
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2022-02-08 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-840827)
168 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Elles sont soumises à une alcoolisation forcée par un régime liquide pendant dix-sept jours et gavées d’oméprazole ou de benzopyrène, un polluant, cinq jours sur sept, avant mise à mort pour analyses. Le porteur reconnaît que certaines souris peuvent mourir d’un coma éthylique en quelques heures de façon imprévisible, et demande une dérogation à l’anesthésie locale pour limiter le stress des contentions. Il affirme que seul l’animal permet d’intégrer les interactions entre alcool, microbiote, intestin et foie.
Résumé produit par un modèle de langage à partir du seul texte du laboratoire, selon une méthode arrêtée par l’OXA. Publié sans relecture individuelle préalable, sous la responsabilité de l’association, et corrigé au fil des relectures.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Dans quel but fait-on ça ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
La consommation d’alcool induit une maladie alcoolique du foie (MAF). Cependant tous les individus consommateurs ne développent pas de formes sévères de MAF. Il existe un risque de développer des lésions du foie dès une consommation équivalente à 5 verres de vin chez l’homme et 3 verres de vin (ou 2 bières à 6° d’alcool) chez la femme. Il a été démontré que les bactéries intestinales qui constituent le microbiote intestinal (MI) ont un rôle dans ce risque individuel, et que moduler ce MI permet de réduire voire d’empêcher les lésions du foie. Des études ont montré que la pectine, une fibre soluble que l’on retrouve dans les végétaux dont la pomme ou les agrumes a un effet protecteur sur les lésions de MAF. En effet, la pectine va favoriser la croissance de certaines bactéries intestinales et favoriser la production de produits bactériens, les indoles, qui vont être protecteurs et diminuer l’apparition des lésions du foie. Ces indoles exercent leurs effets bénéfiques par le biais d’un récepteur, le AhR (récepteur aux hydrocarbures aromatiques). Ce récepteur interagit également avec d’autres molécules, en particulier les médicaments et les polluants, permettant notamment de les éliminer de l’organisme. L’oméprazole est un médicament largement prescrit aux patients ayant une MAF pour traiter l’acidité gastrique. Le Benzoapyrène (BaP) est un hydrocarbure présent notamment dans notre alimentation. Comme les indoles, ces deux xénobiotiques auquels nous sommes couramment exposés interagissent avec le récepteur AhR. Dans ce contexte, notre projet vise donc à évaluer les effets croisés d’une stimulation physiologique bénéfique du AhR par la pectine, et donc les indoles issus du MI dans des situations où il existe une co-exposition de l’individu soit à l’oméprazole, soit à des polluants tels que le BaP. L’approche in vivo nous permettra d’évaluer les effets croisés des indoles et des médicaments/polluants en prenant en compte les interactions entre l’intestin, l’immunité digestive, le microbiote intestinal, et le foie.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Il n’existe pas de traitement pour prévenir et encore moins améliorer les lésions du foie au cours de la maladie alcoolique du foie. Il a été démontré que les bactéries du tube digestif appelées le microbiote intestinal (MI) joue un rôle dans la MAF. Ces bactéries agissent sur notre organisme en produisant des métabolites qui peuvent s’avérer bénéfiques. Nous avons montré que dans la MAF, l’ajout de pectine, une fibre alimentaire, au régime quotidien permet de favoriser la croissance de certaines bactéries qui produisent des métabolites, les indoles, protecteurs des lésions du foie. Ces indoles agissent par le biais de voies métaboliques également utilisées pour détoxifier l’organisme des polluants et des médicaments. Dans un contexte où un individu est traité avec ces indoles pour améliorer les lésions de MAF, il s’agit de voir si la co-exposition aux médicaments et aux polluants n’affecte pas le traitement. Cela permettra également de vérifier si le traitement n’impacte pas l’élimination des polluants/medicaments. L’absence d’effets croisés permettrai d’envisager la voie des indoles comme traitement dans la MAF.
Nuisances prévues, selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Un examen publié en 2018 a établi que les résumés allemands et britanniques décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Le droit d'accès aux documents · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
– Les souris de toutes les procédures sont alcoolisées avec un régime semi-liquide contenant l’alcool et +/- de la pectine. 168 souris pendant 17 jours – les souris reçoivent le traitement à l’oméprazole (médicament) ou le placebo par gavage 5 fois/semaine durant toute la phase d’alcoolisation : 48 souris pendant 11 jours (procédure 1). – Les souris recevront le benzoapyrène en gavage 3 fois/semaine : 72 souris pendant 4 semaines (procédures 2 et 3). – 24 souris recevront le benzoapyrène en injection intra-peritonéale 3 fois par semaine : 24 souris pendant 4 semaines -Un seul prélèvement de sang est effectué, le jour du sacrifice chez toutes les souris anesthesiées : 168 souris, 1 seul prélèvement.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Un nouvel examen, publié en 2024, a mesuré que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces mesures portent sur l'Allemagne et le Royaume-Uni. L'examen de 2018 classait la France parmi les pays les moins bons pour l'identification, l'accessibilité et la qualité de ses résumés, sans les noter rubrique par rubrique (Taylor et al., 2018). Les résumés français suivent aujourd'hui le modèle européen commun.
Les animaux souffrent-ils ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
– Nous soumettons les souris à une alcoolisation forcée avec des doses élevées d’alcool. La quantité d’alcool dans le régime peut engendrer une réaction forte chez la souris en peu de temps. Des souris peuvent décéder d’un coma éthylique en quelques heures sans pouvoir le prévoir, alors que certaines souris récupèrent très bien. – L’exposition au polluant ou la prise de l’oméprazole nécessite de gaver régulièrement les animaux. Ce geste répété induit un stress de l’animal dès la contention. Cependant, les canules de gavage et la compétence de l’assistant ingénieur formé à ce geste permettra de réduire au maximum le temps de la contention. – Une exposition au BaP via une injection intra-péritonéale est également prévue. La contention à chaque injection induit un stress chez l’animal en plus de l’injection intrapéritonéale.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Mise à mort pour analyses post-mortem.
Application de la règle des "3R", selon le laboratoire
Réponses rédigées par le laboratoire demandeur, à des fins de communication. Elles ne sont ni sourcées ni relues par des pairs.
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les complications qui vont être observées au cours de la maladie alcoolique du foie mettent en jeu des interactions entre les différents organes qu’il est encore actuellement impossible de reproduire in vitro. Notre projet vise en effet à étudier l’effet curatif des indoles bactériens produits par le microbiote intestinal dans un contexte d’exposition à des xénobiotiques, l’oméprazole un médicament diminuant la production d’acide gastrique et un hydrocarbure aromatique polycyclique, le benzoapyrène (BaP) présent dans notre alimentation quotidienne. Si nous réalisons un certain nombre d’expériences in vitro sur des lignées hépatocytaires et entérocytaires différenciées afin d’approcher les effets à l’échelle d’un organe spécifique. Nous devons également considérer l’effet sur les bactéries intestinales présentes dans le tube digestif, sur les cellules immunitaires de l’intestin et leur impact sur la barrière intestinale puis sur le foie. Le seul modèle auquel nous pouvons avoir recours est donc l’animal permettant d’intégrer les interactions entre alcool, xénobiotiques/ bactéries du tube digestif / altération du tube digestif y compris au niveau immunitaire et lésions du foie.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Notre critère de jugement principal est la modulation des transaminases. Pour mettre en évidence des différences de transaminases entre les groupes qui puissent etre validés statistiquement, nous allons avoir besoin de 12 souris par groupe.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
La réglementation est-elle « très stricte » ? · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Les souris seront par 2 pour avoir accès au régime en quantité suffisante. L’enrichissement classique en cellulose, ayant un impact sur le microbiote intestinal, sera remplacé par un enrichissement plastique et la quantité de sciure augmentée pour favoriser l’enfouissement. La longueur des dents sera vérifiée lors des pesées et coupées avec des ciseaux si nécessaires. Le temps de manipulation des souris vigiles sera minimisé au maximum afin de limiter le stress et l’angoisse des souris. Néanmoins, le gavage administré aux souris nécessitera leur manipulation très régulière. Cela sera réalisé par le même ingénieur, formé à cette technique, tout du long du protocole. Lors de l’injection intrapéritonéale du benzapyrène, nous demandons une dérogation à l’anesthesie locale à la lidocaïne afin de limiter le stress de 2 contentions successives et sachant que le diluant , de l’huile isio 4, n’a pas de toxicité avérée. Le jour du sacrifice, les souris seront manipulées dans un local différent de celui où seront hébergées les autres souris en attente d’être manipulées. L’option du gavage pour le benzoapyrène plutot que l’ajout au régime a été choisi pour contrôler parfaitement la dose de xénobiotiques par poids de souris.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Spécisme et expérimentation animale · Comment lire un résumé non technique
Texte du laboratoire demandeur, reproduit tel quel
Nous utiliserons des souris car les mécanismes cellulaires développés dans la pathologie de la maladie alcoolique du foie sont proches de ceux observés chez l’Homme bien que l’évolution des lésions du foie reste plus modérée que celles observées chez l’homme. Le modèle d’alcoolisation chez la souris est bien décrit dans la littérature, et c’est un modèle largement utilisé et validé par la communauté scientifique.