Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Les infections intramammaires causées par des bactéries sont la maladie la plus fréquente en vaches laitières. En plus de leur impact économique et sur le bien-être animal, elles sont la première cause d’utilisation d’antibiotiques dans l’élevage laitier. Bien que des vaccins soient disponibles, leur efficacité sur le terrain demeure limitée. De nombreux efforts ont été consacrés à l’amélioration des formulations vaccinales mais un facteur potentiellement déterminant, l’âge à la vaccination, a jusqu’à présent été peu exploré. Des études menées chez des rongeurs montrent que l’exposition précoce à certaines bactéries du microbiote peut conduire à l’acquisition d’une empreinte immunologique favorisant la tolérance à ces microorganismes et réduisant l’efficacité des vaccins dirigés contre ces pathogènes. Mieux comprendre les mécanismes d’acquisition de cette empreinte immunologique permettrait d’identifier la fenêtre optimale de vaccination contre les mammites, afin de stimuler une réponse immunitaire protectrice avant l’installation de mécanismes de tolérance induits par ces bactéries. Cette approche s’inscrit dans une logique déjà éprouvée en santé humaine comme l’illustre la vaccination contre le papillomavirus humain, administrée dès l’enfance avant l’exposition au virus, stratégie qui a démontré une grande efficacité. À ce jour, aucune étude n’a évalué chez les bovins le moment idéal de vaccination contre les agents responsables des mammites ni l’âge à partir duquel les animaux développent une immunité naturelle vis-à-vis de ces bactéries. Face à ce constat, ce projet vise à faire une cartographie de l’immunité de jeunes bovins contre les principaux agents responsables des mammites avec un suivi sérologique sur des femelles Prim’holstein et des prélèvements sanguins réguliers de la naissance de l’animal jusqu’à sa première mise-bas. Il s’inscrit dans la continuité des projets menés recemment dans nos installations pour le développment de nouveaux vaccins contre les mammites. Il permettra d’établir la meilleure période pour ces immunisations, tenant compte de l’évolution de l’immunité de génisses en croissance, à la puberté, en gestation et en lactation. Ces animaux devraient être utilisés à leur maturité lors de futurs protocoles d’immunisation contre les mammites. Ce suivi nous permettra de disposer de données indispensables pour une meilleure compréhension de la réponse des animaux à la vaccination

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Une étude récente estime à 224 € par vache le coût du traitement des mammites en France. De plus, ces infections compromettent la qualité du lait, entrainant des conséquences importantes sur sa commercialisation et sa transformation. Compte tenu d’un cheptel de 20 millions de vaches laitières en Europe, dont 3,2 millions en France, ainsi que d’une prévalence de mammites cliniques estimée à environ 30% en France et dans d’autres pays européens, le contrôle des mammites représente un enjeu de taille pour l’industrie du médicament vétérinaire et pour la filière laitière. Les résultats de ce projet pourront ainsi bénéficier directement à l’industrie laitière, tant en France qu’à l’international. Ils pourront également contribuer à la protection de la santé publique en apportant des connaissances sur les mécanismes de l’immunité des bovins contre les agents responsables des mammites. Ces données faciliteront la mise en place de nouvelles stratégies de prévention des mammites au niveau des troupeaux et, par conséquent, la réduction de l’utilisation des antibiotiques dans l’élevage laitier. In fine, nous avons l’ambition de proposer aux parties prenantes de l’industrie du médicament vétérinaire un vaccin prototype répondant à un besoin largement souligné par la filière laitière : un vaccin polyvalent contre les mammites qui soit sûr, bon marché et facile à utiliser. Dans la continuité des projets déjà réalisés dans nos installations, les données issues du projet pourront contribuer 1/par les connaissances apportées et 2/par les projets expérimentaux qui en découleront, à l’élaboration de ce vaccin. En Europe, un vaccin polyvalent contre les mammites est commercialisé. Ce vaccin, visant l’induction des anticorps protecteurs et présentant une efficacité faible sur le terrain, laisse une large marge d’amélioration car la stimulation de la réponse cellulaire dans la mamelle n’a pas été ciblée lors de sa conception. Pourtant, la littérature scientifique montre que la réponse cellulaire représente la principale barrière contre les infections intramammaires par les bactéries. Le développement de nouvelles plateformes vaccinales pourrait représenter une alternative prometteuse pour la prévention et le traitement des mammites.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Prélèvements sanguins (5 minutes par animal, 45 minutes pour le lot). Un nombre maximum de 60 prises de sang seront réalisées sur un animal.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Hématome ou phlébite suite aux prélèvements sanguins. Stress lors des différentes interventions.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Il est prévu par la suite de réutiliser ces animaux dans le cadre d’un second projet d’immunisation et/ou d’infection expérimentale. Nous sommes encore en attente de financement pour ce projet.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

L’étude des réponses immunitaire n’est pas possible in vitro. L’étude sur animaux vivants est donc nécessaire.

2. Réduction

3R / Réduction :

Pour mener à bien ce projet, nous estimons qu’il nous faut au minimum 5 animaux. En dessous de ce nombre, le projet ne pourra pas être réalisé. Selon les recommandations des services vétérinaires, les femelles issues des mères immunisées seront alors euthanasiées selon les dispositions prévues dans le paragraphe 3.3.3 et les femelles issues de mères non immunisées pourront être commercialées. Le nombre maximum de 9 animaux représente le collectif maximal de femelles que nous pourrons obtenir à partir des 12 vêlages (tenant compte d’un sex ratio estimé de 50-50 / 60-40). Cela s’approche également de notre capacité d’accueil maximale de 10 animaux, sans impact majeur sur notre capacité à assurer des futurs protocoles sur vaches adultes. En plus, cette DAP concerne seulement un suivi de l’immunité de base des animaux contre les mammites, en amont des expérimentations pour l’évaluation de nouveaux vaccins contre les mammites. Avoir cet historique des animaux en amont n’est qu’une première étape dans l’utilisation de ces animaux. Une fois les animaux en lactation, l’idée est de réutiliser ces animaux dans le cadre d’un second projet (une autre DAP) avec une immunisation / infection des animaux, toujours dans l’objectif de développer un vaccin contre les mammites. Ce second projet serait d’autant plus pertinent que nous aurons tout l’historique de l’immunité de nos animaux depuis leur plus jeune âge. Ces données serviront à obtenir un premier aperçu de l’âge auquel les animaux commencent à développer une réponse immunitaire contre les pathogènes causant des mammites. Cette étude pilote servira de base pour le suivi d’un collectif plus important d’animaux, tout en réduisant la fréquence des prises d’échantillons grâce à une première approche avec un effectif limité et des mesures plus rapprochées. Selon les résultats de cette étude, le suivi d’une cohorte avec plus d’animaux se limitera aux périodes les plus pertinentes. À moyen terme, ces études nous permettront de concevoir des protocoles d’immunisation contre les mammites plus performants et mieux ajustés au développement d’une réponse protectrice, afin d’identifier le moment optimal de vaccination en amont de l’exposition, à l’instar des stratégies vaccinales mises en œuvre chez l’Homme (ex. HPV), tout en permettant de raffiner les futurs protocoles expérimentaux et de réduire le nombre global de prélèvements.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Les prises de sang ne nécessiteront qu’une contention minimale (au cornadis ou par un agent dans l’aire paillée). Les prélèvements de sang seront réalisés à l’une puis à l’autre des deux veines jugulaires. Si necessaire, une autre voie de prélèvement sera utilisée pour ne pas solliciter les veines jugulaires. 2 à 4 tubes de 10 ml seront utilisés à chaque prélèvement. Un maximum de deux prises de sang par mois sera réalisé chez un même animal. Une période de repos d’au moins une semaine sera instituée avant un nouveau prélèvement. Occasionnellement, une poche de sang pourra être prélevée, le volume n’accèdera pas 10% du poids de l’animal comme prévu par la règlementation avec une fréquence limitée à une poche par animal tous les 2 mois. Enrichissement du milieu : brosses de grattage et aire paillée pour le couchage. Enrichissement social : hébergement en groupes stables et visite régulière des animaliers, 2 fois par jour au minimum. Une récompense alimentaire sera fournie aux animaux après les interventions. Il est prévu d’effectuer un travail de conditionnement et de renforcement positif pour les interventions prévues. Plusieurs agents se sont formés à cette méthode. L’application d’une bombe de froid au niveau de la zone de prélèvement pourra être testée.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Les infections mammaires chez la vache sont fréquentes en élevage laitier. Elles sont responsables de pertes économiques qui fragilisent les exploitations agricoles et impactent le bien-être des animaux. Des vaccins plus efficaces contre ces infections doivent être mis au point. Le choix de l’espèce cible pour la mise en place de ce protocole se justifie par le constat que les résultats de protection contre l’infection obtenus avec des modèles murins sont peu transposables aux bovins. De la naissance jusqu’à 2 mois après le vêlage, soit de 0 à 30 mois d’âge