cohérents entre différents modèles, reflètent généralement bien ce qui se passe chez l’Homme. Aucune méthode alternative n’est disponible actuellement.
2. Réduction
Pour limiter le nombre d’animaux utilisés, nous nous sommes basés sur les travaux précédents menés dans notre laboratoire, ainsi que sur une analyse approfondie de la littérature scientifique sur cette maladie. Nous avons optimisé les prélèvements de tissus après l’euthanasie de chaque animal. De plus, nous avons effectué un test statistique appelé calcul de puissance (avec une puissance de 90 % et un seuil d’erreur de 5 %) pour déterminer précisément le nombre d’animaux nécessaires par groupe.
3. Raffinement
Les animaux sont élevés dans des conditions adaptées: locaux confinés, portoirs ventilés, eau et nourriture ad libitum avec un maximum de 5 animaux par cage (Chaque animal est identifié à l’aide d’une bague numérotée). Aucun animal ne sera maintenu seul dans sa cage sauf en cas d’agressivité ou si des soins particuliers sont nécessaires. De l’eau gélifié, du coton pour faire leur nid, des jouets type tunnel pourront être ajoutés dans la cage. Une attention particulière sera porté au bien-être des animaux tout au long de l’étude. Nous surveillerons régulièrement les rongeurs pour détecter toute douleur excessive. L’état physique, le comportement seront vérifiés visuellement. Le poids sera suivi à l’aide d’une balance. La température corporelle sera mesurée avec un thermomètre rectal adapté aux rongeurs. Le suivi quotidien, pendant 7 jours permettra d’avoir un contrôle continu sur leur état de santé.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’utilisation du modèle souris dans l’évaluation thérapeutique de nouvelles molécules est largement détaillée dans la littérature scientifique. Ce modèle simple est facilement reproductible. Les animaux seront âgés de 4 à 8 semaines. A ce stade de développement, les animaux sont de jeunes adultes avec un système immunitaire mature et une stabilisation de la croissance et du poids. Ce qui permet d’exclure des paramètres susceptibles d’interférer avec les résultats de l’expérimentation. Depuis plusieurs années un grand nombre d’études ont été publiées sur le sepsis en utilisant des rongeurs comme modèle animal. Leur utilisation nous permet de mieux situer nos résultats dans un contexte scientifique global. Ces modèles de rongeurs ont été largement étudiés, et l’on connaît bien leur cycle de vie ainsi que leurs éventuels impacts sur les expérimentations. Les rongeurs sont compatibles avec un large éventail de techniques pour analyser différents paramètres et mécanismes, y compris ceux que nous utiliserons dans cette étude. L’utilisation de souris est donc recommandée.