
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 12/05/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-745713)
4 248 truites arc-en-ciel sont exposées à des polluants PFAS puis, pour une partie, infectées par deux virus, dans des procédures dont 2 400 classées en souffrance sévère. L’exposition couvre deux générations et tous les stades de vie, de l’œuf à l’adulte reproducteur. Le porteur annonce peu d’effets indésirables visibles, tout en décrivant pour les épreuves infectieuses une nage erratique, une perte d’équilibre, une exophtalmie et une mortalité dès cinq à sept jours. Tous les poissons sont mis à mort en fin de projet, au nom de la biosécurité.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Au cours des vingt dernières années, les scientifiques et les pouvoirs publics se sont intéressés de plus en plus aux perturbateurs endocriniens (PE), notamment en raison de leur utilisation de plus en plus importante et des preuves croissantes de leurs effets nocifs sur l’homme et l’environnement. Récemment, la perturbation du système des hormones thyroïdiennes par les PE a suscité plus d’attention en raison de son impact sur de nombreux systèmes physiologiques clés dont le développement du système immunitaire. Parmi les PE, les substances per et poly-fluoroalkylées (PFAS) sont ubiquistes et persistantes dans l’environnement comme dans les organismes entrainant de nombreuses perturbations biologiques. Dans ce projet, une première étape de screening sera réalisée pour évaluer la toxicité et les pouvoirs PE de plusieurs PFAS à différentes concentrations d’exposition sur plusieurs modèles biologiques (xenope, poisson zèbre et truite arc-en ciel (TAC)). Puis, la relation entre le système thyroidien, l’immunité, le développement et la reproduction sera étudiée chez 2 générations de TAC exposées soit directement, soit via leurs parents à une sélection de deux PFAS d’intérêt. L’approche méthodologique utilisera différents stades de vie (embryons, larves, juvéniles et adultes matures), à travers des expositions chroniques intergénérationnelles et des analyses effectuées au niveau moléculaire, cellulaire/tissulaire, morphologique, physiologique, comportemental, résistance aux pathogènes et populationnel
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet vise à fournir des connaissances sur les liens entre le système hormonal thyroïdien et la santé globale des poissons après exposition aux PFAS. Le potentiel de succès de ce projet repose sur les approches ambitieuses et innovantes sélectionnées, qui sont (1) une comparaison entre les différents PFAS, modèles et environnementaux (PFOS, PFOA, PFHxS, PFBA, TFA) pour mettre en évidence l’impact potentiel de ces substances à des concentrations proches de celles auxquelles les poissons sont exposés dans leur environnement ; (2) la réalisation de co-expositions (chimiques et pathogènes), pour créer une approche réaliste des conditions de l’environnement naturel ; (3) l’évaluation des effets directs et indirects des expositions intergénérationnelles, pour mettre en évidence les impacts parentaux ; (4) une intégration des différentes étapes de vie, afin de mieux comprendre les fenêtres de sensibilité ; (5) l’utilisation de multiples biomarqueurs classiques (morphologiques, physiologiques et comportementaux) et omiques pour décrire la relation entre différents niveaux d’organisation biologique.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Prélèvements de sang (moins de 10% du volume total disponible, d’une durée de moins de 30 secondes) sur animaux vigiles au cours de l »exposition aux PFAS. Prélèvements de sang et d’organes cibles (rate, rein, foie, branchies, thymus) sur animaux mis à mort à la fin des temps d’exposition chimique ou après l’infection virale.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
1) Induction possible d’un léger stress des animaux du fait des conditions expérimentales. 2) Peu d’effets indésirables visibles attendus sur les animaux qui seront exposés à des concentrations sub-létales de PFAS. 3) Comportements et symptômes caractéristiques de l’infection virale au virus de la nécrose hématopoietique infectieuse (NHI) et au virus de la nécrose pancréatique infectieuse (NPI) lors des épreuves infectieuses (assombrissement de la couleur de la peau, nage erratique, perte d’équilibre, exophtalmie…), avec une mortalité débutant en moyenne à 5-7 jours post-infection.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Pour des raisons de biosécurité, tous les poissons ayant intégré la plateforme expérimentale seront mis à mort à la fin du projet.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’étude du système hormonal nécessite la mise en place de systèmes biologiques représentatifs de la complexité du fonctionnement d’un organisme. Ceci est encore plus vrai dans le cas de l’étude d’interactions possibles entre différents systèmes biologiques, ici le système hormonal thyroidien et le système immunitaire. Cela ne peut pas être substitué, notamment pour l’étude des effets sur différents systèmes et des interactions entre ceux-ci, par des méthodes alternatives (tests in vitro ou embryo larvaires).
2. Réduction
Le nombre de poissons et de bassins par condition a été réduit à son minimum en intégrant les temps et nombre de prélèvements prévus, la variabilité inter-bassins fréquemment observée, les mortalités pouvant survenir sur les stades plus précoces et plus sensibles et de façon à assurer une robustesse statistique des résultats. Le nombre maximum de poissons a été estimé à 4248.
3. Raffinement
Les mesures de raffinement viseront à: – Assurer des conditions optimales d’hébergement des animaux afin de s’assurer de leur bien-être i.e une biomasse (nombre d’animaux par bassin) contrôlée permettant l’expression des comportements alimentaires et natatoires attendus de l’espèce étudiée, un volume d’eau adapté et renouvelé en continu, une saturation en oxygène suffisante, un rythme jour/nuit naturel, et une alimentation adaptée à leur stade de développement et la biomasse. – Evaluer quotidiennement l’état de santé général des poissons et leur comportement natatoire et alimentaire, en suivant une grille de points limites adaptée. – Mettre à mort de façon compassionnelle des animaux dont les points limites sont atteints e.g comportement de nage anormal et/ou aspects physiques déterioré, etc…
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) est une espèce idéale : (1) elle est d’un grand intérêt économique et représente un modèle environnemental pertinent proche des espèces endémiques (c.à.d, Salmo trutta fario) des eaux européennes, (2) les caractéristiques spécifiques de cette espèce, notamment la présence d’unités fonctionnel de la glande thyroidenne dans le rein, en font un organisme très intéressant pour les études fonctionnelles, 3) c’est une espèce facile à élever en laboratoire, avec un cycle de développement plus long que le poisson-zèbre, ce qui permet des expositions chroniques aux stades embryonnaires, larvaires et juvéniles et (4) son génome, entièrement séquencé, est disponible, facilitant ainsi les analyses génétiques. Les animaux sont utilisés à différents stades de développement, depuis l’œuf, larves, alevins, juvéniles jusqu’à l’adulte reproducteur pour couvrir tout le cycle de vie.