
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2023-01-24 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-819617)
6 192 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Un cancer de la cavité buccale leur est induit par un agent chimique, le 4NQO, puis elles reçoivent des injections quotidiennes de traitements, des pesées et des inspections sous isoflurane, avant une mise à mort par dislocation cervicale pour prélever la langue. Le porteur reconnaît des douleurs, une perte de poids et des difficultés à s’alimenter liées aux tumeurs buccales. Il présente des co-cultures cellulaires comme insuffisantes pour reproduire la complexité de l’organe, pour une recherche dont les retombées pour les patients restent hypothétiques.
Résumé produit par un modèle de langage à partir du seul texte du laboratoire, selon une méthode arrêtée par l’OXA. Publié sans relecture individuelle préalable, sous la responsabilité de l’association, et corrigé au fil des relectures.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Dans quel but fait-on ça ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Ce projet a pour objectif d’étudier le rôle des cellules immunitaires appelées neutrophiles dans la progression tumorale du carcinome épithélial oral. Plus précisemment nous souhaitons étudier une des fonctions des neutrophiles : la formation de « Neutrophil Extracellular Traps » (NETs) dans le developpement cancéreux. Les NETs sont des filaments d’ADN recouverts de protéines qui sont libérés par les neutrophiles, afin de piéger et tuer les micro-organismes pathogènes lors d’une infection. Cependant des études ont montré que ces NETs ont également des propriétés pro-tumorales. Notre hypothèse est que les neutrophiles qui forment des NETs entrainent la progression du cancer via i) l’activation des fibroblastes (des cellules saines de soutien des tissus) et ainsi la mise en place d’un environnement riche en matrice extracellulaire qui est nécéssaire à la croissance des tumeurs ; ii) l’inhibition des lymphocytes T CD8 cytotoxiques (des cellules immunitaires normalement capables de tuer les cellules cancéreuses). En effet, cet environnement est indispensable au développement tumoral et à l’invasion du cancer. Plus spécifiquement, nos expériences de culture cellulaire montrent que les NETs activent les fibroblastes capables de remodeler la matrice extracellulaire, ce qui augmente les capacités tumorales et invasives des cellules cancéreuses. De plus, nous avons identifié i) la protéine PD-L1 présente sur les NETs qui inhibent les capacités cytotoxiques des lymphocytes T CD8 ; ii) que les NETs activent la molécule du TGFβ également connu pour inhiber les capacités cytotoxiques des lymphocytes T CD8. Il en découle un environnement propice au développement des cellules tumorales. Nous souhaitons confirmer nos résultats chez la souris en utilisant le modèle 4NQO de carcinome épithélial oral. Nous nous attendons à une diminution de la progression tumorale après avoir supprimé des neutrophiles et la formation des NETs. Le but est d’utiliser ce modèle pour confirmer le rôle des voies de signalisation impliquées dans le recrutement des neutrophiles, la formation de NETs, l’activation des fibroblastes et l’inhibition des lymphocytes T CD8 sur le développement tumoral des carcinomes épithéliaux.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Notre étude nécessite l’utilisation d’animaux mais pourrait déboucher sur la mise au point de nouveaux médicaments permettant d’améliorer les traitements pour les patients atteints de carcinome épithélial.
Nuisances prévues, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Un examen publié en 2018 a établi que les résumés allemands et britanniques décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Le droit d'accès aux documents · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les animaux seront manipulés par contention classique quotidiennement pour inspecter leur état général et leur administrer par injection intrapéritonéales les différents traitements (piqures en bas de l’abdomen, quotidiennement pour les inhibiteurs et 3 fois par semaine pour les anticorps). La contention de chaque animal durera en moyenne 20 – 25 secondes et sera réduit autant que possible dès que les conditions le permettront afin de réduire au maximum le stress de l’animal. Par ailleurs, chaque animal sera pesé 3 fois par semaine, ce qui nécessitera une manipulation de l’animal courte (environ 5 secondes) pour le déposer sur la balance et le remettre dans sa cage. Enfin, 1 fois par mois, les animaux seront sédatés avec de l’isoflurane pour les endormir, puis maintien au masque d’isoflurane (2-3 minutes maximum par souris) le temps d’inspecter l’aspect de la cavité buccale, et pouvoir suivre l’évolution du développement cancéreux. Les animaux se réveilleront dans leur cage posée sur un tapis chauffant et sous une lampe chauffante. Nous nous assurerons de leur réveil complet et normal à chaque fois.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Un nouvel examen, publié en 2024, a mesuré que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces mesures portent sur l'Allemagne et le Royaume-Uni. L'examen de 2018 classait la France parmi les pays les moins bons pour l'identification, l'accessibilité et la qualité de ses résumés, sans les noter rubrique par rubrique (Taylor et al., 2018). Les résumés français suivent aujourd'hui le modèle européen commun.
Les animaux souffrent-ils ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les signes cliniques attendus des animaux développant des tumeurs sont des signes de douleurs, une perte de poids (entre 5% et 10% du poids initial) dû à des difficultés à s’alimenter pour les animaux qui développent des tumeurs dans la bouche, et des signes de stress induit par l’injection répétée en intra-péritonéale des traitements.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Tous les animaux seront mis à mort à la fin de l’expérience car nous aurons besoin de prélèver ensuite la langue des animaux pour analyser les lésions qui se seront développées en réponse au traitement cancérigène 4NQO.
Application de la règle des "3R", selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Nos recherches ont décrit les cultures organotypiques comme une méthode de remplacement pour l’étude du développement métastatique. Nous avons déjà développé des modèles in vitro permettant de vérifier le rôle des NETs sur les capacités tumorales des CS (lignée de CS isolés à partir de souris DMBA/TPA). L’utilisation de co-cultures de cellules tumorales/neutrophiles/fibroblastes/lymphocytes in vitro, utilisées en routine au laboratoire, est envisagée aussi souvent que possible pour remplacer l’expérimentation animale, ce qui permet de réduire considérablement le nombre d’animaux utilisés. Cependant ces cultures ne récapitulent pas la complexité de l’organe, nous avons donc recours aux animaux.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Le nombre d’animaux a été déterminé pour pouvoir détecter toute différence significative entre les groupes expérimentaux, avec un nombre de souris minimal. En effet, pour l’étude des lésions cancéreuses très avancée, il nous faudra suffisamment d’animaux par groupes ayant développé spontanément ces lésions avancées pour avoir des analyses statistiques fiables. Nos résultats générés in vitro et in vivo sous une précédante DAP nous ont permis de générer une analyse statistique prévisionnelle permettant de réduire le nombre d’animaux dans toutes les procédures proposées. D’autre part, le fait que ce modèle soit largement utilisé et décrit par la communauté scientifique nous permettent de connaitre la cinétique de développement de la maladie. Ainsi nous avons générer une analyse statistique prévisionnelle permettant de réduire le nombre d’animaux utilisés.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
La réglementation est-elle « très stricte » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Dans le respect de la réglementation européenne, les animaux seront manipulés dans le calme, 4 souris par cages, avec un rythme jour/nuit de 12h, ainsi que de l’eau et de la nourriture à volonté. Chaque cage est enrichie (maison pour souris, carrés de coton, bâtons à ronger). Les cages sont séparées des élevages pour un suivi adapté. La période d’acclimatation à l’animalerie sera de 5 jours. De plus le bien-être animal sera évalué 3 fois par emaine de manière objective grâce à une fiche de score regroupant de nombreux critères permettant d’évaluer l’état de chaque animal sur toute la durée des expériences. Un score trop elevé, calculé selon les différents critères de cette fiche de score entrainera soit la mise en place de mesures antalgiques visant à réduire la souffrance animale, soit la mise à mort immédiate de l’animal (car atteinte d’un point limite du bien être animal). Cette fiche nous permettra de décider au cas par cas de la poursuite ou de l’arrêt de la procédure. De plus, le modèle 4NQO est largement utilisé par la communauté scientifique, ce qui nous permet de connaitre la cinétique de développement de la maladie et justifie les procédures proposées. Les souris seront mises à mort à 28 semaines après l’initiation du cancer par le 4NQO ou lorsqu’un point limite sera atteint, comme décrit précédement.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Spécisme et expérimentation animale · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Nous souhaitons étudier le rôle des NETs dans le développement des CS. Le modèle murin est un excellent modèle pour élucider ces mécanismes car il présente de grandes similitudes génétiques et physiologiques avec l’espèce humaine. De plus, le modèle 4NQO a été bien caractérisé et est largement utilisé pour sa reproductibilité dans la communauté scientifique pour ce type d’étude. L’administration d’agents chimiques induisant la carcinogénèse sera réalisée sur des souris âgées de 8 à 10 semaines. Les prélèvements des tumeurs sur les souris se feront à 28 semaines après initiation au 4NQO, ce qui correspond à la formation de carcinomes squameux. Les souris seront euthanasiées par dislocation cervicale avant prélèvement de la langue pour des analyses histologiques et biochimiques.